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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Les Misérables

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/00/76/20364091.jpg

Film américain sorti le 13 février 2013

Réalisé par Tom Hooper

Avec Hugh Jackman, Russell Crowe, Anne Hathaway,…

Comédie musicale, Drame

Dans la France du XIXème siècle, une histoire poignante de rêves brisés, d’amour malheureux, de passion, de sacrifice et de rédemption : l’affirmation intemporelle de la force inépuisable de l’âme humaine. Quand Jean Valjean promet à Fantine de sauver sa fille Cosette du destin tragique dont elle est elle-même victime, la vie du forçat et de la gamine va en être changée à tout jamais.

      

Il y a tout juste deux ans, le britannique Tom Hooper, grâce aux pressions d’Harvey Weinstein et aux petits fours des « garden parties » que ce dernier avait organisé, remportait l’oscar du meilleur réalisateur pour Le Discours d’un roi au nez et à la barbe d’un David Fincher qui le méritait bien plus. Son petit « crowd pleasure » (film pour le public) était certes assez sympathique mais dénué de toute ambition ou audace. Plaisant mais jamais marquant. Cela ne l’a pas empêché d’obtenir un enthousiasme, évidemment temporaire, de la part de critiques qui l’ont très vite balayé de leurs mémoires (au hasard, un peu comme le Precious de Lee Daniels qui permit à ce dernier d’avoir un crédit artistique passager plutôt immérité). Vingt-quatre mois plus tard, revoilà le bonhomme sans l’appui salvateur de Weinstein. Il est toujours dans le film à costumes mais, cette fois, avec une toute autre ampleur et un contexte historique diamétralement différent. Après s’être intéressé aux hommes d’en haut (le roi bègue d’Angleterre, George VI), Hooper prend le point de vue du peuple d’en bas en adaptant Les Misérables. C’est néanmoins moins une transposition de l’œuvre originale de Victor Hugo, qui avait déjà eu droit à quarante-et-une adaptations sur les écrans, que celle de la comédie musicale ayant bien élagué au préalable ce pavé de la littérature et étant une véritable institution aux Etats-Unis à l’heure actuelle.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/00/76/20394217.jpgLe film a atterrit dans les salles américaines en décembre dernier accompagné d’une forte campagne publicitaire afin d’en faire un prestigieux compétiteur à la cérémonie des oscars qui se déroulera ce week-end. La presse s’est enthousiasmée pendant deux semaines sur le film avant de se rétracter soudainement devant le caractère pour le moins bancal de l’œuvre. Peu importe, le public étasunien a plutôt marché dans la combine grâce à quelques séquences suffisamment fortes pour faire illusion bien que se comptant sur les doigts d’une main. Ce produit, savamment marketé pour un impact maximum étendu sur une durée minimum, sort dans les salles françaises deux mois après la vague. Une fois l’enthousiasme retombé outre-Atlantique, que reste-t-il ? Pas grand-chose. Le long métrage s’impose immédiatement comme le vilain petit canard de la course aux oscars. Et après visionnage, il est évident que la bête se transformera en tout sauf en un somptueux cygne. Les Misérables de Tom Hooper est clairement la plus mauvaise mais aussi la plus laide des comédies musicales faites ces vingt dernières années.

Le long métrage fait cependant illusion lors de son premier plan. Un beau plan séquence qui débute sous l’eau, montrant un drapeau français flottant sous la surface, avant de nous faire sortir de l’océan déchainé et nous faire passer au-dessus d’un vieux navire de guerre que des centaines de prisonniers tentent, en rythme, de ramener au port. La caméra finit par se focaliser sur l’un d’eux : Jean Valjean, incarné par un Hugh Jackman plutôt charismatique (bien qu’il ne soit pas forcément le plus indiqué pour le rôle). Du rythme, un caractère épique, du faste,… On se dit que ça part plutôt bien, avant de voir la suite de la séquence. Et là, ça devient assez catastrophique : caméra portée qui filme en gros plans les visages, erreurs de raccord monumentales, montage délirant, aucune chorégraphie,… Le problème est que cela va en être ainsi pendant les trois longues heures suivantes. En effet, ce petit malin de Tom Hooper a voulu innover (grand bien lui en fasse) mais en mettant clairement les deux pieds dans le plat. Son idée : les chansons seront interprétées en « live » par les comédiens et non en post-production, ce qui était fait d’habitude afin d’éviter tout un tas de calamités sonores. Un concept original qui trouve ses limites dès la deuxième minute du long métrage.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/35/34/20244084.JPGCar si les chansons étaient faites d’un seul trait en post-production c’était pour garder une sorte d’homogénéité. Mais avec la méthode de Hooper, il y a autant de chansons que de prises de vues. Le montage se retrouve alors contraint de jongler avec de longs plans visant à ne pas couper l’acteur-chanteur dans son élan. Si le procédé marche occasionnellement comme lors du fameux « I Dreamed a Dream » de Fantine (Anne Hathaway), moment de grâce et de désespoir frôlant le sublime par une actrice sauvant de justesse le film des tréfonds de la médiocrité, il contraint Hooper à minimiser l’inventivité de sa mise en scène. La plupart des morceaux sont donc filmés en gros plans, probablement afin de faciliter la prise de son, et le tout est monté en plans séquences plus ou moins fixes. C’est particulièrement flagrant dès la seconde chanson de Jean Valjean dans une église peu après sa sortie de prison (là encore, une belle prestation de la part d’un Jackman méconnaissable) : un plan très serré sur son visage et un travelling arrière aussi serré lorsque le personnage est en mouvement. C’est tout. Comme un morceau musical sur deux, la séquence s’achève avec un immense mouvement de grue, faite par une caméra enfin libérée de toute contrainte d’enregistrement et pouvant ainsi contrebalancer le manque d’emphase pendant la scène chantée. Outre son absence d’inventivité, cette mise en scène, handicapée par son défi technologique finalement assez aberrant, empêche toute possibilité de rythme. Les chansons sont réalisées de la même manière et toute notion de montage ou de spatialisation est quasiment inexistante, ce qui est bien fâcheux pour une comédie musicale.

Si l’on ne s’en tenait qu’à ça, Les Misérables version Hooper ne serait pas plus raté que le fameux Nine de Rob Marshall, gros « musical » friqué produit par les Weinstein à l’intention des oscars et disposant d’un casting prestigieux qui s’était bien cassé les dents à l’arrivée. Là aussi, l’argument de la « comédie musicale » desservait plus le film qu’il ne l’élevait. Mais le raté de Marshall, lui-aussi adapté d’un classique de Broadway, avait au moins pour lui d’être relativement court et plutôt agréable à l’œil (bien que bling-bling à quelques occasions). Si Les Misérables a réussi, comme lui, l’exploit d’être une « comédie musicale à oscars » qui ne fut même pas nominée pour une chanson ou une musique dans n’importe quelle cérémonie à prix ayant eu lieu pendant l’hiver, le film de Tom Hooper se révèle cependant comme une véritable imposture par son « trust » dans les catégories techniques. Peut-être que sa direction artistique est au moins aussi honorable que n’importe quel « film à costumes », mais encore faudrait-il pour cela avoir au moins l’occasion de la « voir ». Quatre-vingt-dix pour cent des images étant des gros plans de visages, la majorité des décors et des costumes sont, au mieux, flous ou, au pire, visibles de manière quasi subliminale au cours d’un très rare plan large.

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/35/34/20396717.jpgLa photographie n’est pas en reste. C’est pourtant un des détails qui tend généralement à relever une comédie musicale. Mais Hooper parait vouloir à tout prix se départir du moindre aspect positif en filmant une très grande partie de son film en courte focale. Entre la direction artistique faisant prévaloir le sale (l’hygiène n’était certes pas à l’époque complètement ce qu’elle est aujourd’hui) voire le mauvais gout (les insupportables séquences avec les Thénardier, incarnés par les non moins crispants Helena Bonham Carter et Sacha Baron Cohen tout droit sortis du Sweeney Todd de sinistre mémoire) et sa photographie terne et difforme, on croirait que le film a été réalisé par un hybride du Tim Burton déchu et d’un Jean-Marie Poiré en pleine possession de ses moyens. En soi, le Sweeney Todd de Burton avait déjà mélangé avec un certain succès la crasse avec le genre de la comédie musicale. Mais la demi-réussite de ce long métrage, plombé par ses défauts mais touchant dans ce qu’il révélait sur la psyché du cinéaste gothique de Burbank, tenait dans le caractère énervé, sombre, violent et outrancier de son imagerie et de son histoire qui contrastait avec le genre de la comédie musicale que l’on imagine automatiquement plus enjoué, coloré et « glamour ». De même, le Moulin Rouge de Baz Luhrmann jouait de son esthétique kitsch, vulgaire et grandiloquente. La différence tient en deux points : Luhrmann est un bien meilleur réalisateur-chorégraphe que Tom Hooper et ses acteurs chantaient bien mieux.

Car s’il permet parfois de permettre une meilleure harmonie entre la chanson et le jeu de l’acteur, le parti pris de tout enregistrer directement sur le plateau amène aussi des ratés évidents avec lequel doit jongler l’équipe chargé du son : essoufflements, reniflements, modulations involontaires de la voix, etc… De plus, si la plupart des acteurs avaient déjà une expérience de chanteur, tous ne se débrouille pas aussi bien qu’on aurait pu le penser. Hugh Jackman, en bon « showman » (on se souvient de sa mythique présentation des oscars en 2009), assure le spectacle même si on peine à le trouver crédible en Valjean vieillissant malgré son maquillage. Anne Hathaway, qui avait aussi poussé la chansonnette avec Jackman lors de la même cérémonie, donne absolument tout, et ce, même si la réalisation ne rend pas souvent justice à ses efforts : découpage de cheveux non simulé, arrachage de dents, viol, humiliation,… On lui doit le grand moment de gloire du film lorsqu’elle chante son désespoir avec une telle conviction qu’on ne peut que lâcher une larme devant sa prestation (comme toujours, la caméra se contente d’un gros plan sur son visage pendant cinq minutes). D’autres ne s’en tirent pas aussi bien. Si Amanda Seyfried (Cosette) et Samantha Barks (Eponine) chantent correctement, elles n’ont à leur disposition que de rôles ingrats n’étant que de pâles copies des personnages éponymes bien plus denses dans le roman de Victor Hugo. Ainsi, ces deux jeunes femmes qu’elles incarnent ne font que se lamenter pendant leur temps d’apparition relativement court.

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/35/34/20244085.JPGLe reste du casting principal a encore moins de chance puisque les interprètes concernés se révèlent à la fois des mauvais chanteurs et des mauvais acteurs au service de personnages lamentables. Le plus évident est Russell Crowe (l’inspecteur Javert). Les trois premières minutes du long métrage le montrent en train de rouler les yeux comme un fou en braillant son texte de manière pas très convaincante. Son personnage, qui aurait pu être fascinant, n’est qu’un Terminator en uniforme, mauvais jusqu’au bout des ongles de surcroit, auquel Hooper parvient à instaurer une vague ambiguïté qu’au cours de sa dernière scène. Crowe se retrouve de cette façon en concurrence directe avec Sean Penn (Gangster Squad) pour le prix du méchant le plus ridicule de 2013 ; la séquence où il chante à la Lune devant Notre Dame de Paris, comme s’il se mettait à faire une complainte amoureuse alors qu’il exprime sa volonté de justice, vaut son pesant de cacahuètes. Après le fadasse My Week With Marilyn, Eddy Redmayne poursuit dans le rôle du jeune énamouré romanesque. Un protagoniste lui allant comme un gant mais qui est tellement redondant qu’il finit par s’attirer l’antipathie du spectateur avec sa voix de crécelle. Il n’est parfois pas loin d’être aussi crispant que Jamie Campbell Bower dans Sweeney Todd, qui nous bassinait avec son abominable jérémiade à l’intention de son amour impossible au doux nom de Joanna.

Le pire est évidemment atteint avec les deux zouaves dudit Sweeney Todd dans la peau des Thénardier. Leurs séquences, regroupant en quelques minutes ce qu’on pouvait trouver de pire dans la comédie musicale de Burton, sont aussi agaçantes qu’elles apparaissent en complet décalage avec la tonalité du long métrage qui se veut réaliste. On y retrouve tout à coup de la chorégraphie alors que Hooper s’y refuse presque tout le temps (l’unique autre exception étant la chanson des prostituées qui harcèlent Fantine lors de sa descente aux enfers). Si cela aurait pu apporter ce dynamisme qui manque très cruellement à ces Misérables, l’humour consternant qui s’en dégage annihile toute tentative d’efficacité. Pendant tout le reste du long métrage, les personnages restent plantés comme des « i » même lorsqu’ils poussent la chansonnette. Hooper détruit toute possibilité d’avoir du lyrisme ou des scénettes épiques en conférant un statisme et une indécrottable facticité à son long métrage (le décor de la rue dans lequel a lieu la barricade résistante est au moins aussi artificiel que la ruelle de « Fleet Street » dans Sweeney Todd). La longue nuit de résistance, qui voit une petite partie du peuple se rebeller contre l’autorité d’un roi laissant sa population sombrer dans une terrible crise (vague sous-texte contemporain qui n’est évidemment qu’effleuré), n’est jamais autre chose que dix jeunes se battant contre dix soldats dans une rue en carton. Tout est faux, rien n’emporte le spectateur.

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/91/35/34/20396731.jpgCela est aggravé par un rythme maladroit qui ne s’embarrasse pas d’ellipses peu judicieuses et qui laisse au contraire s’étendre indéfiniment des éléments du récit qui auraient pu être écourtés sans perdre de leur puissance. A l’image de cette traversée des égouts de Paris, moment assez célèbre des « Misérables » de Victor Hugo, qui est expédiée en une minutes et tournée dans un décor sombre qui aurait pu être n’importe quel égout du monde. Néanmoins, lors des deux dernières minutes du long métrage, Tom Hooper se souvient qu’il devait réaliser une comédie musicale ayant comme trame secondaire la révolte d’un peuple contre une autorité supérieure lui refusant un meilleur avenir. Il orchestre ainsi une ultime séquence où deux cents personnes chantent à l’unisson et parvient enfin à nous soutirer les frissons que l’on attendait depuis deux heures et quarante minutes. Au préalable, il n’y a que des couplets individuels ou des duos, ce qui est un peu paradoxal pour une comédie musicale ayant pour sujet un soulèvement populaire. Il n’y a bien que « One Day More » pour essayer de réunir en une même rengaine les multiples personnages, à l’aide d’un montage parallèle pas vraiment jubilatoire ; sa parodie « La Résistance » faite dans South Park - le film est carrément plus galvanisante. Bien que la symbolique du final soit d’une bêtise sans borne (c’est un peu « on ira tous chanter au paradis des révolutionnaires »), ces deux dernières minutes laissent entrevoir ce qu’aurait pu être le projet si un artiste plus talentueux que le très surestimé Tom Hooper y avait posé ses mains. Cette quarante-deuxième relecture du roman n’est qu’un fascinant plantage dont on n’a pas fini de décortiquer les multiples éléments qui l’ont amené à se planter. Victor Hugo, quant à lui, n’a pas dû se contenter d’une pirouette arrière avec les sorties cumulées de ce film et de l’adaptation « made in EuropaCorp » de son « Homme qui rit ».

NOTE : 3 / 10

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B
Way too long and slow! I think it was an attempt to kick opera back to life as nearly every line is sung. I would've enjoyed it much better had each song been cut in half. Overall it is just a onetime flick.
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