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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Savages

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Titre original : Savages

Film américain sorti le 26 septembre 2012

Réalisé par Oliver Stone

Avec Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson, Blake Lively,…

Drame, Thriller

Ben, diplômé en botanique et marketing, et Chon, jeune vétéran d’Irak, ont monté un business très lucratif en produisant de l’hydro, le meilleur cannabis de tout le pays. Avec la sublime Ophelia, ils forment un trio fusionnel et mènent une vie idyllique en Californie. Mais lorsque la reine d’un Cartel mexicain décide de s’installer dans la région et que le trio refuse de travailler pour eux, Ophelia est kidnappée et la belle vie tourne au cauchemar…

      

Oliver Stone est l’archétype du réalisateur qui n’a pas survécu au « bug » de l’an 2000. Ils sont nombreux dans ce cas. Tim Burton a suivi un parcours similaire après avoir mis en scène en 2001 La Planète des Singes qui marqua le début de sa longue descente aux enfers avec la réalisation d’œuvres de plus en plus superficielles, impersonnelles et friquées. Il y a aussi eu John McTiernan qui cumula une relation très complexe avec les studios (le tournage infernal et maudit du cependant très beau 13ème Guerrier, suivi des plus mineurs et mal-aimés Rollerball et Basic) et d’interminables problèmes judiciaires qui l’obligent à purger actuellement une année de prison. David Cronenberg a amorcé une chute libre depuis EXistenZ en 1999, qu’il égaille occasionnellement d’œuvres un peu plus intéressantes ou risquées (History of Violence et Cosmopolis). Même Brian de Palma, bien que de façon plus mesurée, ne peut se vanter d’avoir vécu sa décennie la plus brillante en enquillant les intéressants mais toujours imparfaits Femme Fatale, Mission to Mars et Le Dalhia Noir ; et à en croire les premiers échos de Venise, ce n’est pas son prochain Passion qui risquerait de redresser la barre.

Mais Oliver Stone est le cas le plus emblématique de tous. A la fin des années 70, il signait le scénario du percutant Midnight Express d’Alan Parker. En 1983, il écrivit le remake controversé de Scarface qui, sous la caméra de Brian de Palma, devint le chef d’œuvre violent et mythique que l’on connait. Ayant participé en tant que volontaire à la guerre du Vietnam, Stone accordera logiquement au conflit tiendra une place importante dans sa filmographie. En 1986, il réalisa Platoon qui est considéré comme l’un des plus grands longs métrages sur le sujet, d’autant plus qu’il est légitimé par l’expérience de Stone, à l’inverse d’un Cimino, d’un Coppola ou d’un Kubrick, qui n’avait pas réellement vécu cette guerre. C’est ce film qui le révéla sur la scène internationale. Une œuvre auréolée par un grand succès et de nombreuses récompenses. Quelques séquences iconiques ont immensément marqué l’inconscient collectif, notamment la mort christique du personnage de Willem Dafoe qui fut maintes fois copiées et parodiées.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/89/96/96/20186783.jpgDécadence

La seconde moitié des années 80 et les années 90 ont été glorieuses pour Stone. Cinéaste provocateur capable de mettre en scène de grandes œuvres-dossiers passionnantes, il était vraisemblablement l’un des artistes américains les plus « rentre-dans-le-lard » envers son propre pays de l’époque. Et il y avait de quoi entre Wall Street, un film culte sur le milieu trouble de la finance qui dévoilait un Michael Douglas parfait et sinistre en requin déifié, un biopic poignant sur un ancien vétéran du Vietnam devenu un activiste pacifique paraplégique (Né un quatre juillet qui mettait sur le devant de la scène un phénoménal Tom Cruise dans son premier grand rôle dramatique), un portrait passionnant du président démissionnaire Richard Nixon, un pamphlet violent et racoleur sur les dérives des médias avec Tueurs nés (scénarisé par Quentin Tarantino), un immense film sur l’assassinat de John F. Kennedy (dont les conclusions lui valurent quelques critiques), ou encore un très grand film percutant sur le football américain avec L’Enfer du dimanche mené par un Al Pacino impérial. Stone arrivait à chaque fois à donner naissance à des longs métrages majeurs dans l’Histoire du cinéma américain.

Ce dernier est aujourd’hui encore considéré comme son ultime grand film. Car la suite fut moins brillante et nettement moins couronnée de succès. Au sommet de sa forme et au début des années 2000, Stone se lança par le biais d’une production complètement indépendante dans un de ses projets les plus chers (à son cœur et à son portemonnaie) : un biopic sur la vie d’Alexandre le Grand. Alexandre divise toujours : chef d’œuvre incompris à sa sortie ou nanard pompeux à la direction artistique rococo ? Chacun reste juge mais le film demeure un flop commercial absolument étourdissant. Oliver Stone sembla perdre la niaque après ce violent coup de massue. On l’attendait au tournant avec World Trade Center qui relatait l’attentat du 11/09, genre de sujet hyper dense, controversé et américain comme les aime Stone ; on a droit à un drame lyrique à la fois ampoulé et intimiste, d’une naïveté édifiante comme si le cinéaste était paralysé par la grandeur, la sensibilité et la précocité de son sujet (la fameuse séquence où Jésus apparait en train de tendre une bouteille à un héros agonisant). Absolument pas mordant ou contestataire, fermement terre-à-terre, la tragédie n’est jamais analysée et n’est vue que du point de vue de quelques humains sans être jamais mise en perspective. Pire, Stone échoue à en montrer sa spécificité.

Oliver Stone s’est ensuite méchamment calmé après ces deux « bides » successifs en réalisant son très attendu troisième biopic sur un président américain. Sa particularité ? Le président en question était non seulement encore en vie, mais était aussi encore en activité. Sachant la faible popularité internationale, mais aussi américaine dans le camp démocrate, de George W. Bush, tout le monde s’attendait à un portrait à charges qui ne mâcherait pas ses mots. Stone livra une sitcom à la fois pas très drôle, pas très incisive ni même touchante. Stone aurait-il revu ses priorités ? Ne souhaitait-il plus s’agiter pour dénoncer ? Au fur et à mesure que le cinéaste semblait s’empâter dans un classicisme qui ne lui convenait guère, son énergie formelle ne cessa de décroitre pour atteindre une sorte de point de rupture avec ce W. qui aurait pu être réalisé par n’importe quel réalisateur sans âme. On crut plusieurs fois à son retour, notamment lorsqu’il annonça entreprendre une suite vingt ans plus tard de Wall Street, en plein milieu de la crise des subprimes. Il est comme ça Oliver Stone. Il a toujours su choisir des sujets éminemment alléchants. Mais dorénavant, tel un Steven Soderbergh, il ne peut s’empêcher de foirer tous ses films. Wall Street 2 n’échappa pas à la règle et ne fut qu’une sequel peu incisive et fort oubliable à l’inverse de son prédécesseur.

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/86/70/12/20192077.JPGVacuité

C’est maintenant qu’on en arrive à Savages. La bande annonce avait éveillé quelques espoirs en dévoilant un petit air de parenté avec le très drôle, mais certes très vain, U-Turn. Ce dernier ressemblait à ces œuvres dont était parfois capable Oliver Stone lorsqu’il ne se lançait pas à corps perdu dans un « grand sujet ». Le genre de film que l’on pouvait rapprocher de Scarface ou de Tueurs Nés par leurs fausses vacuités, leurs esthétiques et leurs thématiques racoleuses, violentes et outrancières. Stone semblait y lâcher sans retenue et de manière presque cathartique son énergie et sa colère trop longtemps contenues. Savages apparaissait comme un jeu de massacre jubilatoire, un exutoire pour le cinéaste après ce revirement critique et public qui l’a cloué au pilori, lui et ses derniers longs métrages. Une colère saine nécessaire pour repartir sur de bonnes bases.

Sauf que Savages n’est rien de cela. C’est une vague histoire de dealers de drogue sans réelle ampleur ni même réellement d’importance. Stone ne fait d’ailleurs pas d’effort pour le cacher et montre sans fard une mini guerre des gangs qui se donne des apparences grotesques de conflits internationaux. Beaucoup de débauches de filtres et d’effets de style pour au final relater une bagarre d’opérette entre la chef déclinante d’un cartel mexicain et deux beaux gosses antinomiques dont la jeune entreprise de production d’herbe est en train de monter. Flics ripoux, hommes de main mexicains psychopathes, fumeurs d’herbe à la carrure de surfeur, blonde bronzée qu’on essaye de faire passer pour intelligence (difficile quant elle est jouée par la très fade et interchangeable Blake Lively),… Tous les plus gros personnages clichés qu’on puisse retrouver dans une série B californienne sur le monde de la drogue répondent à l’appel. Heureusement, le film ne se départit jamais d’un humour et d’un second degré nécessaire pour faire passer la pilule. Quelques uns de ces personnages sont relativement marquants comme celui, vraiment savoureux, interprété par un Benicio Del Toro plus félin que jamais. D’autres sont clairement oubliables comme celui qui est incarné par un Emile Hirsch ayant un temps de présence n’excédant pas les cinq minutes (bien loin d’être aussi percutant que dans Killer Joe de Friedkin).

Mais le film de Stone est des plus roublards, et à plus d’un titre. D’abord par cette voix off insupportable de Blake Lively qui essaye de sous-entendre maladroitement que, si on l’entend, cela ne signifie pas qu’elle survit à l’histoire qu’elle raconte. La conclusion de son personnage apparaitra de toute façon comme un doigt d’honneur de Stone. Manipulateur aussi avec cette double fin purement inutile et maligne qui ne sert qu’à balayer d’un revers de la main les deux longues heures qui ont précédées en tentant vaguement d’y instaurer de l’ironie, une démystification de l’univers dépeint jusque là et un message plus sérieux sur la corruption des autorités. On pourra toujours sauver une poignée de scènes plus énervées et plus violentes (une séquence d’assaut, une scène de torture et une scène de chantage-suicide). Mais l’ensemble reste atrocement anecdotique et vain, doté d’une esthétique pompée sur les travaux de Tony Scott sans jamais arriver à la cheville de son modèle. La où de la jouissance pouvait être tirée d’un U-Turn, Savages ne marque jamais et reste en pilote automatique. Le problème essentiel venant certainement du fait que l’on s’attachait au personnage de Sean Penn et à son point de vue, tandis que l’on (le spectateur et peut-être même Stone) n’arrive pas à éprouver de l’empathie pour ce trio sans charisme. L’acteur Taylor Kitsch n’a d’ailleurs pas eu de chance cette année, qui aurait dû être celle de sa révélation, en enchainant ce film et les deux gros « flops » de 2012, John Carter d’Andrew Stanton et Battleship de Peter Berg. Oliver Stone s’agite donc dans le vide pendant plus de deux heures. Mais au moins recommence-t-il à s’agiter…

NOTE :  5,5 / 10

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