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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Gangster Squad

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/13/72/20358744.jpg

Film américain sorti le 6 février 2013

Réalisé par Ruben Fleischer

Avec Josh Brolin, Ryan Gosling, Sean Penn,…

Action, Thriller, Drame

A Los Angeles, en 1949, Mickey Cohen, originaire de Brooklyn, est un parrain impitoyable de la mafia qui dirige la ville et récolte les biens mal acquis de la drogue, des armes, des prostituées et – s’il arrive à ses fins – de tous les paris à l’ouest de Chicago. Tout ceci est rendu possible par la protection, non seulement des hommes de mains à sa solde, mais également de la police et des hommes politiques qui sont sous sa coupe. Cela suffit à intimider les policiers les plus courageux et les plus endurcis… sauf peut-être les membres de la petite brigade officieuse de la LAPD dirigée par les Sergents John O’Mara et Jerry Wooters qui, ensemble, vont tenter de détruire de Cohen.

      

Gangster Squadétait un projet assez affriolant lorsqu’il fut annoncé. Adapté d’un fait réel assez méconnu ayant vu la création d’une escouade de policiers visant à réduire à néant l’empire établi par le gangster juif Mickey Cohen sur la corrompue Cité des Anges à la fin des années 40, le long métrage était la promesse d’une grosse production classe qui aurait pu être un digne représentant du « film néo-noir », genre cinématographique qui s’était assez peu montré sur les écrans depuis L.A. Confidential de Curtis Hanson. Depuis, à part quelques titres californiens plus ou moins anecdotiques comme Cœurs Perdus de Todd Robinson ou encore l’imparfait Dahlia Noir de Brian De Palma, ainsi que quelques œuvres rétros de gangsters comme Public Enemies de Michael Mann ou la série télévisée « Broadback Mountain », les complets rayés, les chapeau-feutre noir et les mitraillettes Thompson commençaient sérieusement à manquer sur les écrans. Gangster Squad était la promesse de la résurrection d’un décorum entré dans l’inconscient collectif à coups de chefs d’œuvres comme Le Faucon Maltais de John Huston, Miller’s Crossing de Joel et Ethan Coen, Chinatown de Roman Polanski ou encore Les Incorruptibles de Brian De Palma. Meurtres crapuleux, gangsters « bigger than life », flics intègres et ripoux, femmes fatales à se damner, musique jazzy, vieilles guimbardes chics et lustrées, clopes au bec, pétoires longues comme un homme,… Le mélange classique de sang et de sexe, d’alcool et de fumée de cigarettes, de comportements débauchés vouant à la damnation et de résolutions féroces réinstaurant l’ordre et la morale,…

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/92/13/72/20360802.jpgDans le cadre du « film de divertissement à l’américaine », de plus en plus sclérosé par un politiquement correct gonflant (il n’y a qu’à voir les échecs successifs au box-office de péloches burnées comme Le Dernier Rempart de Kim Jee-woon, Du Plomb dans la Tête de Walter Hill ou encore, dans une moindre mesure, celui de Jack Reacher de Christopher McQuarrie), un « blockbuster » classé « R » et à même de filer son gros lot de scènes glamours, tragiques et violentes, avait de quoi réjouir. Quand on a annoncé la liste de stars se bousculant pour y apparaitre, même le cinéphile le mieux accroché ne pouvait que céder à un orgasme sans borne : Sean Penn, Josh Brolin, Ryan Gosling, Nick Nolte, Emma Stone, Giovanni Ribisi, Michael Pena, Anthony Mackie ou encore Robert Patrick. La liste était sans fin. L’impatience retomba un peu quand Ruben Fleischer, réalisateur du juste sympathique Bienvenue à Zombiland mais aussi de l’inintéressant 30 Minutes Maximum, fut annoncé à la barre. Une bande annonce molle peina à soulever l’intérêt puisqu’une unique séquence (une fusillade dans un cinéma) paraissait réellement prenante et iconique. Manque de bol, le film devant sortir pendant l’été, elle fut supprimée lorsqu’eut lieu la tragique fusillade d’Aurora qui vit un illuminé faire un carnage lors d’une avant-première de The Dark Knight Rises de Christopher Nolan.

Les « reshoots » faits en catastrophe amenèrent au final le film à être reporté plusieurs mois après la fusillade faisant polémique ; ceux-ci n’ayant par conséquent plus aucune autre utilité que de supprimer la seule scène de Gangster Squad ayant visiblement « de la gueule ». Enfin, la dernière chose qui aurait dû mettre la puce à l’oreille est une date de sortie en février, période creuse entre les vacances de Noël blindées, l’ « intellectuel » festival de Sundance et la prestigieuse cérémonie des oscars qui est une véritable fossoyeuse à projets maudits : tous les producteurs d’Hollywood y casent leurs grands perdants qui se seraient faits bouffer lors du mois de décembre et de la Compétition aux Oscars. En gros, Gangster Squad se présentait comme un « looser » en termes qualitatif mais aussi compétitif. C’est sans surprise que l’on peut approuver ce message masqué envoyé par les producteurs après avoir assisté à ce plantage industriel. Tous les éléments étaient réunis pour donner naissance à un chef d’œuvre, mais la seule chose que l’on voit à l’écran est un sous-Les Incorruptibles fait par un sous-Zack Snyder (et sans la musique d’Ennio Morricone). Fleischer et son scénariste Will Beall (dont le script pour l’adaptation de « La Ligue des Justiciers » aurait été récemment flanqué à la poubelle par la Warner) reprennent la structure du classique de Brian De Palma sans jamais en être embarrassés : la femme enceinte du héros intègre, la mort d’un enfant comme déclencheur dans l’engagement contre la pègre pour l’un des personnages, une fusillade dans un escalier, la longue trainée de sang dans un appartement, le héros désœuvré après la mort d’un de ses amis qui part se jeter dans la gueule du loup en se précipitant dans le repaire de son ennemi,…

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/56/42/20107683.jpgSean Penn tente vraisemblablement de singer Al Pacino et Robert de Niro mais ce dernier le ridiculise par son interprétation grandiloquente d’Al Capone dans Les Incorruptibles. Penn est absolument lamentable et compose l’un des méchants les plus nazes vu depuis bien longtemps au cinéma. On aimerait dire que le reste du casting sauve les meubles mais il est malheureusement à l’avenant. Josh Brolin passe son temps à froncer les sourcils et compose un gardien de la justice « incorruptible » bien moins attachant que le personnage d’Elliot Ness interprété par Kevin Costner (d’autant plus qu’il est complètement soumis à une femme au foyer). Emma Stone est une erreur de casting. La jeune actrice, certes douée et charmante, ne parvient jamais à convaincre dans son rôle. Six mois après avoir joué les lycéennes énamourées dans l’ennuyeux The Amazing Spider-man, voilà qu’on la retrouve dans les traits d’une « femme fatale », les producteurs n’ayant sans doute compris le mot « femme » que dans sa signification « genré » ; mais si l’on n’emploie pas le terme de « jeune fille fatale » c’est bien pour une raison. Ryan Gosling, pourtant si charismatique et fascinant chez Nicolas Winding Refn, nous sort un personnage de minet séducteur à la voix haut perchée et à l’inexpressivité assez crispante. Ce qui marche dans Drive ne fonctionne pas forcément ailleurs. Peu importe puisque Fleischer lui donne évidemment une séquence où ce dernier, en colère, peut casser la figure à deux hommes menaçant sa dulcinée, un peu comme il l’avait déjà fait en beaucoup mieux dans le film de Refn. Les autres acteurs sont corrects mais chacun n’a bien que cinq minutes au maximum pour défendre son bifteck.

A partir de là, il est difficile d’avoir une chance d’apprécier Gangster Squad si l’un de ses principaux atouts ne se révèle être que de la poudre aux yeux obtenus par les producteurs à coups de chèques vraisemblablement mirobolants. L’histoire sans surprise étant d’un classicisme confondant puisque calquée sur Les Incorruptibles, son traitement pouvait faire la différence. Mais pour cela, il aurait fallu un metteur en scène autrement plus finaud que Fleischer. Avec sa photographie absolument ignoble et son dégueuli d’effets numériques de très mauvais gouts, ponctué ça-et-là de scènes d’action filmées dans un ralenti injustifié (accompagné d’accélérations brusques qui ne le sont pas moins), on se retrouve avec un objet d’une laideur assez confondante que n’aurait pas renié un Guy Ritchie ou un Zack Snyder. Gangster Squad est exactement un « film noir » fait avec la même esthétique que l’on retrouvait dans le débile Sherlock Holmes 2, le raté Watchmen ou le pitoyable 300. Ce film dans lequel aucune émotion ou intensité ne ressort s’achève enfin dans un délire outrancier moralisateur tellement grand guignol qu’on est amené à se demander si Fleischer ne se gausse pas de tous ces films dont il reprend bêtement la moindre idée pour se la réapproprier (comme ce plan séquence chipé ni vu ni connu aux Affranchis de Martin Scorsese). Les images de la fusillade finale sont de loin ce que l’on peut faire de plus moche avec une caméra numérique.

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/56/42/20107684.jpgOn rêvait qu’Hollywood ait soudain l’ambition de réaliser un nouveau film criminel de l’ampleur d’un Chinatown, mais c’était mal connaitre son incapacité assez déplorable depuis quelques années à faire du grand film de genre à gros budget (rappelons que, l’année précédente, les meilleurs « blockbusters » étaient de très loin des films non-américains). Au final, on a eu un film cohérent avec cette répugnante politique des studios qui règne actuellement sur la côte Ouest : une resucée du Dick Tracy de Warren Beatty. Une approche « comic book » qui aurait pu avoir un intérêt dans une version imprimée mais qui marche nettement moins en mouvement. Et ce ne sont pas quelques plans impossibles réalisés à coups de CGI voyants qui rehaussent le niveau de ce long métrage qui, de toute évidence, pète plus haut que son cul. Au final, c’est un mauvais film qui a couté cher et qui humilie au passage quelques artistes très talentueux. Gangster Squad fait donc du mal au spectateur mais aussi aux gens ayant participé à son élaboration. On peut alors se rassurer avec ce semblant de justice et ce générique final original qui nous fait vraiment regretter que des têtes pensantes ayant un peu plus de jugeote et d’audace n’aient pas eu l’opportunité de diriger ce projet. On se contentera pour l’instant du jeu vidéo « L.A. Noire » sorti en fanfare quelques années auparavant et du film Des Hommes sans loi de John Hillcoat, bien que ce dernier transpose surtout quelques codes du genre dans un cadre campagnard faisant davantage ressembler le long métrage à un « western » se déroulant à l’époque de la Prohibition.

NOTE : 2 / 10

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