Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

Les Cinq Légendes

http://fr.web.img1.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/92/04/20272137.jpg

Titre original : Rise of the Guardians

Film américain sorti le 28 novembre 2012

Réalisé par Peter Ramsey

Avec les voix de Chris Pine, Isla Fisher, Alec Baldwin,…

Animation, Aventure

Et si la légende du Père Noël, du Lapin de Pâques, de la fée des Dents et du Marchand de Sable ne nous avait pas dévoilé tous ses secrets ? Et si ceux qui nous offrent généreusement des cadeaux, des œufs, de l’argent ou des rêves avaient gardé pour eux une part de mystère ? Les Gardiens de l’enfance, chargés de veiller sur l’innocence et l’imaginaire des enfants, vont devoir déployer leurs forces comme jamais encore ! Car dès lors que Pitch, un redoutable esprit maléfique menace d’éliminer les Gardiens en volant aux enfants leurs rêves et leurs espoirs pour répandre la peur, nos quatre héros demandent à Jack Frost de les rejoindre et les aider dans leur mission. Adolescent rebelle et solitaire, Jack Frost peut, grâce à sa canne magique, et pour son plus grand plaisir, créer de la glace, du vent et de la neige mais il ne connait rien de son passé et n’a aucun réel but dans la vie. Invisible aux yeux des enfants, Jack Frost n’a pas conscience de l’étendue de son pouvoir mais en s’engageant aux côtés des quatre légendes dans un combat sans merci contre le mal, il va enfin se révéler à lui-même et aux enfants du monde entier.

      

Ce qui devait arriver arriva. Les Cinq Légendes marque une étape potentiellement importante dans l’histoire de l’animation américaine. Depuis quinze ans, le paysage était presqu’essentiellement dominé par le studio de John Lasseter, Pixar, qui sortait au rythme d’un film par an quelques-unes des plus grandes perles que l’animation ait connu depuis un siècle. Des prouesses techniques de plus en plus sidérantes au service d’histoires et de genres absolument divers. Avec un C.V. aussi imposant, entre les films de Brad Bird (l’indépassable Les Indestructibles, le merveilleux Ratatouille), les longs métrages d’Andrew Stanton (le sublime Monde de Némo, l’estomaquant Wall-e) et quelques autres péloches aussi inventives qu’émouvantes et jubilatoires (la trilogie Toy Story, 1001 pattes, Monstres et Compagnie, Là-haut, Cars), rien ne semblait pouvoir arrêter le studio à la lanterne. Un enchainement pharamineux de chefs d’œuvres qui paraissait même être un phénomène inédit dans l’histoire du cinéma.

De l’autre côté du ring se trouvait le studio concurrent DreamWorks. Si Pixar est une filiale découlant de boites créées par George Lucas après l’immense succès de Star Wars, DreamWorks trouve son origine chez un autre des « movie brats » et ami direct de Lucas : Steven Spielberg. S’il s’agit avant tout d’un studio produisant des films « live », une branche animation a commencé à sévir sur grand écran à partir de la fin des années 90. D’abord dans le dessin animé traditionnel avec quelques œuvres comme Le Prince d’Egypte de Brenda Chapman, Steve Hickner et Simon Wells, La Route d’Eldorado d’Eric Bergeron ou encore Sinbad – La Légende des Sept Mers de Patrick Gilmore et Tim Johnson. Peu d’essais furent faits à l’époque avec les images de synthèse, à part le sympathique Fourmiz qui fut mis en concurrence avec 1001 Pattes. Mais c’est en 2001 que vint un premier tournant avec l’immense succès public de Shrek, parodie de contes de fées assez drôle et rythmée à défaut d’être véritablement iconoclaste.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/37/73/20209917.jpgMontée en puissance

Rassuré par ce soutien populaire, DreamWorks se lança occasionnellement sur quelques pitchs « originaux » comme Madagascar, Megamind ou encore Kung-fu Panda, aux esthétiques régulièrement pauvres et au didactisme outrageusement bas du front. Des productions qui, à l’inverse des films sortant de l’écurie Pixar, ne parvenaient que rarement à parler à un public de plus de dix ans. Le reste ne fut qu’épuisements de concepts par le biais de suites au rabais abominablement inutiles (trois pour Shrek, une pour Kung-fu Panda, deux pour Madagascar). Si Pixar avait le monopole du cœur et de l’argent, DreamWorks parvenait au moins à le talonner sur celui de fric.

C’est en 2010 qu’eut lieu un premier incident industriel intitulé Dragons. S’il n’était pas dénué de menus défauts, l’ensemble se révélait d’un premier degré assez salvateur et d’une cohérence dans l’’écriture de ses personnages plutôt admirable de la part d’un studio qui a toujours vu ses ambitions à la baisse. La direction artistique était invraisemblablement belle et les séquences de haute voltige et d’action étaient très impressionnantes. Une vraie bonne surprise qui prouvait que DreamWorks avait les moyens de ses ambitions lorsque le studio voulait bien daigner en avoir. Dragons peut se targuer d’être le premier DreamWorks à avoir mieux fait qu’un Pixar ; au rayon de l’épopée et de la « fantasy » nordique, le récent Rebelle de Pixar était des plus décevants. Mais Dragons avait été la même année en concurrence directe avec le ténébreux et larmoyant Toy Story 3, un des plus matures films de Pixar, ce qui fit que ce dernier avait davantage été remarqué par les critiques (d’autant plus que Dragons avait eu une faible performance au box-office à la différence de celle, immense, de Toy Story 3).

La donne vient de changer cette année. L’aura de Pixar a été entachée deux années de suite par des œuvres pour le moins laborieuses et bancales : le vain Cars 2 et le gâché Rebelle. Et si DreamWorks a récemment sorti les oubliables Le Chat Potté (film centré sur l’un des personnages de l’univers de Shrek) et Madagascar 3, il vient néanmoins de frapper un grand coup avec ces Cinq Légendes qui est le premier DreamWorks à battre le Pixar sorti une même année. Signe des temps qui changent ? Symbole d’une décadence définitive de Pixar au profit d’un DreamWorks dorénavant tout puissant et s’aventurant sur les terrains de son concurrent déchu ? Il est évidemment beaucoup trop tôt pour le dire et les quelques alléchants futurs projets originaux de Pixar ainsi que le succès très relatif des Cinq Légendes ont encore largement le temps de renverser la vapeur.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/37/73/20228567.jpgBonnes Fées

Le projet avait néanmoins au préalable quelques gros atouts dans sa manche. Produit par William Joyce, qui est aussi l’auteur de la série de livres pour enfants « The Guardians of Childhood » dont est adapté le film, Les Cinq Légendes pouvait compter sur deux poids lourds dans le milieu hollywoodien. Le premier, et le plus évident car mis en avant un peu partout dans la campagne promotionnelle, est l’immense réalisateur mexicain Guillermo Del Toro. Le metteur en scène de Mimic, L’Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan a depuis quelques années un poste de consultant artistique à DreamWorks Animation. S’il avait déjà donné quelques conseils au cours de la production de Megamind ou du Chat Potté, c’est, selon ses dires, la première fois qu’il s’est autant impliqué sur un de ces projets. On pourra difficilement lui donner tort tant quelques indices dans le récit ou dans sa façon d’être mis en scène rappellent fortement quelques thématiques ou envolées lyriques de ses propres longs-métrages.

L’autre grand artiste qui se cache derrière cette production DreamWorks est le chef opérateur Roger Deakins. Le meilleur directeur de la photographie au monde actuellement, peut-être à égalité avec Emmanuel Lubezki (les derniers films de Terrence Malick et d’Alfonso Cuaron), s’est fait connaitre en bossant avec les frères Coen sur quelques-uns de leurs chefs d’œuvres (The Big Lebowski, Barber – l’homme qui n’était pas là, No Country For Old Men, True Grit) puis en travaillant avec le metteur en scène britannique Sam Mendes sur Jarhead, Les Noces Rebelles et le tout récent SkyFall qui constitue l’une de ses plus percutantes performances. Ce que l’on sait moins, c’est que cela fait plusieurs années qu’il s’intéresse aussi au domaine de l’animation et qu’il a participé activement en tant que conseiller visuel pour quelques longs métrages visuellement hallucinant comme le Wall-e d’Andrew Stanton ou encore le Rango de Gore Verbinski.

Deux atouts quasi irréprochables dont la patte pleinement perceptible élève complètement le travail, sans aucun doute loin d’être fragile, de Peter Ramsey. Si on pouvait dès le départ être rassuré sur l’esthétisme du film avec de telles bonnes fées, on pouvait encore avoir des craintes sur le traitement narratif d’une telle histoire. DreamWorks s’était en effet plusieurs fois fait remarquer par son incapacité à raconter correctement une trame sans la remplir de références humoristiques au second degré empêchant toute tentative de sérieux de l’entreprise. Même Dragons n’était pas complètement épargné par un excès de vannes devant faire rire parents et marmots à l’aide de gros clins d’œil anachroniques (linguistiques notamment). Les autres, que ce soit Shrek, Madagascar ou Gangs de Requins (autre tentative, très vaine cette fois, de surfer sur un succès de Pixar, en l’occurrence Le Monde de Némo), voyaient toute possibilité pour leurs maigres enjeux dramatiques sérieux d’être traités correctement jusqu’au bout être annihilée par un je-m’en-foutisme permanant et une peur de perdre le spectateur de moins de dix ans (Pixar parvenait pourtant à concilier brillamment les deux publics).

http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/92/04/20352758.jpgFigures super-héroïques

C’est là où Les Cinq Légendes surprend très agréablement puisque l’histoire est relatée avec un premier degré pour le moins satisfaisant. Les blagues visant à dédramatiser la situation ne se comptent plus que sur les doigts d’une main (mais le film reste très drôle) et on évite de clairement ratisser trop bas en termes d’âge du public. On n’évite par contre pas cet excès de didactisme. Là où Pixar est passé maître dans l’art de faire passer des messages et des idées par le biais de l’image et du ressenti, on sent que DreamWorks a encore peur de s’aventurer frontalement sur ce terrain. Quelques dialogues viennent ainsi surexpliquer inutilement ce qui était pourtant toujours perceptible par la mise en scène et le découpage. DreamWorks est toujours réticent à se laisser aller, à lâcher prise et à faire pleinement confiance au public. Mais on pourra néanmoins saluer l’effort consistant à essayer de s’améliorer.

Car ce ne sont que de menus détails tant le récit a parfaitement été resserré (un peu plus d’une heure et demie) afin de permettre un rythme soutenu digne d’un « roller coaster » tout en n’y sacrifiant pas la richesse émotionnelle et thématique. Il n’y a pas de place pour l’ennui. Passé une introduction d’une quinzaine de minutes qui pose parfaitement les enjeux, les personnages et leurs pouvoirs, l’aventure démarre et ne s’arrêtera qu’à la toute fin après être passée par une poignée de séquences d’affrontements proprement jouissives et ahurissantes rappelant quelques-uns des meilleurs morceaux d’un autre dessin animé de groupe, Les Indestructibles.

Les Cinq Légendesest en effet ce qui peut se rapprocher le plus d’un grand film de super-héros, genre qui a été très malmené cette année avec l’abject Ghost Rider 2, le minable The Amazing Spider-man, le sympathique mais très oubliable Avengers et l’ampoulé The Dark Knight Rises. Les « Gardiens » (à savoir le Père Noël, le Lapin de Pâques, le Marchand de Sable, la Fée des Dents et le peu connu en Europe Jack Frost) ont chacun des pouvoirs spécifiques leur permettant d’accomplir leurs tâches habituelles mais aussi à se défendre. Ils disposent aussi de quelques gadgets supplémentaires (le sublime traineau du Père Noël, le boomerang du Lapin de Pâques australien doublé par Hugh Jackman,…). Cela donne des combats fantastiques d’anthologie mettant parfaitement en avant la tentative de cohésion du groupe et évitant le plus possible de reléguer les quatre Gardiens comme les faire-valoirs du nouveau venu Jack Frost.

http://legenoudeclaire.files.wordpress.com/2012/11/pitch-rise-of-the-guardians-pitch.jpg‘Pitch Black is back’

Au rayon des grands moments, on citera la récolte express des dents tombées à travers le monde par cinq Gardiens faisant la course et se tirant dans les pattes pour savoir lequel d’entre eux fera mieux que les autres. Un monument d’efficacité, d’inventivité et d’humour d’une dizaine de minutes qui suggère bien l’amour de Del Toro pour la caractérisation dans l’action et la prédominance du rythme. Un morceau au milieu du long métrage, voyant une impressionnante bataille aérienne qui se conclut par la « mort » d’un des Gardiens, vient aussi rappeler que l’on est dans une production DreamWorks bien plus adulte que la moyenne. Si la mise en scène ample, doublée d’une 3D assez immersive, rend déjà les scènes d’action très réjouissantes, les enjeux instaurés dans le récit font de chaque morceau de bravoure un moment captivant.

Car l’une des nombreuses grandes idées tient, une fois n’est pas coutume, dans ce méchant antagoniste que doivent affronter les héroïques Gardiens : Pitch Black le croque-mitaine. Un être fantastique dont la nature est, malheureusement pour lui, de sentir la peur et de l’instiller à travers le monde. Une créature mythologique qui sévissait pleinement au cours du Moyen Age avant d’être reléguée dans l’oubli face à de nouvelles figures imaginaires plus positives. La première grande force le concernant, c’est qu’il n’est pas monolithique. Comme Silva, la récente némésis bondienne dans SkyFall incarnée par Javier Bardem, Pitch sait se montrer tour à tour effrayant, tout puissant mais aussi un peu pathétique. On finit, comme dans le film de Mendes, par compatir avec la souffrance originelle du « bad guy » à défaut de vraiment adhérer à son plan machiavélique. Il est aussi le reflet évident de Jack Frost, autre être fantastique invisible aux yeux des gens car ne disposant pas (ou plus) de cette croyance de leurs parts. Un double que Jack risque à plusieurs reprises de rejoindre tant ce dernier semble avoir largement plus d’atomes crochus avec ce misérable Pitch obligé de se tourner sur lui-même qu’avec les glorieux et généreux Gardiens.

Tout le film est un récit initiatique classique, presque mythologique et d’une efficacité en tout point redoutable sachant qu’il suit judicieusement et avec intelligence les étapes élaborées par Joseph Campbell dans son Héros aux mille visages (livre de sociologie dont le contenu eut une importance considérable dans l’élaboration de films peu connus comme Star Wars, Le Seigneur des Anneaux, Avatar ou Dark Cristal). Les Cinq Légendes dépeint un univers d’une sublime densité qui gagnerait à être encore davantage étoffé dans de nouvelles aventures. Mais DreamWorks, pourtant si adepte du principe, risque de rechigner en voyant l’échec relatif de ce film d’aventure de Noël tout ce qu’il y a de plus premier degré. Dommage que le large public américain mais aussi européen, le film ne semblant pas cartonner en France comme il le devrait, se soit à ce point habitué ces dernières années à de la grosse production au rabais pour ne pas se précipiter en salles voir cette anomalie qu’est Les Cinq Légendes (on se rassurera avec le triomphe de SkyFall et le gros succès d’Argo de Ben Affleck). Il rejoint alors Happy Feet 2 de George Miller dans la catégorie des grands films récents sacrifiés à leurs sorties. En l’état, le film de Ramsey est un réquisitoire terriblement prenant sur le nécessaire triomphe de l’imaginaire dans notre monde si sombre et triste. Le demi-échec du film au box-office prouve malheureusement qu’il est plutôt d’actualité.

NOTE :  8 / 10

http://fr.web.img2.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/87/37/73/20260859.jpg

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article