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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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La 85ème Cérémonie des Oscars

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La 85ème Cérémonie des Oscars s’est déroulée en grandes pompes dimanche dernier. La Cérémonie était présentée par Seth MacFarlane, le comédien-scénariste-producteur-réalisateur humoristique des séries animées « Family Guy » et « American Dad » ainsi que de Ted, un premier long métrage réjouissant ayant remporté un très gros succès au box-office, et avait pour thème la « comédie musicale ». Une idée à double tranchant. Cela a apporté au spectacle une fraicheur et un dynamisme bienvenu, mais trop de « musical » finit par tuer le « musical ». Si certains numéros étaient réussis, d’autres se sont révélés superflus (notamment les hommages aux films oubliables que sont Chicago et Dreamgirls) et ont considérablement alourdis un « show » assez avare en humour (les seules blagues de la soirée ont été données par MacFarlane).

S’ajoute à cela l’immense pétard mouillé qu’a constitué l’hommage aux cinquante ans de James Bond, série inépuisable qui a toujours été méprisée par ces Oscars qui font dorénavant semblant de trouver cela « cool ». Au lieu de la réunion inédite des six interprètes qu’on nous avait promis, plan qui a probablement capoté à cause d’un Sean Connery refusant de sortir de sa retraite si on ne lui donne pas un très gros chèque en échange, on a eu droit à un pauvre montage à peine digne des Césars composé à 50% d’images de deux des pires épisodes (Meurs un autre Jour et Quantum of Solace), présenté par l’une des plus mauvaises Bond Girl de la série (Halle Berry) et passant à la trappe les interprètes moins « célèbres » comme George Lazenby et Timothy Dalton. Cela s’est poursuivi par une énième chanson avec la reprise de « Goldfinger » par Shirley Bassey.

 

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Si la Cérémonie a eu ses hauts et ses bas, le palmarès a fait de même. On aurait pu avoir pire, mais on aurait aussi pu avoir mieux. On sera gré à l’Académie d’avoir sauvé les meubles, à défaut d’avoir su dégager un vainqueur net. Il y a eu des prix évidents, d’agréables surprises et des déceptions. Le déplorable Les Misérables de Tom Hooper gagne quand même trois oscars : l’actrice dans un second rôle pour Anne Hathaway était inévitable ainsi que celui du meilleur son par le simple fait que les chansons aient été enregistrées pendant les prises de vue. L’oscar pour le meilleur maquillage est plus contestable. Le Hobbit pâtit de ses critiques presses, plus mitigées que pour Le Seigneur des Anneaux, et le « lobbying » pour le navet de Hooper a permis de faire croire au membre de l’Académie qu’un peu de poudre noire sur le visage et quelques dentiers crasseux étaient un travail infiniment supérieur que celui accompli par l’équipe du « blockbuster » de Peter Jackson. Néanmoins, Les Misérables a heureusement perdu deux des trophées pour lequel il était l’un des favoris, et ce, malgré sa direction artistique souvent moche et presque jamais visible à l’écran à cause de la mise en scène grotesque de son réalisateur britannique. Il s’agit de l’oscar des meilleurs costumes qui revient au plus chatoyant et flamboyant (et accessoirement bien meilleur) film de Joe Wright, Anna Karenine, et de l’oscar des meilleurs décors, qui aurait dû revenir à un SkyFall pourtant même pas nominé, et qui a finalement été décerné au Lincoln de Steven Spielberg.

Maigre récompense d’ailleurs pour le James Bond ayant obtenu le plus grand succès au box-office de l’histoire de la saga (certes pas en dollars constant, mais SkyFall est quand même le premier épisode à dépasser la barre symbolique du milliard de dollars de recette). Au final, le film de Sam Mendes ne remporte que l’oscar de la meilleure chanson (« SkyFall » d’Adele), qu’il était impossible de ne pas lui décerner, et l’oscar du meilleur montage sonore, à égalité avec Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow dont il s’agit de l’unique récompense (c’est le deuxième grand boudé de la soirée). De manière très regrettable, SkyFall perd l’oscar de la meilleure photographie qui revenait de droit à Roger Deakins (maintes fois nominé et encore bredouille, l’Académie a ses têtes de turcs) et qui est finalement attribué à L’Odyssée de Pi, bien qu’une grosse partie de ses images aient été faites en post-production (même oscar pour Avatar de James Cameron quelques années auparavant).

 

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Si l’on excepte ce couac, on peut se réjouir du succès remporté par le chef d’œuvre d’Ang Lee qui n’était pourtant pas parmi les grands favoris. Il reçoit quatre oscars, soit le plus grand nombre de la soirée. Outre la photographie, il a obtenu les oscars très mérités pour les effets spéciaux, la musique et la réalisation (meilleure surprise du palmarès tant Lee survolait toute la sélection après les oublis honteux de Ben Affleck, de Quentin Tarantino ou de Kathryn Bigelow). Tous les autres prix que l’on dit, à tort, « majeurs » ont été minutieusement répartis entre chaque film candidat. Le meilleur long métrage étranger revient sans aucune surprise au (franco-)autrichien Amour de Michael Haneke, qui était de toute façon aussi nominé pour l’oscar du meilleur film.

Ce n’est pas le cas de Rebelle, dernière production des studios Pixar et long métrage assez calamiteux qui remporte l’oscar du meilleur film d’animation au sein d’une sélection très pauvre rendue caduque par l’absence du mal-aimé et pourtant infiniment supérieur Les Cinq Légendes. Le long métrage n’a pas fini d’être pris comme un bouc émissaire puisqu’à l’instar du John Carter d’Andrew Stanton l’année dernière, il sert d’excuse au studio DreamWorks afin de justifier quelques coupes budgétaires et plus de 350 limogeages probablement prévus bien longtemps à l’avance. Django Unchained de Quentin Tarantino obtient deux lots de consolations pour avoir osé faire un grand film sur un sujet aussi polémique que l’esclavage : l’oscar du meilleur scénario original malgré ses vingt dernières minutes très bancales et l’oscar du meilleur second rôle masculin à Christoph Waltz (qui aurait dû revenir à cette autre tête de turc même pas nominée qu’est Leonardo DiCaprio). Cette dernière récompense est une surprise car il n’était pas forcément le favori parmi les cinq nominés, tous excellents. Mais on ne peut enlever à Waltz d’avoir composé un chouette personnage et ce n’est sûrement pas un hasard si le long métrage s’effondre après sa dernière apparition.

 

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Daniel Day Lewis devient le premier interprète à remporter trois oscars du meilleur acteur pour sa composition formidable d’Abraham Lincoln. C’est, au passage, le premier oscar d’interprétation accordé à un long métrage de Spielberg (qui vient d’être annoncé comme le président du jury pour le prochain festival de Cannes). La très jeune Jennifer Lawrence, une des grandes favorites de sa catégorie, remporte l’oscar de la meilleure actrice pour Happiness Therapy de David O. Russell. Partons du principe que cet oscar récompense davantage le tempérament d’une jeune actrice capable et fortement sympathique, afin de l’encourager à poursuivre dans cette voie, plutôt que le rôle lui-même qui, après réflexion, ne lui correspondait pas parfaitement (merci au passage à Harvey Weinstein). On aurait clairement préféré la consécration d’une actrice plus mature et impressionnante comme Jessica Chastain pour Zero Dark Thirty mais on a au moins évité le « paluchage » national avec la récompense pour Emmanuelle Riva et sa performance racoleuse dans Amour.

Argo complète enfin le palmarès avec l’oscar du meilleur montage, du meilleur scénario adapté et surtout du meilleur film. On ignorera encore longtemps ce qui a valu à Ben Affleck d’être écarté de la course pour le prix du meilleur réalisateur sachant qu’il a remporté six prix dans diverses compétitions et cérémonies annexes, ce qui en aurait fait le vainqueur tout désigné. S’il y avait de meilleurs films que l’excellent Argo (Zero Dark Thirty, L’Odyssée de Pi, Lincoln, Django Unchained), il demeure un choix préférable à Amour, Happiness Therapy, Les Bêtes du Sud Sauvage ou encore Les Misérables. Et il est un bien meilleur film que bon nombre de récompensés des années précédentes (Slumdog Millionaire de Danny Boyle, Le Discours d’un roi de Tom Hooper, Collision de Paul Haggis,…)

 

Bande annonce d'Argo :

 

      

 

PALMARES

Argo de Ben Affleck - 3 oscars (film, scénario adapté, montage)

L’Odyssée de Pi d’Ang Lee - 4 oscars (réalisateur, photographie, musique, effets spéciaux)

Les Misérables de Tom Hooper - 3 oscars (actrice dans un second rôle, maquillage, son)

Django Unchained de Quentin Tarantino - 2 oscars (scénario original, acteur dans un second rôle)

Lincoln de Steven Spielberg - 2 oscars (acteur principal, décors)

SkyFall de Sam Mendes - 2 oscars (chanson, montage sonore)

Happiness Therapy de David O. Russell - 1 oscar (actrice principale)

Amour de Michael Haneke - 1 oscar (film étranger)

Rebelle de Mark Andrews et Brenda Chapman - 1 oscar (film d’animation)

Anna Karenine de Joe Wright - 1 oscar (costumes)

Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow - 1 oscar (montage sonore)

 

Et histoire de rattraper l’immonde hommage projeté pendant la Cérémonie, voici un montage effectué par un jeune néerlandais de dix-neuf ans qui montre qu’il a tout compris à l’esprit de la série « 007 », à l’inverse de ceux chargés par l’Académie de monter ce clip sans inspiration qui pastichait les célèbres génériques « bondien » :

 

      
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