Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

La 84ème cérémonie des oscars a eu lieu hier, 26 février 2012, soirée historique pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’elle a vu le sacre de The Artist, film français tourné en anglais dans les studios hollywoodien. Choix audacieux car le film reste bien français malgré le fait qu’une partie de l’équipe était américaine. Choix audacieux aussi parce qu’il s’agit d’un film muet et noir/blanc, donc pas forcément vendeur ni grand public. Contrairement à ce que clamera la vague de retournements de vestes qui va inévitablement frapper le film après ce sacre, la récompense de The Artist était loin d’être évidente et gagnée d’avance. Petit film rêvé pour Hazanavicius, qui a vu de nombreuses portes lui être claqué au nez, The Artist a eu un parcours de conte de fée depuis sa projection en compétition à Cannes où il a fait un triomphe et a reçu soutien indéfectible d’Harvey Weinstein dans les mois qui ont suivi. Evidemment cette victoire ne s’est pas faite sans un lobbying hallucinant. Mais c’est le cas de la plupart des nominés et encore plus des vainqueurs depuis plusieurs décennies.
Alors réjouissons-nous du sacre de ce film qui remporte cinq oscars. D’abord celui des meilleurs costumes pour Mark Bridges puis celui de la musique pour Ludovic Bource (malgré la polémique de Kim Novak), qui a eu l’élégance de serrer la main aux autres nominés (et à un John Williams agréablement surpris). Parmi les trois oscars majeurs il y a évidemment celui du meilleur film remis par un Tom Cruise qui semble enfin être de nouveau dans les petits papiers d’Hollywood (merci Brad Bird et son M:I 4). Il y a ensuite celui du meilleur réalisateur pour Michel Hazanavicius, premier metteur en scène français à recevoir ce prix et accessoirement l’un des plus doué de sa génération. Si beaucoup pourront pinailler sur la supériorité de ses concurrents, qu’Hazanavicius est le premier à reconnaitre, on peut néanmoins dire qu’un Woody Allen et un Terrence Malick ne cessent de revendiquer par leurs attitudes que les prix ne les intéressent pas et qu’un Scorsese avait déjà reçu la statuette cinq années auparavant pour Les Infiltrés. Le dernier oscar reste le plus jouissif tant il paraissait improbable il y a tout juste un an : celui de meilleur acteur pour un Jean Dujardin survolté et très ému, et ce, au nez et à la barbe de Gary Oldman, Brad Pitt et George Clooney, seul rival véritablement dangereux. Celui qui n’était encore qu’un « gars » il y a dix ans se retrouve propulsé dans le monde hollywoodien et devient le tout premier acteur français oscarisé.




L’autre grand vainqueur de la cérémonie est Hugo Cabret de Martin Scorsese avec, lui aussi, cinq oscars, mais tous « techniques ». Un parallélisme intéressant est à noter entre ces deux égalités : d’un côté il s’agit de la vision française du Los Angeles du début du XXème siècle, de l’autre c’est la vision américaine du Paris au début de ce même siècle. Et il s’agit de deux œuvres admiratives d’un cinéma passé mais qui ne s’enferme pas dans un bête refus de la modernité. Pour Hugo Cabret, la campagne de promotion a aussi fait un boulot exemplaire, lui permettant d’obtenir des prix qu’il ne méritait pas forcément. C’est le cas de l’oscar des meilleur effets spéciaux, qui aurait du revenir à La Planète des Singes – les origines, et celui de la photographie, qui aurait du revenir à Lubezki pour The Tree of Life. Le film de Scorsese a aussi remporté l’oscar du meilleur décor (quatrième récompense pour Dante Ferretti), du meilleur son et du meilleur mixage sonore.
Le reste des récompenses est réparti de façon assez équitable. Meryl Streep obtient son troisième oscar avec cette treizième nomination pour sa performance fade dans le mauvais La Dame de Fer, qui reçoit aussi celui du maquillage (encore heureux puisqu’il est largement complémentaire à l’interprétation de Streep). Christopher Plummer remporte sans aucune surprise l’oscar du meilleur second rôle masculin pour Beginners (meilleur discours de la cérémonie et accessoirement l’acteur le plus âgé à avoir obtenu un oscar d’interprétation). Du côté du second rôle féminin, c’est Octavia Spencer qui est récompensée dans La Couleur des sentiments après des années de bons et loyaux services. Woody Allen reçoit celui du meilleur scénario original avec Minuit à Paris tandis qu’Alexander Payne a un lot de consolation avec le scénario adapté de The Descendants (au détriment très regrettable des scripts de La Taupe et de Moneyball). Le meilleur montage revient en toute logique à Millenium tandis que le meilleur film étranger a été décerné sans surprise au film iranien Une Séparation. Reste enfin le sacre très mérité de Rango en meilleur film d’animation, qui met fin à la suprématie de Pixar depuis plusieurs années.




La cérémonie elle-même était meilleure que l’année précédente, notamment grâce aux numéros d’Emma Stone, de Will Ferrell/Zack Galifianakis et des « Bridesmaids ». On peut néanmoins regretter un certain classicisme et une absence de prise de risque que le choix de Billy Crystal en hôte de la soirée avait déjà sous-entendu. Une cérémonie tournée vers le passé comme bon nombre des longs-métrages en compétition : Cheval de Guerre et John Ford, Hugo Cabret et George Méliès, The Artist et le cinéma muet, The Descendants et l’héritage filial, The Tree of Life et la résonnance entre le passé et le présent, La Couleur des sentiments et le « Civil Right Movement », ou encore Minuit à Paris et son analyse de la nostalgie… Restent des oublis embarrassants comme J. Edgar de Clint Eastwood, Shame de Steve McQueen et surtout le Millenium de David Fincher et l’inexcusable rejet du Drive de Nicolas Winding Refn.
Ma critique :
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