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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Dead Man Down

http://www.filmsfix.com/wp-content/uploads/2013/03/Dead-Man-Down-poster-01.jpg

Film américain sorti le 3 avril 2013

Réalisé par Niels Arden Oplev

Avec Colin Farrell, Noomi Rapace, Terence Howard,…

Thriller, Action

Victor est le bras droit d’Alphonse, un caïd new-yorkais. Quelqu’un s’en prend à leur gang, dont les hommes sont abattus les uns après les autres, et l’assassin multiplie les messages de menace. Espérant s’attirer les faveurs d’Alphonse, Darcy, un ami de Victor, se lance sur les traces du tueur. Lorsque Victor fait la connaissance de Béatrice, une Française qui vit avec sa mère, Valentine, il est tout de suite attiré. Il va vite découvrir qu’elle n’est pas ce qu’elle prétend. Béatrice est une victime qui cherche à se venger – et pour cela, elle a besoin de l’aide de Victor. Mais Béatrice va elle aussi se rendre compte que Victor n’est pas exactement ce qu’il avait dit. Lui aussi a un compte à régler. Ces deux êtres assoiffés de vengeance vont mettre au point un plan qui n’épargnera personne…

      

On aurait pu croire que le réalisateur suédois Niels Arden Oplev n’avait pas eu de chance. Encore peu connu du grand public par son simple nom, sa précédente œuvre a pourtant été regardée par un certain nombre de personnes puisqu’il s’agissait de la toute première adaptation de « Millenium », la trilogie de romans noirs écrite par Stieg Larsson. Une adaptation au départ prévue pour la télévision mais qui, au vu de son succès, fut remontée en trois films distincts pour ensuite sortir dans les salles de cinéma des pays étrangers. Leur succès est à la hauteur de celui des livres et il amena les deux acteurs principaux, Michael Nyqvist et surtout Noomi Rapace dans le rôle-titre de Lisbeth Salander, à démarrer une carrière internationale (le premier dans le jubilatoire Mission Impossible - Protocole Fantôme de Brad Bird ; la seconde dans les médiocres Sherlock Holmes 2 de Guy Ritchie et Prometheus de Ridley Scott). Rapace fait d’ailleurs ici un choix judicieux en retournant auprès du cinéaste qui l’a révélé car il est celui qui l’a le mieux dirigé à ce jour. Manque de pot pour Oplev, un autre projet d’adaptation avait été lancé outre-Atlantique sensiblement au même moment que le tournage de la version suédoise. Le film américain aboutit quelques temps plus tard et, surplus de malchance, il était réalisé par l’infiniment plus talentueux David Fincher, dont les obsessions résonnaient de manière évidente avec les thématiques très sombres du premier bouquin de Larsson.

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/72/23/20463278.jpg The Girl With the Dragon Tattoo est largement supérieur à cette première version suédoise peut être plus légitime. La trilogie selon Oplev n’était pas déshonorante, mais elle était clairement élaborée dans une optique télévisuelle moins ambitieuse. Elle souffrait en plus clairement de ce remontage pour la projection en salle qui se devait de raccourcir les épisodes afin de les faire tenir dans un temps plus « réglementaire ». En clair, il suffisait d’observer dix minutes de la version de Fincher pour reléguer en arrière-plan toute l’adaptation d’Oplev. Mais cela ne lui a pas ôté ses chances de faire ses premiers pas aux USA. Sa trilogie Millenium avait suffisamment marqué les producteurs et les scénaristes hollywoodiens pour que ceux-ci lui envoient sur le champ une flopée de scripts. Plus de deux cents selon les dires d’Oplev, et c’est ce Dean Man Down qui a décroché la préférence du cinéaste pour ses premiers pas sur l’habituellement hostile territoire américain. L’argument aurait pu donner lieu à une série B tout ce qu’il a de plus classique et donc fortement oubliable. Ce n’est heureusement qu’à moitié le cas, bien qu’il y ait de gros défauts dans Dead Man Down.

Le principal a trait à cette sous-intrigue voyant une sorte de guerre de gang faisant lorgner à plusieurs reprises le long métrage vers le film de gangster de seconde zone. Tous ces voyous sont clichés et renvoient à de célèbres figures cinématographiques qui ont été davantage magnifiées dans de précédentes œuvres. Sans vraiment s’ennuyer, on regarde les gesticulations et énervements de ces malfrats avec un certain désintérêt. Cela empire néanmoins lorsqu’Oplev s’adonne aux scènes de poursuites et de fusillades. Le climax est un carnage, que ce soit au niveau du « body count » qu’au niveau artistique. La séquence est alors si ampoulée et exagérée qu’elle fait momentanément changer le film de tonalité pour le transformer en « actioner » bourrin aux effets spéciaux parfois hautement douteux et approximatifs. Cela est d’autant plus surprenant que le reste du long métrage est plus retenu et mélancolique. Ce qui laisse au choix supposer à un gros pétage de câble final ou à une imposition faite par des producteurs inquiets à l’idée de perdre un public venu voir des bandits se faire dessouder à coup de mitraillettes.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/72/23/20463279.jpg Mais si l’on met à part cette obligation d’Oplev de mettre en boite des « money-shots » destinés aux bandes annonces, afin d’allécher les spectateurs aux gouts simples qui n’attendent pas grand-chose d’autre du cinéma que quelques gros éclats pyrotechniques, Dead Man Down révèle des surprises assez inattendues. Son casting en est une en soit puisque si l’on excepte Colin Farrell, les autres acteurs n’ont pas grand-chose à voir avec des têtes d’affiches aux yeux de l’actuel public américain : Noomi Rapace, Terence Howard ou encore Isabelle Huppert dans son premier film hollywoodien depuis Les Portes du Paradis de Michael Cimino, l’un des plus grands « flops » cinématographiques de tous les temps. Cette dernière est même particulièrement attachante dans son rôle de mère sourde qui adore Béatrice, sa fille unique trop solitaire (Rapace). Farrell, dans le rôle du torturé Victor, brille aussi dans ce film, ce qui n’est pas chose si courante. L’acteur à la filmographie bien imparfaite s’était récemment retrouvé impliqué dans quelques « remakes » bien dispensables comme Fright Night et surtout l’infect Total Recall de Len Wiseman. Mais l’acteur irlandais n’est jamais aussi bon que dans les rôles mélancoliques mettant à mal cette image de beau gosse qu’il s’est construit par le biais de « blockbusters » de pacotille. Et ce n’est pas le réalisateur Martin McDonagh qui dirait le contraire, lui qui a su à deux reprises le magnifier avec des personnages plongés en plein spleen dans l’envoutant Bons Baisers de Bruges et le nettement plus imparfait 7 Psychopathes.

Le tueur vengeur qu’il incarne dans le long métrage d’Oplev dispose d’un mutisme et d’un charisme vénéneux qui fait parfaitement écho avec le personnage complémentaire de Noomi Rapace, actrice avec laquelle Colin Farrell parait avoir tissé une complicité salutaire pour Dead Man Down. C’est cette histoire d’amour perverse, tordue, hors norme qui surélève complètement ce film pour le rendre non seulement attachant, prenant mais aussi marquant. Lorsque la caméra d’Oplev s’attarde sur les tourments qui dévorent ces deux personnages monstrueux destinés à ne faire qu’un, le film prend une ampleur, une dimension assez surprenante pour ce type de projet. Il n’est d’ailleurs pas difficile de comprendre ce qui a vraiment intéressé Oplev dans ce script. Comme Millenium, Dead Man Down relate une romance bizarre, ambiguë, jamais clairement définie comme telle. On ne sait pas si les deux antihéros s’aiment vraiment où s’ils se retrouvent juste dans la dépression et la colère vengeresse de l’autre. Mais surtout, toujours comme dans Millenium, Dead Man Down dispose d’un personnage féminin fort, fascinant et trouble. C’est évidemment tout sauf un hasard si elles sont interprétées par la même actrice capable d’instiller un tel charme ténébreux et vicié.

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/72/23/20463281.jpg Ce n’est plus un tatouage gigantesque qui traverse le corps de Rapace, mais des cicatrices honteuses au visage. Celles-ci sacrifient ce qu’une femme tient en plus haute estime (sa beauté, sa capacité de séduction) et rappellent perpétuellement à son propriétaire l’horrible tragédie dont elle a été victime. Et pourtant, Rapace n’a peut-être jamais été aussi belle que dans ce rôle de femme défigurée ; un peu à l’image de cette Marion Cotillard sans jambe dans De Rouille et d’Os de Jacques Audiard. Au final, il y a quelque chose d’à la fois très naïf mais aussi de très pur dans la rencontre de ces deux êtres, destinant leur vie à une vengeance qui les bouffent littéralement, et qui vont peu à peu réaliser que celle-ci est probablement moins destinée à les aider à accomplir ensemble leur châtiment criminel qu’à les en sauver. C’est dans ces moments-là qu’Oplev dévoile de vraies idées de cinéma. Il sait parfaitement placer sa caméra pour créer une ambiance urbaine envoutante et mélancolique tout en laissant la place aux deux acteurs pour laisser exprimer le peu de sentiments que leurs personnages laissent transparaitre. Et derrière ce récit noir se cache en fait une belle histoire d’amour salvatrice et extrêmement attachante entre deux êtres humains en perdition attendant qu’on les sauve. S’il n’apparait pas encore comme un potentiel grand réalisateur, Oplev pourrait voir sa carrière évoluer de manière très positive s’il continue à choisir précautionneusement ses prochains sujets. On n’est pas à l’abri d’une très belle surprise cinématographique de sa part.

NOTE : 7 / 10

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