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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Flight

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Film américain sorti le 13 février 2013

Réalisé par Robert Zemeckis

Avec Denzel Washington, Don Cheadle, Kelly Reilly,…

Drame

Whip Whitaker, pilote chevronné, réussit miraculeusement à faire atterrir son avion en catastrophe après un accident en plein ciel… L’enquête qui suit fait naître de nombreuses interrogations… Que s’est-il réellement passé à bord du vol 227 ? Salué comme un héros après le crash, Whip va soudain voir sa vie entière exposée en pleine lumière.

      

Malgré son brillant parcours qui n’a rien à envier à son mentor Steven Spielberg, Robert Zemeckis a rarement été vu comme autre chose qu’un très brillant faiseur. Peu de critiques, notamment en France, ont été enclins à analyser sa filmographie de manière rétrospective afin de mettre en avant les thématiques et les audaces formelles qui la cimentent. Pourtant Zemeckis a été à plus d’un titre un pionnier expérimental, et ce, même si ces avancées ont souvent été faites dans le cadre de films populaires à gros budget. Il est aussi l’un des meilleurs utilisateurs d’effets spéciaux en Amérique aux côtés de James Cameron et de David Fincher. Il a mélangé animation et film « live » dans son célèbre Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et il n’a depuis jamais cessé de chercher à atteindre cette hybridation parfaite entre les images de synthèse et les prises de vues « réelles ». Si la performance capture a été « popularisée » auprès du public et de quelques critiques (l’ensemble restant encore très récalcitrant) par de gros succès au box-office tels que Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, l’Avatar de James Cameron ou Les Aventures de Tintin de Steven Spielberg, c’est grâce à Zemeckis que celle-ci a repoussée ses limites et outrepassée les multiples défauts que ses balbutiements engendraient (les œuvres susmentionnées ayant généralement bénéficié de cette technologie à sa maturité).

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/17/33/20331666.jpgPendant une décennie, Zemeckis ne travailla que par le biais de cette nouvelle méthode de réalisation, au grand dam d’un public qui s’est souvent moqué de lui et d’une presse spécialisée qui l’a régulièrement regardé de haut. Si le Pôle Express est une œuvre expérimentale très imparfaite à cause de la relative jeunesse de ce procédé, les deux films suivants de Zemeckis se sont révélés nettement plus convaincants, denses et avant-gardistes. Sa Légende de Beowulf demeure l’un des rares grands « blockbusters » adultes qu’Hollywood aura pondus au cours de la décennie précédente ainsi que l’une des meilleures productions cinématographiques d’« heroïc-fantasy », et son passionnant et très sombre L’Etrange Noël de Scrooge reste l’un des plus hallucinants films que la firme Disney aura osé produire en quarante ans. En plus de pousser jusqu’au bout sa volonté d’une caméra libérée de toute contrainte et d’une extirpation du jeu d’un acteur hors de son enveloppe charnelle, qui était déjà visible dans quelques brillants plans séquences de Contact et dans le final d’Apparences, Zemeckis est aussi un pionnier de la 3D avec ces deux derniers films, bien que peu de monde ait eu la chance de voir La Légende de Beowulf et L’Etrange Noël de Scrooge sous ce format car le nombre de salles de projections en relief n’ont explosé qu’après Avatar (parait-il que ceux-ci restent parmi les 3D les plus impressionnantes et justifiées au cinéma à ce jour).

Mais nul n’est prophète en son pays et l’humanité n’est guère admiratrice des gens ayant trop tendance à l’avant-gardisme. Zemeckis a toujours eu une grosse longueur d’avance sur toute la profession pendant quinze ans. Il est « logique » qu’il ait finit par susciter incompréhension et agacement. C’est après le très gros « flop » d’une de ses productions en motion capture, Milo sur Mars, que Zemeckis vit son studio ImageMovers Digital couler, le contraignant à abandonner son projet de « remake » en « perf-cap » de Yellow Submarine. Au sein d’une presse composée en majorité de journalistes dépassés, beaucoup crièrent « hourrah !! ». Zemeckis revenait au film « live » pour la première fois depuis le magnifique Seul au monde. Tandis que ces critiques passéistes se félicitaient d’un tel retournement du destin, une poignée d’adorateurs du cinéaste ne pouvait s’empêcher de penser qu’il s’agissait d’une véritable régression de la part de Zemeckis qui avait choisi de s’atteler à ce Flight par dépit. Cela ne présageait rien de bon puisque le réalisateur de la trilogie Retour vers le futur devait un peu déprimer après ce terrible revers l’obligeant à recevoir l’un des plus petits budgets de sa carrière. L’un des metteurs en scène américains ayant l’une des plus prolifiques filmographiques aux côtés de Spielberg se retrouvait dans une position de faiblesse auprès des producteurs et était contraint d’adapter un drame à oscar au sujet pas très enthousiasmant. Les temps changent.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/15/15/20298444.jpgAvouons-le tout de suite : Flight n’est pas un grand film de Zemeckis. Il est très loin d’être mauvais et mérite ce succès outre-Atlantique qui a permis au cinéaste de revenir dans les petits papiers des studios d’Hollywood. A l’inverse, il ne mérite pas les nombreuses critiques cyniques provenant de France au sujet de son message soi-disant puritain (la France vient de redécouvrir pour la énième fois qu’une bonne partie des Américains étaient croyants et s’en émeut à nouveau inutilement). Mais Flight n’est pas un sommet dans le parcours de Zemeckis comme le furent Retour vers le futur ou Forrest Gump, ni même un tournant comme pouvait l’être les « mineurs » Contact et Apparences. Flight correspondrait plus à une remise en question, voire à une remise en forme pour Zemeckis. Retourner vers quelque chose de plus simple et d’élémentaire pour se ressourcer de ces quinze années d’expérimentations et être capable de repartir sur un bon pied. Le récit ne s’est pas départi de quelques scories un peu faciles à même d’être béatement appréciées par de vieux membres de l’Académie des oscars.

Flight a un peu tout du drame facile, et il n’est pas aidé par la (belle) performance de Denzel Washington dont le personnage est un antihéros alcoolique, brisé et désabusé. Le genre de personnage fort qui appelle automatiquement une performance aussi bien épuisante d’un point de vue psychologique qu’impressionnante d’un point de vue physique pour l’acteur. Néanmoins, Washington sait se retenir et c’est tout à son honneur. Cela faisait quelques temps qu’on ne l’avait pas vu aussi charismatique et le dernier bon film de sa carrière remonte bien à l’ultime film du très regretté Tony Scott, Unstoppable. Il dévore l’écran à chacune de ses apparitions au point d’éclipser l’intégralité des personnages secondaires. C’est là aussi l’une des faiblesses de Flight. Son héros est si passionnant que son histoire occulte complètement les autres sous-intrigues que le film ne fait que survoler (notamment celle de Kelly Reilly qui devient en fin de compte un personnage assez inutile). De même, John Goodman est réduit au statut de « deus ex machina » humoristique mais pervers car, malgré qu’il soit son ami, c’est lui qui maintient régulièrement le pilote alcoolique au fond du trou. Don Cheadle dispose d’un personnage secondaire potentiellement intéressant puisqu’assez ambigu : un jeune avocat ambitieux, supposé être intègre mais prêt à toutes les tricheries pour que son client ne reçoive pas la punition qu’il mériterait. Malheureusement, sa caractérisation et ses motivations ne sont jamais esquissées plus que ça.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/15/15/20298442.jpgEt les dernières minutes de Flight pâtissent plus de la lourdeur avec laquelle est assénée sa morale que par son message soi-disant « mystique », taxé de « propagande chrétienne » par les détracteurs les plus dynamiques. Et même s’il y avait eu une forte prégnance du religieux dans Flight, ce qui n’est pas le cas, cela n’aurait constitué en rien un motif pour le clouer au pilori. Rappelons que trois des meilleurs films des deux années précédentes (The Tree of Life de Terrence Malick, Le Territoire des Loups de Joe Carnahan et L’Odyssée de Pi d’Ang Lee) sont des œuvres traitant du rapport de l’homme avec les concepts de Dieu et de croyance. Flight est donc la victime toute désignée pour un public français plus foncièrement cartésien que celui se trouvant de l’autre côté de l’Atlantique. Mais en l’état, Dieu n’y est qu’une vague tentative de rationalisation de la part des victimes pour tenter de comprendre cette tragédie miraculeuse (Pourquoi cet avion ? Pour quelle raison presque tout le monde s’en est sorti ?). Dieu n’est pas l’explication apportée par Zemeckis, qui ne tente heureusement pas de faire un prêche ou de convertir son public qu’il sait bien plus malin que ce que veut bien croire la critique toujours prompte à crier au loup à la moindre suspicion.

Le véritable cœur névralgique n’est pas la reconnaissance de Dieu par un héros qui accepte d’entrer dans le droit chemin grâce à la religion, mais bien la rédemption d’un alcoolique patenté rejetant violemment toute forme d’aide et de soutien venant d’un entourage pourtant attentionné. Un être « cool » et héroïque qui n’est pourtant qu’un abject égoïste préférant passer sa vie à se mentir à lui-même pour se conforter dans l’idée que son soi-disant « choix » de vie était le bon. Jusqu’au « mensonge » de trop qui pourrait le condamner, non pas du point de vue juridique mais du point de vue de la pureté de son âme. Moins qu’un film sur une intervention quasi divine permettant, pour une raison mystérieuse, de sauver une centaine de personnes dans un avion (lors de la séquence de crash la plus sidérante et immersive de l’histoire du cinéma), Flight propose un dilemme absolument passionnant : un acte héroïque suffit-il à dédouaner un être irresponsable ? Un héros, sous prétexte de son statut qu’il exhibe dès que ça l’arrange, peut-il être exempté de toute punition pour ses erreurs qui auraient pu avoir des conséquences dramatiques ? Un dilemme qui trouve une bouleversante résolution lors d’une longue scène de « procès » au suspense à couper au couteau. L’enjeu de Flight n’est pas le destin d’une centaine de survivants (vite écartés pour la plupart) mais l’assainissement d’une seule âme. Cela peut paraitre décevant pour tous ceux qui attendaient Flight comme un film à grand spectacle ampoulé et lyrique, mais c’est en fait un enjeu énorme d’un strict point de vue dramatique. Rarement le cinéma populaire aura traité une addiction de manière aussi juste et frontale.

NOTE : 7.5 / 10

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