Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film français sorti le 03 mars 2010
- Réalisé par Roman Polanski
- Avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall,
- Thriller
Un « écrivain-nègre » à succès est engagé pour terminer les mémoires de l'ancien Premier ministre britannique, Adam Lang. Mais dès le début de cette collaboration, le projet semble périlleux : une ombre plane sur le décès accidentel du précédent rédacteur, ancien bras droit de Lang...
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Une semaine après la sortie de Shutter Island, voici le nouveau thriller paranoïaque qui se déroule en grande partie sur une île avec un phare et où il fait toujours très moche : The Ghost Writer de Roman Polanski. Et comme le film de Scorsese, celui de Polanski se révèle tout aussi excellent et jouissif à regarder.
L'intrigue est assez classique et le dénouement n'est qu'à moitié surprenant. Mais cela n'enlève en rien l'efficacité du scénario tant la méthode a déjà été éprouvé de nombreuses fois. Si le film de Scorsese était plus dans une violence explicite et dans le registre de l'horreur, The Ghost Writer penche nettement vers le suspense hitchcockien suggestif. Il n'y a que peu de scènes de « vrai » suspense, et la plupart arrivent vers la seconde moitié du long-métrage, car ce que Polanski cherche c'est avant tout de créer un climat oppressant, inquiétant. C'est pour cela que l'introduction des personnages prend un certain temps, particulièrement pour le rôle du « nègre » (pas de nom, il est juste désigné dans le générique de fin comme « the Ghost ») afin que l'on puisse s'attacher, s'identifier à lui. Mais le travail est largement facilité par l'interprétation parfaite d'Ewan McGregor tout en finesse, décidément très en forme actuellement, en montrant à la fois sa naïveté par rapport aux évènements et au milieu dans lequel il se retrouve plongé, un peu contre son gré, sans en faire un homme complètement idiot et incompétent. Bien au contraire, il ne va cesser de s'affirmer et de montrer d'étonnantes ressources au fil des scènes jusqu'à affronter frontalement l'ex-premier ministre avec qui il avait noué une relation maître/esclave, de part son statut de « nègre », dans une scène particulièrement tendue dans le jet privée du politicien. Ce dernier est joué par Pierce Brosnan et est sans nul doute son meilleur rôle depuis le James Bond de Goldeneye (en même temps ce n'est pas extrêmement compliqué si l'on regarde sa filmographie). Le reste du casting est du même gabarit, interprétation au cordeau tout en laissant à chaque personnage une part de mystère qui le rend potentiellement menaçant pour le héros.
Ce qui permet surtout au film de se démarquer c'est la réalisation très travaillée de Polanski qui semble avoir bien repris du poil de la bête. Le film est visuellement très beau et le montage, très précis et efficace, instaure aisément une tension constante dans les (nombreux) dialogues. Dans les scènes mémorables on se souviendra d'une conversation inquiétante entre le « nègre » et Paul Emmett interprété par le toujours brillant Tom Wilkinson ; une séquence de filature intense qui s'achèvera sur un ferry ; et un final prenant avec le plan séquence d'un message passant de main en main et une image finale sublime tout ce qu'il y a de plus symbolique. Le film, même s'il se déroule du point de vue d'un novice, d'un « extérieur », lorgne parfois vers le thriller politique paranoïaque. The Ghost Writer peut d'ailleurs rappeler certains films de Brian de Palma, dont certains thèmes de Polanski sont assez proches, comme Blow Out où le héros, un preneur de son pour des films de série B, se retrouvait plongé dans le milieu trouble de la politique et des conspirations meurtrières. Jouant sur les faux semblants et particulièrement dans la deuxième heure, Polanski ne cessera de détruire nos certitudes sur chaque personnage, rendant chaque séquence inquiétante car finissant par devenir imprévisible. Enfin il est évidemment difficile de ne pas faire de parallèle avec la vie privée du réalisateur qui ne sait que trop bien le prix du scandale, de l'enfermement et de l'exil. Une scène ironique sur ce dernier point : l'ancien premier ministre se retrouve à un moment contraint de rester aux Etats-Unis pour échapper à la justice, le cas de Polanski étant l'exact opposé.
Film très personnel, parfaitement maîtrisé, inquiétant et superbement interprété par un Ewan McGregor de presque tous les plans, The Ghost Writer montre que Polanski n'a rien perdu de son talent. A noter aussi une excellente composition musicale d'Alexandre Desplat.
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