Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

Nine

                                                   SND

 - Film américain sorti le 03 mars 2010

 - Réalisé par Rob Marshall

 - Avec Daniel Day-Lewis, Nicole Kidman, Marion Cotillard, Penélope Cruz,…

 - Comédie Musicale

          Guido Contini est le plus grand réalisateur de son époque. Vénéré par les critiques et adulé par le public, il n'a qu'un point faible : les jolies femmes. Tiraillé entre sa sublime épouse et sa sulfureuse maitresse, harcelé par une séduisante journaliste, subjugué par la star de son prochain film, Guido ne sait plus où donner de la tête. Soutenu par sa confidente et sa mère, parviendra-t-il à résister à toutes ces tentations ?...

Daniel Day-Lewis. SNDPenélope Cruz. SND

          Qu'est ce qu'il s'est passé ? Comment peut-on rater un projet comme Nine ? Une relecture du chef d'oeuvre de Fellini, 8 ½, par le biais de la comédie musicale américaine « old school » avec, à la réalisation, Rob Marshall, qui compte à son actif le multi-oscarisé Chicago et le très beau Mémoires d'une geisha, et avec en vedette le trop rare Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard, Pénélope Cruz, Nicole Kidman, Judi Dench et Sophia Loren (tous les six ayant eu, un jour, un oscar pour leurs performances).

          Mais les faits sont là. Nine est une sorte de grand film malade. Un film qui se voulait tellement énorme qu'il ne pouvait que s'effondrer sur lui-même. La première chose très condamnable pour ce long-métrage est globalement son manque d'émotions. Cela s'explique par plusieurs choses. D'abord il y a trop de personnages. Et il est très difficile de traiter convenablement huit personnes, dont sept femmes diamétralement opposées, en à peine deux heures. Et à l'inverse du récent Shutter Island, la plupart d'entre eux n'arrive pas à s'imposer en une seule scène. Mais c'est encore plus difficile de leur donner de l'épaisseur si, à chacune de leur scène, on les coupe en y plaçant maladroitement des chansons.

          Alors c'est bien simple, on peut supprimer le personnage de la journaliste Stephanie (Kate Hudson), la mère de Guido (Sophia Loren), et la star et muse  Claudia (Nicole Kidman) sans que cela n'altère à aucun moment le film. La première bénéficie d'une séquence musicale assez dynamique mais dont les paroles se limitent en gros à « le style est le plus important dans le cinéma italien » et « Guido a une maîtrise parfaite de sa caméra ». Peut-être la séquence se veut-elle ironique sur le point de vue superficiel des Américains envers les cinémas des autres pays mais Nine parait constamment toc et cliché dans sa représentation de l'Italie de l'époque. Pour ce qui est du rôle de la mère on peut encore se demander son utilité si ce n'est avoir une seule actrice italienne (une icône quitte à bien faire les choses) dans le casting. La chanson de Sophia Loren est heureusement assez courte mais cela ne l'empêche pas de plomber encore plus le rythme de Nine avec son absence de chorégraphie et ses paroles assez redondantes. Le plus gros gâchis du film demeure le traitement du personnage de Claudia qui n'apparait qu'une dizaine de minutes, chanson comprise. Nicole Kidman, décidément pas très chanceuse ces dernières années, n'arrive, et ne peut pas donner, de l'épaisseur à un personnage qui se contente, dans le peu de temps qui lui est imparti, de réclamer un scénario et de dire à Guido qu'elle l'aime mais qu'il est trop tard. Il est d'ailleurs à noter que la scène où elle lui dit cela est entrecoupée par la séquence musicale qui lui fait dire exactement la même chose. Enfin on peut rester dubitatif devant le rôle de la prostituée (interprété par Fergie) qui a initié le jeune Guido et ses amis à la sexualité et dont l'obsession du héros pour cette femme est plus que survolée. Séquence où s'entremêlent un flash back en noir et blanc et un numéro musical correct.

          Si les autres personnages sont un peu plus présents, ils ne sont pas pour autant mieux écrits. C'est le cas de Penélope Cruz qui, au-delà de son numéro musical assez torride qui est l'un des meilleurs du film, se retrouve avec tous les clichés possibles qu'un personnage de « maitresse » sulfureuse peut avoir. Le cas de Marion Cotillard est plus difficile à cerner. Jouée sans pathos elle arrive à être touchante, mais la plupart du temps son personnage se révèle un peu trop fermé, jaloux, antipathique et passe la plupart de son temps à faire la tête et à se plaindre de tout (du métier de son mari, de l'infidélité de son mari, de sa vie abandonnée, du moindre rapport de Guido avec une femme,...). Si sa première chanson est émouvante par sa mélancolie et la tristesse qui s'en dégage, la seconde qui symbolise une terrible crise de jalousie en se livrant aux autres hommes surexcités par un striptease est un peu ridicule surtout quand, une heure auparavant, Penélope Cruz a déjà tout donné. Une légère surprise vient de Judi Dench en costumière-mère de substitution (comme quoi le personnage de Loren était superflu). Cependant si son numéro assez dynamique sur les « Folies Bergères » constitue une bonne surprise, elle le chante avec un accent parisien saugrenu qu'elle n'a pas autrement dans le long métrage. Et si elle se débrouille bien en français, choisir Dench comme une parisienne ne peut être qu'une erreur de casting.    

         Pour finir le choix de Daniel Day-Lewis dans le rôle principal était inattendu et franchement risqué. Au final c'est dans l'ensemble un pari raté. Day-Lewis n'arrive pas à rendre crédible et à donner vie à son personnage avec cet accent italien exagéré et peu probable. C'est donc une autre erreur de casting à un détail près. Il se dégage une vraie noirceur et beau désespoir dans certaines scènes, et ce, malgré son accent. Et si ses séquences chantées ne sont pas des plus convaincantes, lorsqu'il achève sa deuxième chanson par le cri désespéré de son nom qu'il a fini par haïr on retrouve soudain la folie furieuse qui l'animait dans Gangs of New York ou There Will Be Blood. Mais comme la plupart des séquences musicales n'ont absolument rien d'enthousiasmant, elles se passent toute dans la tête de Guido qui est symbolisé par le même studio dont les décors changent en fonction de la chanson, et qu'en plus elles plombent le rythme et toute tentative de réflexion par un montage brutal et peu judicieux, le problème de Nine est finalement de vouloir être une comédie musicale. Et mieux vaut ne pas trop s'attarder sur les dix dernières minutes ultra-prévisibles suivi d'un générique pathétique ponctué d'images du tournage du film de Marshall.

         Grosse déception pour ce projet monumental qui avait tout pour permettre un grand film et qui accouche finalement d'une souris, un film musical quelconque, impersonnel, artificiel, calibré pour les oscars alors qu'il n'arrive même pas à remplir cet objectif. On doit alors se contenter de maigres restes, dont une très belle introduction de tous les personnages, et qui ne peuvent que nous faire imaginer ce que le film aurait pu être.

* * * * *  

Daniel Day-Lewis et Marion Cotillard. SNDJudi Dench, Penélope Cruz, Marion Cotillard, Sophia Loren, Fergie, Nicole Kidman, Kate Hudson et Daniel Day-Lewis (de dos). SND

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article