Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américain sorti le 31 mars 2010
- Réalisé par Chris Sanders et Dean Deblois
- Avec Jay Baruchel, Gerard Butler, America Ferrera,
- Animation
L'histoire d'Harold, jeune Viking peu à son aise dans sa tribu où combattre les dragons est le sport national. Sa vie va être bouleversée par sa rencontre avec un dragon qui va peu à peu amener Harold et les siens à voir le monde d'un point de vue totalement différent...
Qu'attendre d'un film d'animation dont l'histoire s'annonçait ultra classique et éculée et qui était produit par Dreamworks qui n'avait toujours pas réussi à marquer le domaine de l'animation (ses trois épisodes de Shrek, ses deux Madagascar et son Kung-fu Panda, malgré leur succès publics, ont beaucoup de mal à tenir la comparaison avec la concurrence, Pixar en tête) ? Et bien pas grand-chose. Et c'est pourtant là que ce Dragons nous prend par surprise, se révélant comme la meilleure production animée de Dreamworks et l'une des meilleure surprise de ces trois derniers mois.
Au même titre que les flibustiers avant la fameuse trilogie Pirates des Caraïbes, les Vikings avaient une certaine tendance à porter malheur au 7ème art. Mais après le surprenant Valhalla Rising de Refn et avant le film de Vikings de Mel Gibson, Dragons reprend le fameux peuple comme personnage principal et s'amuse avec leur image de barbares sanguinaires. D'une carrure exceptionnellement amplifiée, avec des barbes improbables et des blessures diverses, ces Vikings qui se saluent en beuglant sont volontairement stéréotypés pour marginaliser le personnage principal, Harold, gringalet maigrichon amoureux d'une fille au caractère de guerrière bien trempé et qui est le fils du chef. Cette dernière position est source d'instabilité pour lui car il est une honte pour le chef « tout puissant » d'un peuple guerrier qui se veut chasseur de dragons depuis des générations. Comme tout bon film d'animation, Dragons est avant tout un récit initiatique visant l'accomplissement du jeune héros. Dès le début Harold veut briller aux yeux de son père et donc par extension à sa propre communauté dont il est la risée (notamment envers sa propre génération et Astrid en particulier). Il aura évidemment besoin d'un mentor, Gueulfor qui est le seul à croire en lui, qui l'entrainera à la lutte contre les dragons pour qu'il puisse s'accomplir non pas en tant que lui-même mais comme un Viking. Mais son véritable accomplissement est plutôt l'acceptation de sa propre nature, c'est-à-dire quelqu'un incapable de tuer un dragon (scène intéressante où il essaye vainement de mettre à mort le dragon qu'il vient de capturer) et qui va s'affirmer par ses propres dons et qualités : sa capacité à dresser les dragons, à s'allier à eux plutôt que de les tuer.
Et c'est bien l'autre sujet de ce film bien plus riche qu'il n'y paraissait, celui de la complémentarité. Celle-ci se note d'abord par l'alliance entre Harold et son dragon, Krokmou, qui se base avant tout sur l'union des deux permettant ainsi de passer outre le handicap de l'animal (une aile arrière en moins sur les deux). L'homme et la bête ne font alors plus qu'un lors de séquences de vol absolument époustouflantes. Mais cette comparaison va plus loin puisque la bête devient le reflet des humains ; les Vikings étant déjà très exagéré pour paraitre « surhumain » et sauvage. La monture et son dresseur deviennent le reflet de l'un et l'autre, d'où l'incapacité d'Harold à tuer le dragon puisqu'il se voyait lui-même dans les yeux de l'animal. Et cette thématique accompagne le film tout du long jusqu'à la fin, étonnamment audacieuse envers le héros qui ne s'en sortira pas indemne (même si ce sort est heureusement immédiatement dédramatisé), mais qui demeure logique avec cette idée du dragon comme miroir de l'homme. Les bêtes elles-mêmes sont à leur tour très humanisées, chacun ayant un caractère spécifique, chacun étant meilleur qu'il n'y parait au premier abord, et chacun allant avec le dresseur qui lui convient le mieux en termes tant physiologique que psychologique. La communauté des dragons devient tout entière une image du clan des Vikings, chacun étant sous l'ordre d'un chef plus fort et imposant que les autres.
Et pour que la réussite soit encore plus grande, Dragons est bien plus poussé et pensé techniquement que les précédentes productions Dreamworks. Visuellement c'est à la fois beau et original. Dragons est à des années lumières de la laideur d'un Madagascar. D'ailleurs il a l'intelligence de s'autoriser de nombreuses libertés et originalités tout en gardant pour le « background » une certaine cohérence qui rend le monde qu'il décrit immédiatement attirant et attachant, presque crédible. A l'instar d'un Spielberg, d'un Cameron ou d'un Miyazaki, les réalisateurs de Dragons s'acharnent à ce que leur monde dégage une certaine vérité en filmant des séquences plus ordinaires décrivant les moeurs de ce clan Viking. Cette technique permet d'apporter une cohérence à l'univers décrit qui permet de rendre crédible, « possible » les éléments plus fantaisistes de cet univers. Ici l'empathie que dégage ce monde est immédiate, rendant tous les personnages, même ceux secondaires, très attachants. Le bémol vient par contre de l'utilisation de dialogues trop moderne (« trop cool », « la classe ! », des références aux jeux de cartes héroïc fantasy,...) et d'un humour trop peu présent. Mais la réalisation est dynamique et la 3D, pensée dès le début cette fois, est parait-il très efficace (pas vu sous ce format mais cette fois-ci pour raison de vacances et d'impossibilité d'obtenir une salle le diffusant en trois dimensions). Avec des plans pensés, des références plus discrètes que dans les Shrek (l'entrée dans l'arène quasi similaire au plan de Gladiator faisant découvrir le Colisée) et des séquences de vol sidérantes, Dragons est un must du spectacle d'animation. Le tout se terminant sur une bataille impressionnante qui met littéralement K.O. le pseudo duel final avec le dragon de l'abominable Alice au pays des merveilles.
Visuellement inspiré (le plan révélant les dragons à l'intérieur d'une crevasse par la lumière d'un projectile en flammes, par exemple), Dragons est un spectacle intelligent et prenant qui porte bien la patte de ses réalisateurs (souvenirs émus de la charge des Huns dans Mulan, Krokmou très ressemblant avec le Stitch de Lilo & Stitch,...). En presque tous les points c'est une véritable surprise comme on aimerait en avoir plus souvent.
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