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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Mother

                                                     Diaphana Films

 - Film sud-coréen sorti le 27 janvier 2010

 - Réalisé par Joon-ho Bong

 - Avec Won Bin, Kim Hye-Ja, Jin Ku,…

 - Drame, Thriller

          Une veuve élève son fils unique Do-joon qui est sa seule raison d'être. A 28 ans, il est loin d'être indépendant et sa naïveté le conduit à se comporter parfois bêtement et dangereusement ce qui rend sa mère anxieuse. Un jour, une fille est retrouvée morte et Do-joon est accusé de ce meurtre. Afin de sauver son fils, sa mère remue ciel et terre mais l'avocat incompétent qu'elle a choisi ne lui apporte guère d'aide. La police classe très vite l'affaire. Comptant sur son seul instinct maternel, ne se fiant à personne, la mère part elle-même à la recherche du meurtrier, prête à tout pour prouver l'innocence de son fils...

Kim Hye-Ja. Diaphana FilmsWon Bin. Diaphana Films

          Un peu plus de trois après The Host, un bijou du film de monstre, Bong Joon-ho revient avec un film qu'il veut plus intimiste. Il faut dire que son précédent métrage avait bénéficié d'un budget particulièrement élevé par rapport aux autres productions sud-coréennes et avait explosé le box office là-bas en atteignant les treize millions de spectateurs, battant ainsi le précédent et récent record de Le Roi et le clown.

          Pour Mother, point d'effets spéciaux, casting principal plus réduit et retour à un cadre plus campagnard et réaliste. Immédiatement on peut rapprocher ce film à l'incroyable Memories of Murder qui avait révélé Bong Joon-ho à un public international. Adepte du mélange des genres, Bong Joon-ho va faire côtoyer drame intimiste, enquête policière, thriller et le tout teinté légèrement d'humour (notamment par sa critique de la police). En actrice principale, il a choisi Kim Hye-Ja. Elle n'est absolument pas connu chez nous mais est une véritable star en Corée du Sud : en effet, à 70 ans (qu'elle ne fait absolument pas au vu de sa vivacité), elle compte 47 années de bons et loyaux services en tant qu'actrice, surtout à la télévision. Sa particularité est qu'elle s'est illustrée, et qu'elle est perçue ainsi par les spectateurs de Corée du Sud, dans des rôles de mère aimante prête à se sacrifier pour ses enfants. Le choix est donc tout à fait logique mais Bong Joon-ho va y apporter quelques modifications. Car cette mère va se révéler bien plus vicieuse qu'il n'y paraissait aux premiers abords. C'est elle qui, en le surprotégeant, va rendre son fils complètement niais, immature et inconscient. Elle entretient avec lui des rapports très ambigües comme le fait qu'ils dorment dans le même lit, qu'elle le regarde en train de se soulager contre un mur et que sa tendance à la surprotection empêche son fils d'établir une relation normale et notamment sexuelle (ce qui l'amène évidemment à être le suspect numéro un dès le début). En opposition avec cette gentillesse toujours exposée, cette mère, toujours désignée par cette fonction et jamais par son nom, révèle parfois une folie inquiétante et une violence frappante, surtout lorsque l'on sait l'âge de l'actrice. L'amour possessif, carnassier de cette mère pour son fils va l'amener à commettre des actes largement immoraux pour prouver aux autres, et surtout à elle-même, que son fils est innocent.

          Cet aspect du film va alors le faire basculer à certains moments du coté du thriller. Et là une influence est marquante, celle de Brian de Palma, réalisateur pour qui Bong Joon-ho a une grande admiration. La scène la plus révélatrice de cette influence est sans nul doute celle où la mère s'infiltre dans la maison de l'ami de son fils qu'elle soupçonne du crime. Prise de court par ce dernier, elle va se réfugier derrière un rideau et va observer les ébats sexuels qu'il va avoir avec sa copine (thème du voyeurisme qui parsème toute la filmographie de Brian de Palma). Au moment où les deux jeunes amants s'endorment, la mère décide de quitter sa cachette. S'en suit une scène particulièrement tendue où la mère tente d'éviter de faire tomber la moindre chose pour ne pas les réveiller. Malheureusement elle renversera une bouteille en plastique dont l'eau, qui s'étend en une grande flaque, s'apprête à effleurer les doigts du jeune homme qui reposent sur le plancher. La scène, dans un silence total, pétrifie le spectateur et n'est pas sans rappeler la goutte de sueur qui glissait sur les lunettes de Tom Cruise, lors de l'adaptation de Mission Impossible de Brian de Palma, risquant ainsi de révéler sa présence lors de son infiltration dans le siège de la CIA. Cependant Mother est avant tout un film personnel où l'on retrouve de nombreux thèmes déjà présent dans les précédents films de Joon-ho comme le refus des responsabilités et le manquement au devoir parental ou encore la thématique du monstre qui se cache au fond de chaque être humain. Au niveau de la réalisation Bong Joon-ho assure complètement sur une histoire qui se veut moins ambitieuse mais qui ne néglige pas une mise en scène travaillée et très réfléchie. Chaque plan se justifie et le montage sert parfaitement le déroulement de l'intrigue qui apparait bien plus complexe au fur et à mesure qu'avance le film. Si ce dernier met un certain temps à démarrer c'est pour mieux installer les personnages afin qu'on s'identifie mieux à eux et à leur motivation. Enfin la dernière demi-heure s'avère particulièrement riche en retournements de situation tendues afin de brouiller jusqu'au bout les pistes, notamment avec l'épisode d'une certaine boite d'aiguilles d'acuponcture laissée à un endroit très préjudiciable. Le film se terminera en un beau plan séquence faisant référence au premier, tout aussi sublime, où la mère dansait seule dans un champ sur la musique du générique.

          Mother est donc le premier grand film de 2010 après une série de petites déceptions sur quelques gros films attendus. Bong Joon-ho confirme son statut de réalisateur talentueux et la très bonne santé d'un cinéma sud-coréen de plus en plus ambitieux. On espère donc pouvoir voir d'ici quelques années son adaptation de la bande dessinée « Transperceneige ».      

* * * * *                                                                                             

 Kim Hye-Ja. Diaphana Films

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