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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Green Zone

                                                      StudioCanal

 - Film américain sorti le 14 avril 2010

 - Réalisé par Paul Greengrass

 - Avec Matt Damon, Amy Ryan, Greg Kinnear,…

 - Drame

          Pendant l'occupation américaine de Bagdad en 2003, l'adjudant-chef Roy Miller et ses hommes ont pour mission de trouver des armes de destruction massive censées être stockées dans le désert irakien. Ballotés d'un site piégé à un autre, les militaires découvrent rapidement une importante machination qui modifie le but de leur mission. Pris en filature par des agents, Miller doit chercher des réponses qui pourront soit éradiquer un régime véreux soit intensifier une guerre dans une région instable. En peu de temps et dans cette zone explosive, il découvrira que la vérité est l'arme la plus insaisissable de toute. L'histoire tourne autour des agissements américains en Irak et de la façon dont le gouvernement provisoire, organisé par l'administration Bush, s'est constitué d'amis loyaux du Président plutôt que de personnalités efficaces et capables. Pourquoi n'avoir placé personne, à la tête du gouvernement irakien, qui sache parler arabe ? Pourquoi n'avoir pas engagé des spécialistes de la reconstruction sociale d'après-guerre ?...

Jason Isaacs et Matt Damon. StudioCanalMatt Damon. StudioCanal

          A la différence de la guerre du Vietnam qui avait vu naitre une flopée de (grands) films lorsqu'elle s'était terminée, le conflit irakien a presque instantanément intéressé la production cinématographique américaine. C'est maintenant au tour du Green Zone de Paul Greengrass, film d'action au budget imposant puisqu'ayant été allègrement dépassé et qui s'est violemment rétamé au box office outre-Atlantique. Une fois n'est pas coutume c'était encore très regrettable car, si ce n'est pas le chef d'oeuvre « à la Apocalypse Now » que l'on désespère d'attendre sur la guerre en Irak, Green Zone demeure l'une des meilleures réussites sur le sujet.

          L'atout majeur de ce long-métrage se situe avant tout dans son scénario qui, s'il n'est pas avare en raccourcis et facilitées, sait rester limpide tout en conservant une certaine forme de complexité. Cette limpidité se traduit plutôt par le parcours assez classique du personnage incarné par Matt Damon, bien plus présent d'ailleurs que dans ses derniers rôles avec Le Che - 2ème Partie : Guerilla, The Informant et Invictus. Ce dernier est d'abord l'incarnation même du soldat intègre envoyé dans le but louable de trouver les fameuses ADM (armes de destruction massive) en Irak et qui a une confiance absolue dans l'administration américaine et ses supérieurs hiérarchiques. Mais le doute va peu à peu s'installer au fil des opérations ratées et par l'arrivée d'une forme de mentor qui se veut aussi réaliste et intègre que le héros. Il s'agit de Brown, un membre de la CIA (ce qui rend parfois son personnage honnête difficilement crédible), interprété par Brendan Gleeson, qui décochera au personnage principal un « don't be naive » que ce dernier finira par prendre comme devise. Et lentement l'adjudant-chef Roy Miller va glisser vers une forme d'incarnation idéologique et héroïque. Le film peut alors se voir comme une « thérapie » de l'Amérique qui s'inventerait une sorte de soldat héroïque pour exorciser les erreurs du pays et qui, par ses actes et ses réflexions, arriverait à sauver la face de la première puissance mondiale. L'aspect complexe du script vient du fait qu'il ne perd jamais de vu ses enjeux dramatiques en s'intéressant notamment assez souvent à l'opinion des Irakiens sur l'intervention des Etats-Unis. C'est là aussi la marque des films grands publics un tant soit peu intelligents : être extrêmement divertissant en multipliant les morceaux de bravoure tout en arrivant à soulever de manière subtile des questions, des problématiques à même d'amener une réflexion du spectateur. Le tout dépendant évidemment de l'identification du spectateur au héros du film, ce qui est assez bien réussi dans le cas de Green Zone.  

          La faiblesse majeure du film de Greengrass demeure sa mise en scène. Aspect à prendre avec des pincettes, surtout dans le cas des films de ce dernier qui ont poussé à l'extrême la caméra à l'épaule et le surdécoupage, amenant dernièrement un bouleversement important dans la manière de mettre en scène les films d'actions, et ce pour le meilleur mais aussi pour le pire. L'avantage de cette mise en scène est qu'elle peut se révéler très immersive (la poursuite de voitures finale dans La Mort dans la peau et la séquence de Tanger dans La Vengeance dans la peau en sont les meilleurs exemples) tout comme excessivement illisibles et comme un cache-misère un peu facile qui donne souvent de sérieux maux de tête. C'est encore le cas dans Green Zone qui alterne les séquences pas loin d'être géniales et les scènes plus brouillonnes. Greengrass livre d'ailleurs une introduction brillante montrant le bombardement nocturne de Bagdad qui marqua le début de la guerre en Irak. Entre les sons sourds des explosions lors de l'apparition du logo « Universal » et un plan de grue dévoilant la ville assiégée explosant de toute part, Greengrass montre encore une fois sa capacité à créer des scènes immédiatement captivantes et tendues. Les séquences suivantes laissent un peu plus dubitatif, notamment la fusillade qui vient juste après cette première scène et qui permet d'introduire le personnage de Roy Miller, car complètement incompréhensibles. Et c'est trop souvent le cas des scènes d'action de Green Zone, avec une mention spéciale à l'intervention vers le milieu du film dans la maison où se trouve « le valet de trèfle » et où aucun plan ne dure plus d'une demi seconde (rajoutez à cela une caméra qui gigote plus que jamais et un lieu clôt particulièrement étroit et vous avez une idée de l'enfer que vivent les yeux des spectateurs à ce moment-là). La séquence explosive finale, d'une bonne dizaine de minutes, est plutôt à rapprocher des rares scènes d'action réussies de la saga Jason Bourne, même si la caméra tremblante, le peu de lumière (car séquence nocturne) et la multiplicité des points de vue compliquent la compréhension de la poursuite. Mais Greengrass a l'intelligence de se servir d'un hélicoptère de guerre et de son radar pour arriver à situer précisément l'action et les différents personnages, permettant au spectateur de ne pas se perdre aux milieux de ces images parfois presque subliminales. Dynamique, intense, prenante, cette scène voit aussi un crash d'hélicoptère impressionnant qui n'est pas sans rappeler l'excellente séquence de La Chute du Faucon Noir de Ridley Scott (Jason Isaacs, dont le rôle du lieutenant Briggs est un peu caricatural, joue d'ailleurs dans les deux longs métrages). Cette même séquence se termine sur une note assez pessimiste, ne faisant qu'accentuer l'idée d'une impossible cohabitation et compréhension entre les Américains et les Irakiens ainsi que de l'échec obligé de l'intervention des premiers en Irak.

     Green Zone est donc un film assez mitigé : il peut se révéler à la fois incroyablement prenant et divertissant comme parfois assez ennuyeux (longue séquence de dialogue filmé caméra à l'épaule encore une fois) et incompréhensible (visuellement parlant) ; à la fois complexe et classique dans son propos mais aussi assez simpliste voir faussement surprenant (la révélation finale étant quand même connu de presque tout le monde). Le film de Greengrass est par contre intéressant car symptomatique du cinéma américain, c'est-à-dire offrir une forme d'alternative, un moyen de résoudre fictivement les problèmes qui sont apparus dans la réalité, et ici c'est le personnage de Matt Damon qui doit sauver à l'écran l'image des Etats-Unis après son intervention au Moyen Orient.

* * * * *                                                                                                    

Brendan Gleeson et Matt Damon. StudioCanalMatt Damon. StudioCanal

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