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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Lovely Bones

                                                     Paramount Pictures France

 - Film américano-néo-zélandais sorti le 10 février 2010

 - Réalisé par Peter Jackson

 - Avec Saoirse Ronan, Mark Wahlberg, Rachel Weisz,…

 - Drame, Fantastique

          L'histoire de Susie Salmon, une jeune fille assassinée qui, depuis l'au-delà, observe sa famille sous le choc de sa disparition et surveille son meurtrier, ainsi que la progression de l'enquête...

Mark Wahlberg et Saoirse Ronan. Paramount Pictures FranceStanley Tucci. Paramount Pictures France

          Cette année Peter Jackson revient, après avoir été repoussé pendant de longs mois, avec une oeuvre nettement plus intimiste que la trilogie du Seigneur des Anneaux et son remake colossal de King Kong. Ce Lovely Bones, surtout au vu des films précédents de Jackson, ne peut au premier abord que surprendre.

          La première surprise pour ce film est qu'il est clairement imparfait. Les légers défauts de ses précédents longs-métrages, comme l'excès de sentimentalisme ou l'omniprésence d'effets numériques d'un goût parfois incertain, prennent ici une trop grande importance. Le film démarre pourtant très bien, jouant de cette esthétique kitsch et toc pour représenter l'imagination merveilleuse et naïve de cette jeune fille des années 70 (élément important à prendre en compte avant de crier à « l'écran de veille Windows »). Alors évidemment la scène des casiers du lycée où Susie bafouille devant celui dont elle est amoureuse fait archi-clichée. Bien entendu toutes les séquences précédant le meurtre de Susie sont rose-bonbon afin d'accentuer la joie et l'innocence avant qu'elle ne se perde avec la disparition de Susie. Et par conséquent la plupart des séquences dans « l'entre deux mondes » semblent totalement artificielles et surannées puisque ces images proviennent d'une jeune fille innocente qui n'arrive pas à accepter sa propre mort. Le film peut alors se rapprocher avec un autre film considéré par la plupart, et à tort, comme mineur d'un grand réalisateur : Always de Spielberg (et aussi du Ghost de Jerry Zucker, d'une certaine manière, pour ce qui est de la partie thriller du film de Jackson). Les deux films donnent une vision volontairement naïve de l'au-delà et de la réalité avant l'accident afin de faire un contrepoids à la noirceur de certaines thématiques et séquences : la violence de la mort des deux personnages principaux ; l'incapacité de faire son deuil, le refus du fantôme à abandonner son « ancienne vie », observer un homme prend sa place dans le coeur de la femme qu'on aimait pour Always et la menace toujours pesante du tueur impuni dans Lovely Bones,... Tous les deux ont payé le prix de ce choix artistique en passant pour profondément niais et d'un non-réalisme total qui rendrait le film quelconque, voire dénué de tout intérêt.

          Il est pourtant évident que sans ce contrepoids Lovely Bones serait un film absolument insupportable à regarder. Parce que derrière son apparence trompeuse de « Disney du dimanche », Lovely Bones renferme des scènes dérangeantes et particulièrement violentes, même si la plupart du temps cette violence est hors-champ. La scène de meurtre est à elle-seule un exemple de maîtrise. Cette scène d'une longueur insoutenable montre la jeune Susie qui s'est laissé emprisonner dans une cachette sous un champ (paysage que l'on retrouvera donc assez souvent dans les visions de l'au-delà et, plus surprenant, dans une séquence au paradis dans Always). Pendant un long moment, elle ne fait que discuter avec un homme d'apparence sympathique qui s'amuse à construire des caches pour que les enfants s'amusent. Mais un gène intense va s'installer par de gros plans et un jeu tout en finesse des deux protagonistes. La véritable nature de l'adulte va alors se révéler : une araignée qui attire ses proies dans sa toile, un prédateur malin qui piège un plus faible dans son terrier (le personnage expliquera d'ailleurs plus tard qu'il a une forte habileté à la chasse). D'une manière plus symbolique, et qui est en accord avec la forme du conte de cette histoire fantastique, cet homme est un ogre, un « mangeur d'enfants ». Après s'être jeté sur elle, Susie parviendra à sortir de la cachette souterraine et s'enfuira à toute vitesse... avant de se rendre compte quelques minutes plus tard, dans la séquence la plus glauque mais aussi la meilleure du film, qu'elle est morte. Elle se trouve alors dans une salle de bain lumineuse avec, en son centre, le tueur prenant son bain dans une eau boueuse alors que la pièce et le lavabo sont tachés de sang et de gadoue, restes du forfait qui a été accompli et qui nécessite d'être nettoyés. La séquence se conclue par un cri déchirant de Susie qui réalise alors ce qui vient de lui arriver. A ce moment-là, un court instant, Lovely Bones bascule dans l'horreur pure, une sorte de trace des premiers films de Jackson comme Bad Taste. L'aspect thriller du film est d'ailleurs le mieux traité comme le montre l'une des séquences finales, très hitchcockienne et intense, où la soeur de Susie s'infiltre dans la maison du tueur afin de trouver une preuve de sa culpabilité ou encore la séquence où l'on découvre les nombreuses victimes précédentes du tueur. 

           En parallèle à cet aspect inquiétant du film, Lovely Bones penche aussi vers le fantastique avec les visions de « l'au-delà » qui est influencé sans cesse par l'humeur de Susie et les évènements qui se déroulent dans le monde réel. Il faut rappeler que ce thème de la mort et d'un monde hors du réel était déjà traité dans Créatures célestes ou Fantômes contre fantômes. Le troisième genre avec lequel flirte Lovely Bones est le drame. Et c'est sûrement la partie la plus faible du long-métrage de Peter Jackson. D'abord parce qu'elle pâtit de l'interprétation pas toujours à la hauteur des acteurs. Mark Wahlberg, même s'il reste assez convenable, n'arrive pas au niveau de Saoirse Ronan ou de Stanley Tucci ce qui est assez dommageable au vu de son rôle très important dans l'histoire et de son lien très fort avec sa fille. On retiendra surtout un face à face tendu où le père réalise, sans preuve tangible, qui est le réel assassin de Susie. Rachel Weisz n'a qu'un rôle très mineur, la mère étant complètement effacée par rapport au traitement du père. Enfin Susan Sarandon tente vainement de détendre l'atmosphère avec de courtes scénettes  humoristique tout à fait dispensables. C'est dans l'aspect deuil familial que Lovely Bones ne se révèle pas si imaginatif que ça, passant par toutes les étapes obligées du genre, et même si la plupart des scènes sont malgré tout traitées avec une certaines délicatesse. Mais il n'empêche que ces séquences de deuil douloureux ont été vues d'une manière identique des centaines de fois dans de trop nombreux films. Se détache cependant la scène de retrouvaille entre le père et la mère à la fin qui, par un élément particulier, est traité d'une manière assez surprenante.

          Lovely Bones est donc un film imparfait mais qui ne mérite absolument pas son statut d'échec ou de « film mineur » ainsi que le lynchage qu'il a subit à sa sortie. Certes ce n'est évidemment pas le meilleur de Peter Jackson mais il possède suffisamment de qualités pour pouvoir coexister sans honte avec les autres oeuvres de sa filmographie.  

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Paramount Pictures France

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