Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Titre original : A Good Day to Die Hard
Film américain sorti le 20 février 2013
Réalisé par John Moore
Avec Bruce Willis, Jai Courtney, Sebastian Koch,…
Action
Cette fois-ci, John McClane, le flic qui ne fait pas dans la demi-mesure, est vraiment au mauvais endroit au mauvais moment après s’être rendu à Moscou pour aider son fils Jack, qu’il avait perdu de vue. Ce qu’il ignore, c’est que Jack est en réalité un agent hautement qualifié de la CIA en mission pour empêcher un vol d’armes nucléaires. Avec la mafia russe à leur poursuite et la menace d’une guerre imminente, les deux McClane vont découvrir que leurs méthodes radicalement différentes vont aussi faire d’eux des héros que rien ne peut arrêter.
On ne le répètera jamais assez : la nostalgie au cinéma est une chose absolument dévastatrice. Les producteurs croient judicieux de céder aux suppliques de fans ayant grandi avec des personnages ou des univers qu’ils aimeraient revoir dans un nouveau film quelques décennies plus tard afin de « faire comme au bon vieux temps ». Cela a régulièrement donné des entreprises bancales accouchant d’œuvres au mieux médiocres, au pire complètement sacrilèges. Après avoir frôlé l’orgasme collectif lors des diffusions en salles de la première bande annonce de Star Wars - La Menace Fantôme, amenant une part non négligeable de spectateurs à se précipiter dans les cinémas pour la voir avant de quitter la salle sitôt que le film qui la suivait commençait, on a été à deux doigts d’assister à un suicide de masse après que l’on ait enfin vu le « visage » de ce nouveau Star Wars réalisé seize années après le dernier épisode, Le Retour du Jedi. Même chose avec l’arlésienne Indiana Jones 4, projet contractuel pour Steven Spielberg qui se résolut à le tourner afin de ne pas décevoir les très nombreuses personnes qui l’attendaient depuis près de quinze ans et qui semblait avoir survécu à coups d’annonces « marketing » certifiant que, cette fois-ci, « c’était reparti sur de bons rails ». Idem avec l’inénarrable Prometheus l’année précédente qui, par le biais d’une campagne promotionnelle redoutable et envahissante, parvint à faire croire que ce projet mort dans l’œuf avant même d’avoir obtenu un « feu vert » officiel pouvait avoir l’étoffe d’un chef d’œuvre métaphysique. On en rit encore.
Cette vague de nostalgie, pour l’instant essentiellement « eighties », a quasiment saccagé tous les personnages et mythologies cinématographiques qui étaient apparus à cette période. Star Wars aura bien du mal à se relever avec le fade J.J. Abrams au commande ; Indiana Jones est cliniquement mort (peut-être bien qu’on remerciera un jour Spielberg pour ça) ; Predator est inutilisable depuis l’horrible Predators produit par Robert Rodriguez ; les Aliens ont perdu toute crédibilité après avoir vu leurs origines être véritablement salopées par Prometheus ; les vieux papys des films d’action (Schwarzenegger, Stallone ou encore Dolph Lundgren) sont enfermés dans des productions-hommages plus ou moins vaines et embarrassantes ;… Et au milieu de toutes ces icones se trouve John McClane. Ce dernier est un flic de New York qui a pour particularité de ne pas être un surhomme, d’avoir des problèmes d’alcool et des déboires familiaux. Bref, d’être sensiblement un homme comme les autres, qui se retrouve là où il ne faut pas au moment où il ne faut pas, et qui est prêt à tout pour s’en sortir et sauver ceux qu’il aime quand ils se retrouvent dans la panade. Die Hard par John McTiernan (Piège de Cristal en français) avait très vite fait l’effet d’une bombe, à l’exception de la France où il fallut attendre la location vidéo pour qu’il commence à faire des émules. Cela n’a pas pris longtemps pour qu’on voit apparaitre une flopée d’ersatz (Die Hard dans un bus, un bateau, un sous-marin,… la liste est sans fin).
Des suites officielles, Die Hard en a connu assez tôt. Et pour cause, la mise en scène moderne de John McTiernan avait donné un tel coup de fouet au cinéma d’action qu’il aurait été idiot de ne pas capitaliser sur ce glorieux porte-étendard. Il y eut donc 58 minutes pour vivre de Renny Harlin, œuvre inférieure au premier opus mais qui tend dernièrement à être revalorisée, puis le retour de John McTiernan aux affaires après le four de son pourtant très attachant Last Action Hero. Ce fut Une Journée en Enfer, et le séisme qui l’accompagna fut au moins aussi immense que celui qui avait fait suite à Piège de Cristal. En dix années d’intervalle, et sur la même franchise en plus, John McTiernan se permettait de renouveler deux fois le cinéma d’action (Die Hard 3 est le précurseur de tous ces « films-caméra portée » dont les trois Jason Bourne furent les porte-drapeaux). De là à dire que le cinéphile a fini par attendre beaucoup trop de cette franchise, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas. Il y a de la marge entre un chef d’œuvre visionnaire et un « blockbuster » débile qui annihile tout l’esprit de la franchise dans laquelle il est supposé s’inscrire.
Die Hard 4, malgré l’émoi temporaire d’une critique pour une fois trop effrayée de dire du mal d’un « film populaire », démolissait le personnage de John McClane en le transformant en vieux réac’ prompt à balancer des poncifs et à véhiculer la nauséabonde propagande conservatrice de la Fox. En plus de partir dans la surenchère et d’être filmé avec ce même filtre gris-bleu qui parasite les films d’actions depuis les succès de Heat de Michael Mann et de Minority Report de Spielberg, Die Hard 4 était surtout une œuvre barbante, mal ficelée et mal dialoguée dont le héros était la contradiction du policier frondeur des premiers Die Hard qui ne faisait des choses dangereuses et ne se servait de son arme qu’en cas de force majeure. Si la vieillesse peut amener un homme à renier tous ses idéaux de jeunesse (George Lucas en est même le plus flamboyant exemple au cinéma), l’évolution de John McClane restait très dure à accepter pour une large partie du public. Qu’en est-il de Die Hard 5 - Bonne Journée pour mourir, vu que je tourne autour du pot depuis le départ (faut bien trouver des choses à dire quand on tente de chroniquer une œuvre aussi dense et passionnante que le dernier film de John Moore) ? Disons que l’épisode sponsorisé par la Fox et Bruce Willis, seuls maîtres fous à bord, est une continuation en pire de ce que le quatrième épisode ne faisait au final qu’amorcer, en plus d’être éminemment douloureux pour le fondement du spectateur adorant la franchise initiée par John McTiernan. Ce dernier, on l’oublie trop souvent, demeure un élément non négligeable dans l’équation de la réussite du film de 1987.
On ne peut s’empêcher de pouffer quand on regarde rétrospectivement la « wish-list » de la Fox pour la réalisation de ce cinquième et très inutile opus. On y retrouvait des noms aussi diamétralement opposés que Joe Cornish (Attack the Block), Nicolas Winding Refn (Pusher, Bronson, Drive) qui constitue clairement la « palme » du « rêve inatteignable », ou encore le très sympathique et talentueux « frenchy » Fred Cavayé, qui a eu le bon goût de répondre un « non » ferme à cette proposition qui aurait pu ne pas être si saugrenue s’il avait eu les coudées franches (mais il a déjà réalisé sa variation de Die Hard avec le trépidant A Bout Portant). Evidemment, c’est le plus mauvais et le moins original qui a hérité du poste. Néanmoins, on peut demeurer surpris par le choix de John Moore à la réalisation. Il est certes l’archétype du « yes-man » mais, à l’inverse de bons nombres de ses confrères-serpillères, il est loin d’avoir enchainé de gros succès au box-office qui auraient justifié une telle promotion malgré son absence complète de compétence ou de style (qui se souvient de En Territoire Ennemi ou de son adaptation de Max Payne qui avait été surtout notée à sa sortie pour sa facture lamentable et son « flop » intégral ?)
Sans surprise donc, Die Hard 5 est au niveau des ambitions mises dans le projet. A savoir qu’il s’avère comme l’un des « blockbusters » les plus minables et aberrants de ces dix dernières années. Nous ne parlons pas là d’un film de divertissement raté comme il y en a eu une bonne quinzaine l’année précédente, ni d’un film d’action fade se contentant du strict minimum syndical. Nous parlons d’une catastrophe industrielle à tous les niveaux. Un si gros plantage qu’il finit par en devenir fascinant : pourquoi personne, parmi celles impliquées dans la fabrication de ce film, n’a-t-il jugé bon d’informer ses collègues sur la direction ignominieuse que prenait le film dès l’écriture de son script ? Pourquoi rien n’a été fait pour tenter de redresser la barre ? Die Hard 5 révèle qu’il existe de façon prégnante un cynisme sans bornes chez certains producteurs à Hollywood (on ne sera pas surpris de voir qu’une bonne partie des accusés viennent de la 20th Century Fox, studio qui n’a rien accompli d’honorable en trois ans dans le cadre du « blockbuster » si l’on excepte L’Odyssée de Pi). Des financiers prêts à tout pour quelques dollars, y compris à vendre sciemment de la merde au rabais. On ne se contente plus de sortir des films plats, ennuyeux, bêtement fabriqués. On veut maintenant produire des longs métrages sabordés d’où un « je-m’en-foutisme » répugnant suinte de chaque pore.
On n’essaiera pas une seule seconde de vous faire croire que le projet était animé de bonnes intentions. On ne partira pas sur un postulat initial potentiellement intéressant. On ne castera aucune star renommée ni un grand réalisateur pour essayer d’obtenir une étiquette un tantinet prestigieuse (il n’y a bien que Bruce Willis qui, après le très beau Looper de Rian Johnson, redevient l’ombre de lui-même). On n’essaiera pas non plus d’envelopper le tout joliment, voire même platement. Non, on vous montrera à chaque seconde à quel point on vous prend pour un porte-monnaie médiocre, tout juste bon à sortir le prix d’un ticket et de la fermer. Vous n’êtes pas du milieu du cinéma, donc on considère que vous n’aurez pas à venir prendre vos grands chevaux en sortant quelques critiques esthétiques. Veuillez apprécier en silence vos popcorn que vous avez payé cinq euros. Pour qui vous prenez-vous ? Vous n’êtes pas un esthète. Votre condition de spectateur moyen ne vous donne le droit qu’à Die Hard 5. Vous ne méritez pas plus de considération. Et histoire de bien vous le faire comprendre, les producteurs, Bruce Willis et John Moore ont décidé de démolir vos beaux souvenirs se rapportant à Piège de Cristal. Ce film des années 80 que vous avez surement découvert dans votre jeunesse et qui a probablement contribué à agrandir votre amour du 7ème art en vous montrant ce que le cinéma américain pouvait faire de meilleur.
Que peut-on dire du film lui-même ? Question nébuleuse. On essaye évidemment d’introduire le fils de John McClane, soit une version au rabais du père-héros original afin de préparer une potentielle succession. Espérons, et c’est fort probable vu les chiffres en demi-teinte du box-office, que ce projet connaitra la même suite qu’Indiana Jones 4 : plus d’épisode et pas de succession possible malgré ce qu’essaye d’annoncer le tout dernier plan, évidemment centré sur le fils incarné par Jai Courtney. La photographie bleutée est dégueulasse et le montage est d’une crétinerie crasse. Les rares scènes d’actions sont filmées à l’aide d’une caméra parkinsonienne qui enchaine des zooms injustifiés si rapides qu'ils vous filent une crise d’épilepsie. Impossible de discerner quoique ce soit dans ce tintamarre à vous faire exploser les tympans. Et ce n’est pas comme si Moore se servait judicieusement de la topographie des lieux. Le film pourrait être filmé à Grenoble (vous savez, la ville en Suisse selon McClane) que l’on ne verrait pas de différence.
Outre une absence totale de scénario (mais vraiment, hein !), on s’énervera en toute logique de l’absence d’un antagoniste fort. La maxime d’Hitchcock suffit donc à prouver à quel point Die Hard 5 est un « blockbuster » de demeuré entre son homme de main bouffeur de carotte, son politicien russe corrompu, son traitre de service qu’on voit venir une heure à l’avance et son personnage féminin engagé pour sa plastique que l’on vous a vendu dans la bande annonce mais que l’on ne vous montrera pas dans le film (le plan ultra racoleur présent dans toutes les BA, où on voit la jeune femme en combinaison moulante en train de se déshabiller, n’est pas dans le long métrage final). Autant dire qu’on a déjà lâché l’affaire dès les cinq premières minutes tant on ne comprend rien à cet imbroglio de pseudo-intrigues. On se demande un moment la raison pour laquelle on ne comprend pas l’histoire : est-ce à cause de tous ces noms russes compliqués que l’on trouve la trame nébuleuse ou bien est-ce par le fait que le film est bel et bien blindé d’incohérences et de ficelles narratives si honteuses qu’elles feraient rougir Ridley Scott et Damon Lindehof ?
Il s’avère malheureusement que c’est bien la seconde option qui prévaut largement. Passons outre la centaine de blagues pas amusantes sur le fait que John McClane « il est trop vieux, lol ». Aucune ne marche et elles contribuent grandement à rendre très antipathique ce John McClane soudainement adepte de la gâchette. A tel point qu’on finit par plaindre son pauvre fils qui essaye d’accomplir sa mission absurde du mieux qu’il le peut alors qu’il se retrouve éternellement retenu en arrière par un John McClane devenu un de ces « side-kick » cons et crispants qui freinent plus l’action qu’ils ne la font progresser. Le tout, très court puisque ne durant qu’une heure et demie pourtant très laborieuse, s’achève, après une flopée de discussions pachydermiques sur la réconciliation familiale, par un final hallucinant dans le cadre pourtant hautement cinématographique de Tchernobyl. Bruce Willis, sans protection antiradiation, fait un corps-à-corps avec un hélicoptère que la méchante jeune femme pilote. Cette dernière se résout à bêtement l’encastrer dans un bâtiment comme s’il s’agissait de l’unique solution pour tuer McClane père et fils (qu’elle rate magnifiquement dans un ralenti extrême qui permet de savourer l’échec de son plan avant même qu’il ne se soit conclu funestement pour la pauvre sotte). Et le spectateur de mourir devant cette scène absurde disposant de quelques-uns des effets numériques les plus hideux vus depuis un bon moment. Die Hard 5 ou l’expérimentation du vide intersidéral. Un prodige en soi. S’il avait brillamment survécu aux terribles frères Gruber (les géniaux Alan Rickman et Jeremy Irons), McClane vient de tomber sous les assauts des bien plus sinistres Bruce Willis, la Fox et John Moore. Et il ne s’en relèvera pas. Ci-gît John McClane.
NOTE : 0.5 / 10