Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Titre original : Tron Legacy
- Film américain sorti le 09 février 2011
- Réalisé par Joseph Kosinski
- Avec Jeff Bridges, Garrett Hedlund, Olivia Wilde,
- Science-fiction, Action, Aventure
Sam Flynn, 27 ans, est le fils expert en technologie de Kevin Flynn. Cherchant à percer le mystère de la disparition de son père, il se retrouve aspiré dans ce même monde de programmes redoutables et de jeux mortels où vit son père depuis 25 ans. Avec la fidèle confidente de Kevin, père et fils s'engagent dans un voyage où la mort guette, à travers un cyber univers époustouflant visuellement, devenu plus avancé technologiquement et plus dangereux que jamais...
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Plus de vingt-huit ans après le Tron original, petit film novateur devenu culte quelques années après avoir subi un flop des plus retentissants, Disney décide de filer un budget de près de 200 millions de dollars à un débutant dont c'est le premier film et qui n'a qu'une expérience dans le domaine de la publicité. Pour le coup on peut se demander quelle mouche a piqué la firme aux grandes oreilles tant le pari semble risqué et presque perdu d'avance et qu'il ne représente rien de moins que le gros « mastodonte » du studio produit pour les fêtes de fin d'année.
Certes cela reste une « suite-reboot » mais l'audace de l'entreprise mérite qu'on la note et la félicite. Pour autant, de bonnes intentions ne suffisent malheureusement pas à faire un bon film. Et si les moyens techniques sont visiblement là (budget conséquent doublé d'une équipe de très talentueux techniciens confirmés au service de Joseph Kosinski), ils sont au service d'une histoire d'un classicisme des plus déprimants. A ce niveau-là on peut dire que la structure du scénario n'est pas tant « classique », dans le sens où les étapes sont des plus connus et représentatifs du « parcours initiatique lambda », que « cliché ». C'est un peu tout le paradoxe de ce Tron l'héritage : une esthétique poussée, moderne et anti-commercial au possible, qui pouvait rebuter le grand public qui n'allait pas forcément y être sensible, contrebalancée par une histoire complètement balisée et connue du plus grand nombre.
C'est en fait le grand point faible de ce premier film au demeurant d'assez bonne facture. Là où on aurait pu avoir un spectacle total, immersif et jusqu'au-boutiste, on se retrouve finalement avec un récit simpliste, qui essaye de brasser de grandes notions sérieuses (la recherche de la perfection, le génocide, les totalitarismes, la figure de Créateur et du Prophète,...) sans jamais en approfondir une seule et qui est émaillée de quelques trouvailles visuelles assez bluffantes et novatrices. A ce titre, son absence dans la catégorie des meilleurs effets spéciaux aux oscars de cette année est incompréhensible, tant il domine la compétition et que cela constitue vraiment son avantage principal. Tron l'héritage s'impose aussi comme l'un des films « après-Avatar » qui utilise le mieux la 3D (en plus d'être très agréable au regard ; toute la différence avec une post-production jusqu'à présent). L'idée originale, comme le dernier film de Cameron, est encore de se servir de ce procédé de trois dimensions comme un moyen narratif, de mise en scène.
Ainsi, toutes les séquences dans le monde réel, à l'exception d'un travelling aérien du plus bel effet introduisant le film, sont en deux dimensions. Ce n'est que lorsque l'on entre dans le monde vidéo-ludique de « Tron » que la 3D apparait. Ou quand la 3D permet d'entrer littéralement dans un nouveau monde « qui dépasse nos rêves les plus fous ». De même, l'idée est encore une fois de donner de la profondeur à cet univers plutôt que de se servir de la 3D comme d'un « gimmick » ridicule n'ayant d'autre utilité que d'envoyer des objets à la figure du spectateur. La remarque que l'on peut faire cependant est que cet effet 3D n'est pas toujours immédiatement visible dans un espace qui se veut étendu indéfiniment (l'absence d'arrière-plan ou de différentes « échelles de plans » entraine une absence de « référent » pour le spectateur qui l'aiderait à y déceler immédiatement des premiers et seconds plans). Ce qui donne l'effet trompeur d'une absence de relief dans certaines séquences.
Kosinski a néanmoins l'intelligence d'user d'une mise en scène et d'un montage fluide qui rendent les scènes d'actions très lisibles (car problème, si sur-découpage, de luminosité ou de distinction des formes et de l'espace) sans pour autant abuser de ralentis faciles. Ces séquences d'action, qui ne sont pas toujours d'un dynamisme qui n'aurait rien à envier aux talents d'un Cameron ou d'un McTiernan, demeurent de beaux morceaux visuels ; c'est notamment le cas de la célèbre course de moto et de la bataille aérienne finale époustouflante « à la Star Wars ». Le bât blesse dans les scènes plus « terre-à-terre » de dialogues. Un scénario indigent mélangeant quelques notions informatiques se chargeant de rendre le tout le moins clair possible. Et passons sur le fait que les programmes aient tous le physique de « top models » (métaphore de cette recherche de la perfection par le personnage de Kevin Flynn incarné par Bridges ?) et que ceux-ci viennent danser dans une boite « branchée » où joue les « Daft Punk » (clin d'oeil inévitable et balourd qui sort le spectateur du récit) et dirigée par un sosie vulgaire de David Bowie incarné par un Michael Sheen plus insupportable que jamais ; son interprétation d'une dizaine de minutes est plus surjouée que les dernières prestations de Johnny Depp.
L'interprétation des acteurs est l'une des faiblesses majeures de ce Tron l'héritage. Si Jeff Bridges s'en sort relativement bien, mais il n'y a que lui pour incarner aussi parfaitement la figure du sage « cool », son double numérique et plus jeune nommé CLU est nettement plus bancal. Certes la prouesse technique est impressionnante, les textures du visage ayant atteint un niveau de réalisme assez hallucinant, mais les mouvements de celui-ci sont encore trop (im)parfaits pour emporter une totale adhésion. Mais le pari technologique était risqué et loin d'être gagné d'avance. Le personnage de Tron est aussi traité de façon assez honteuse et n'est présent à l'écran que cinq minutes avant de changer de camps de façon ridicule. Là où c'est cependant plus embarrassant c'est lorsque des acteurs en chair et en os arrivent sans effort à être plus impersonnels qu'un avatar numérique. Olivia Wilde joue évidemment le rôle de la belle cruche un peu naïve mais le pire est sûrement Garrett Hedlund, jeune héros anti-charismatique et mono-expressif au possible, qui échoue littéralement à transmettre une émotion ou une excitation à la découverte de ce nouveau monde (Sam Worthington dans Avatar le surclassait à bon nombre de niveaux) ou lors des retrouvailles avec son père.
Un petit mot s'impose aussi sur la partition composé par les « Daft Punk », une « première » pour le groupe et un des principaux arguments de vente du film (oui c'est un peu saugrenu surtout pour un film budgété à près de 200 million de dollars mais ça à l'air d'être un nouvel effet de mode si l'on regarde Hanna de Joe Wright vendu entre autres par sa BO composée par les « Chemical Brothers »). Si la partition est dans l'ensemble assez réussie et assez agréable à écouter, elle s'allie cependant parfois mal aux images et a même tendance à devenir trop envahissante lors de certaines séquences (un peu comme Hans Zimmer qui faisait de l'excès de zèle pour l'Inception de Nolan). Mais en fin de compte, pour résumer, tout ce qu'on peut dire de ce Tron l'héritage est qu'il tient du « non-évènement ».
Visuellement impressionnant mais toujours trop influencé pour trouver sa propre identité (les décors tout droits tirés de 2001 ou de Blade Runner), mis en scène avec brio et avec de bonnes idées (le jeu manichéen des couleurs qui est un bon moyen purement visuel de signifier qui est bon ou mauvais) mais pâtissant d'une interprétation approximative et d'un scénario bancal, prévisible et quelconque. La caricature même du « blockbuster » actuel sans âme. Spectacle visuel et pyrotechnique immersif mais dénué d'émotion ou d'empathie envers des personnages stéréotypés. Pas un mauvais moment à passer mais l'histoire du cinéma, des effets spéciaux ou de la 3D ne s'écrira malheureusement pas avec le premier film de Kosinski.
NOTE à 05 / 10
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