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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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127 heures

                                              

 - Titre original : 127 Hours

 - Film américano-britannique sorti le 23 février 2011

 - Réalisé par Danny Boyle

 - Avec James Franco, Amber Tamblyn, Kate Mara,…

 - Thriller, Aventure, Biopic, Drame

               Parti pour une randonnée en solitaire dans les gorges de l'Utah, Aron Ralston, jeune alpiniste expérimenté, se retrouve bloqué au fond d'un canyon isolé lorsqu'un rocher s'éboule, lui emprisonnant le bras. Pris au piège, menacé de déshydratation et d'hypothermie, il est en proie à des avec pour seule compagnie le souvenir des siens. Cinq jours plus tard, comprenant que les secours n'arriveront pas, il va devoir prendre la plus grave décision de son existance...

James Franco, Kate Mara & Amber Tamblyn. Pathé DistributionJames Franco. Pathé Distribution

            On avait quitté le britannique Danny Boyle avec son fameux Slumdog millionaire, « hommage indépendant » à Bollywood qui avait été le succès public surprise de 2008 / 2009 et qui avait raflé pas moins de huit oscars. Cependant son film n'en demeurait pas moins ultra classique et quelconque mais s'insérait sans mal dans une filmographie aussi inconstante que celle de Boyle, dont l'unique fait de gloire était d'avoir signé l'une des plus envoutantes oeuvres de science-fiction de ces dernières années avec Sunshine

            Comme toujours après un tel succès, la grande question est de savoir comment passer après. A l'inverse d'un Cameron qui avait décidé après Titanic de faire encore plus énorme, Boyle s'est tourné vers un petit projet à budget « réduit » et dont le sujet l'aurait rendu difficile à produire dans d'autres circonstances. Ce sujet c'est l'histoire vraie d'Aron Ralston qui s'était retrouvé coincé dans un canyon par un rocher et qui pour s'en sortir avait été obligé de s'automutiler. D'emblée le sujet révèle quelques difficultés assez ardues à affronter. D'abord, il y a une unité de lieu qui peut poser problème sur la durée du récit. Et il y a surtout le fait que 90% du temps, il y aura le même acteur bloqué dans une certaine position à l'écran. Et c'est là que la mise en scène « clipesque » de Boyle peut trouver un intérêt, à savoir éviter à tout prix l'immobilisme et les baisses de rythme.   

            Cependant, Danny Boyle est très loin d'être un metteur en scène réellement compétent et régulièrement ses effets de caméra, de lumière et de montage semblent souvent extrêmement gratuit. De plus il fait preuve d'une lourdeur pachydermique quand il s'agit de faire des métaphores ou du symbolisme (que ceux qui trouve qu'Aronofsky est le plus grand spécialiste dans ce domaine passe immédiatement leur chemin). Les seconds rôles terriblement anecdotiques ne dépassent pas le niveau du symbole (les parents représentant l'inspiration et la protection ; le personnage jouée par Clémance Poésy représentant l'amour perdu ;...). Et les flash-backs coupent le récit de manière peu judicieuse, en plus d'être un procédé un peu facile pour éviter le challenge que représentait le défi de 127heures (à savoir un acteur, face à l'écran, bloqué dans le même lieu).  

             Mais le film prend une toute autre ampleur quand il se focalise sur le personnage d'Aron, auquel James Franco prête ses traits. Ce dernier livre une des prestations les plus extrêmes de ces derniers mois et Aron se révèle être un personnage absolument fascinant. Jeune homme qui pour se sentir vivre devient accro au risque et à l'adrénaline, ce qui en ferait un parfait héros dans un film de Kathryn Bigelow, Aron est surtout un homme à deux facettes. Un homme beau, fort, débrouillard, aventurier mais aussi arrogant, sûr de lui et égocentrique (il se prend constamment en photo même dans les pires situations). Le genre d'hommes dans la vie courante que l'on serait plutôt amené à détester. C'est notamment l'un des (très) nombreux tours de force de Franco de réussir à rendre sympathique et fragile un homme tel que lui. On est donc constamment dans un rapport ambivalent avec ce type : d'un côté ce qui lui arrive était inévitable (Aron dira à un moment qu'il soupçonne cette météorite de s'être écrasé sur Terre juste pour aller à sa rencontre) et d'une certaine façon il le mérite puisqu'il ne suit les conseils de personnes et ne les écoute pas ; de l'autre on ne peut que souffrir avec lui et souhaiter qu'il s'en sorte tant cette « punition » parait et est insoutenable.  

            Les meilleures séquences sont celles qui font preuve du moins d'artifices, quand la caméra colle au plus près du visage de Franco. De même Danny Boyle arrive sans peine à magnifier les paysages démesurés et surréalistes du désert nord-américain. Et quand il abandonne ses effets de clips gratuits, il arrive même à créer une poignée de plans et d'images vraiment immersives qui forcent l'admiration : on retiendra particulièrement ce plan qui suit la chute de l'une des filles dans le lac souterrain et surtout cet autre plan où la caméra part de Franco, coincé par le rocher, pour remonter lentement hors du canyon et s'élever dans le ciel, montrant l'immensité vide et rude où le personnage principal est coincé et caché. Cette aptitude à magnifier certaines séquences se retrouvent aussi dans quelques scènes de « trip » où le personnage de Franco commence à perdre pied face à sa situation désespérée.  

            Mais là où 127 heures se montre assez brillant c'est dans son côté très immersif. Les séquences d'ascension durant les vingt premières minutes sont assez impressionnantes. Avec sa caméra toujours collée aux personnages et à ses émotions, 127 heures est un « film de sensation » où le récit n'est pas si important puisque l'intention est surtout de faire vivre aux spectateurs un véritable « ride » éprouvant. A ce titre, la séquence capitale, phare du projet, est celle où Aron se coupe le bras avec l'aide d'une lame émoussée ridicule. Séquence choc littéralement hallucinante, d'une brutalité et d'une violence difficilement supportable. On n'avait pas vu beaucoup de scènes gores aussi marquantes et intenses depuis un bon moment. C'est aussi lors de cette scène qu'A.R. Rahman livre le seul bon morceau de sa bande originale (mais celui-ci rachète complètement tous ceux qu'il a composé pour ce long-métrage). Il faut aussi saluer un travail assez inspiré sur le son rendant la séquence encore plus insoutenable (le bruit strident, électrique et assourdissant à chaque fois que la lame touche le nerf). Ne durant pourtant à peine quatre minutes, cette scène semble s'étirer indéfiniment jusqu'à une conclusion assez surréaliste où Aron regarde silencieusement son bras coupé toujours coincé avant de le prendre en photo.  

            Ce film est donc une bonne surprise surtout quand on sait la carrière en dents de scie de Boyle. Ce 127 heures rude et sans concession  est un film d'aventure assez prenant, qui souffre cependant de quelques tics de mise en scène assez agaçants mais omniprésent chez Boyle. Sans baisse de rythme mais ponctué de quelques instants assez maladroit, ce dernier film de Boyle est avant tout l'occasion de voir l'arrivée tonitruante de James Franco dans la cour des grands. Et rien que pour ça (et la séquence d'amputation), 127 heures mérite d'être vu en salle.  

NOTE à 07 / 10

James Franco. Pathé DistributionJames Franco. Pathé Distribution

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