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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Hitchcock

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Film américain sorti le 6 février 2013

Réalisé par Sacha Gervasi

Avec Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson,…

Biopic

Alfred Hitchcock, réalisateur reconnu et admire, surnommé “le maître du suspense », est arrivé au sommet de sa carrière. A la recherche d’un nouveau projet risqué et différent, il s’intéresse à l’histoire d’un tueur en série. Mais tous, producteurs, censure, amis, tentent de le décourager. Habituée aux obsessions de son mari et à son gour immodéré pour les actrices blondes, Alma, sa fidèle collaboratrice et épouse, accepte de le soutenir au risque de tout perdre. Ensemble, ils mettent tout en œuvre pour achever le film le plus célèbre et le plus controversé du réalisateur : Psychose.

      

En soit, l’idée d’un biopic sur Alfred Hitchcock, l’un des plus célèbres réalisateurs américains de toute l’Histoire du cinéma, n’était pas la plus absurde au monde. A une époque où le cinéma, américain en particulier mais pas seulement, se doit d’être « inspiré de faits réels », il était même évident que le metteur en scène de Fenêtre sur cour, Sueurs Froides, La Mort aux Trousses ou encore Les Oiseaux allait avoir droit à un film sur sa personne, évidemment accompagné d’un acteur fort maquillé livrant une prestation à même d’émoustiller une Académie des Oscars toujours très adepte de la métamorphose et de la « performance » lorsqu’il s’agit de faire renaître les icones ayant marqué ses rangs. Néanmoins, ne se concentrer que sur un seul épisode de sa vie semble plus hasardeux. Certes le gros bonhomme était atteint de quelques névroses obsessionnelles, mais aucun moment spécifique de sa vie ne mérite vraiment que l’on dépense plusieurs millions de dollars pour le raconter dans un long métrage d’à peine deux heures. Surtout lorsque l’unique évènement controversé pendant sa vie professionnelle et privée (sa relation très « particulière » avec l’actrice des Oiseaux et de Marnie, Tippi Hedren), est déjà le sujet principal d’un téléfilm de luxe produit par HBO, intitulé The Girl et ayant Toby Jones et Sienne Miller dans les rôles titres.

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/34/86/20380235.jpgCet Hitchcock prit alors rapidement les oripeaux d’un long métrage concurrent fort dispensable comme il en pullule en ce moment : deux films sur Hercule, deux films sur Blanche Neige ou encore deux films sur Gertrude Bell (mis en scène par Ridley Scott et par Werner Herzog) virent soudain leurs productions être lancées dans un même court laps de temps. Et c’est parti pour la course précipitée afin que le premier à sortir puisse le mieux bénéficier du box-office ! On réalise à toute vitesse, au détriment de la qualité, afin de damner le pion au film concurrent qui a souvent été initié en premier. L’avantage qu’Hitchcock a sur The Girl est qu’ils n’auront pas à s’affronter sur le même média. Mais pour le coup, Sacha Gervasi, réalisateur de ce premier long métrage après un documentaire très apprécié intitulé Anvil ! The Story of Anvil, se retrouve avec un sujet par défaut pas forcément trépidant : la fabrication du classique que fut Psychose. Une fabrication forcément très houleuse selon sa version cinéma ; bien qu’on puisse arguer qu’il est rare que la réalisation d’un film soit dénué de stress, de rebondissements et de doutes. Pourquoi Psychose plutôt qu’un autre aurait droit à ce premier « making-off » cinématographique ? Malgré toute la bonne volonté de Gervasi, ce projet n’aurait jamais dû essayer d’être plus qu’un grand téléfilm passant en première partie de soirée.

On n’y apprend au final pas grand-chose d’Alfred Hitchcock. Son obsession des blondes n’est que timidement effleuré afin de ne pas choquer un public sagement délimité à un « PG-13 ». Et le sujet de base n’étant pas forcément des plus enthousiasmants, il ne surprendra pas grand monde qu’il n’y ait aucune séquence « épique » ou marquante dans le long métrage ; le climax, certes bien pensé et amusant, se contente de montrer un Hitchcock anxieux attendant dans les coulisses afin d’entendre la réaction du public lors de la célébrissime séquence de la douche. C’est un peu faible. Et à l’instar du fadasse My Week With Marilyn de Simon Curtis, qui se contentait de prendre l’actrice « sex symbol » universellement connue pour la replacer dans le cadre d’une histoire romantique bateau passant à côté de toute la personnalité extrêmement complexe de son héroïne, on regrette que le film de Gervasi se contente de prendre une figure aussi iconique pour ne la raconter que sous l’angle d’une histoire mineure ne laissant évidemment de la place que pour cette femme tout aussi talentueuse mais forcément cachée dans l’ombre de son mari inventif.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/19/46/20356963.jpgLe long métrage de Gervasi n’est pas dénué de contenu, ce qui rattrape sa forme somme toute peu originale puisque le film est (évidemment) vaguement construit comme un « thriller » hitchcockien qui serait introduit et conclu comme s’il s’agissait d’un épisode d’« Alfred Hitchcock presents » (reconnaissons qu’il s’agit là de deux des meilleures scènes). Hitchcock est aussi un démontage des rouages de l’industrie hollywoodienne fait au vitriol et une vision intéressante de l’enfer de la création cinématographique, bien qu’on lui préfèrera celle, très récente et elle aussi un peu frelatée, des 7 Psychopathes de Martin McDonagh. Mais la sous-intrigue centrale, à savoir cette relation complexe qui liait Hitchcock à sa femme, n’est pas non plus dénuée de force, bien qu’elle ne soit pas l’élément le plus remarquable du long métrage. Une liaison faite de collaborations et de respect mutuel mais aussi d’un peu de domination et de soumission envers l’autre partenaire. Une jolie petite idée que celle, très rebattue et bien plus brillamment illustrée par des films ne boxant pas dans la même catégorie (au hasard, The Social Network de David Fincher), qui veut qu’une femme se cache toujours derrière un esprit génial.

On ne pourra pas non plus enlever à Gervasi que sa mise en scène scolaire réserve parfois quelques surprises avec une poignée de plans bien pensés et ingénieux mais malheureusement souvent repris d’Hitchcock lui-même. Il tente aussi de mettre en scène des conversations imaginaires entre Hitchcock et le vrai tueur en série ayant inspiré le personnage fascinant de Norman Bates afin de sous-entendre l’obsession du cinéaste pour cet homme ayant quelques pulsions morbides et « sexuelles » faisant vaguement écho aux siennes, certes beaucoup plus modérées. Mais le procédé apparait maintenant comme tellement archaïque qu’il ne fonctionne jamais pleinement. Le casting est à l’image de ce film en demi-teinte. Certains sont très convaincants car leurs modèles originaux, et notamment leurs visages, ne sont pas vraiment connus du public cinéphile. Ainsi, Helen Mirren est très touchante en Alma Hitchcock tiraillée entre sa fascination pour son mari, son attendrissement pour cet « enfant » caractériel qui serait perdu sans elle, et son envie de liberté à la fois personnelle et artistique. Toni Colette est aussi plutôt crédible en assistante tout comme l’est Michael Stuhlbarg (décidément partout puisque déjà dans des rôles secondaires dans Lincoln et les 7 Psychopathes) en agent fidèle au « maître du suspense ».

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/90/19/46/20281253.jpgA l’inverse, des choix de casting concernant des stars sont plus saugrenus tant leur ressemblance avec les vraies célébrités dont ils sont les interprètes ne semble frappante qu’aux yeux de Gervasi et de ses producteurs. Cela est valable pour Scarlett Johansson et surtout pour Jessica Biel qui ne ressemblent en rien, malgré leurs perruques, à Janet Leigh et à Vera Miles. Anthony Hopkins réussit parfois à s’approcher des mimiques si reconnaissables d’Hitchcock mais, englué sous une tonne de maquillages ratés qui lui fait changer de visage à chaque scène, il frôle régulièrement la caricature embarrassante à l’instar de Meryl Streep l’année précédente et de son interprétation très forcée et peu concluante de Margaret Thatcher dans le détestable La Dame de Fer de Phyllida Lloyd. Au final, seul James D’Arcy, qui n’a bien droit qu’à trois minutes de temps de présence et une dizaine de dialogues, parvient à révéler un mimétisme troublant avec l’étrange acteur Anthony Perkins. Le reste de la direction artistique est toujours proprette mais jamais audacieuse, ce qui aurait mieux convenu à un cadre audiovisuel là où un projet de cinéma aurait probablement nécessité d’un peu plus de panache dans sa mise en forme. A l’inverse du tout récent Lincoln, bien plus passionnant et brillamment mis en scène, Hitchcock est le pendant académique, propret voire consensuel d’un projet biographique au cinéma : des acteurs englués sous des kilos de prothèses qui se baladent dans des décors lisses et forcément colorés car appartenant au passé. Au moins a-t-il choisi de le faire avec un efficace humour salvateur qui permet de le préférer à des drames ronflants comme ceux que l’on a eu l’année précédente sur Thatcher et Monroe.

NOTE : 5 / 10

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