Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Film américain sorti le 24 avril 2013
Réalisé par Shane Black
Avec Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Guy Pearce,…
Action, Science-fiction
Tony Stark, l’industriel qui est aussi Iron Man, est confronté cette fois à un ennemi qui va attaquer sur tous les fronts. Lorsque son univers personnel est détruit, Stark se lance dans une quête acharnée pour retrouver les coupables. Plus que jamais, son courage va être mis à l’épreuve, à chaque instant. Dos au mur, il ne peut plus compter que sur ses inventions, son ingéniosité et son instinct pour protéger ses proches. Alors qu’il se jette dans la bataille, Stark va enfin découvrir la réponse à la question qui le hante secrètement depuis si longtemps : est-ce l’homme qui fait le costume ou bien le costume qui fait l’homme ?
Cette critique contient de nombreux spoilers
et il est donc conseillé de ne pas la lire avant d’avoir vu le film.
Depuis la trilogie Spider-man de Sam Raimi, pourtant pas exempte de défauts principalement concentrés dans son troisième épisode, les héros Marvel n’ont jamais su donner naissance à autre chose qu’à des films-produits stéréotypés à la facture absolument interchangeable. Et cela n’a pas changé lorsque la célèbre maison d’édition s’est lancée elle-même dans le cinéma. Que ce soit les deux premiers Iron Man de Jon Favreau, le Captain America de Joe Johnston ou encore le barbant Thor de Kenneth Branagh, le studio Marvel est toujours resté dans les clous. Le résultat est des plus oubliables dans la plupart des cas : des demi-films qui lorgnent vaguement du côté de Batman Begins de Christopher Nolan, c’est-à-dire qu’ils décalquent platement sa structure en présentant longuement le « background » d’un héros de l’écurie Marvel plus ou moins connu du grand public. Et la tache de rendre populaire des super-héros comme Thor était autrement plus ardue que de se contenter de capitaliser sur ces icones phares que sont Spider-man, X-men et les Quatre Fantastiques. Maintenant que les droits de la plupart d’entre eux sont revenus à la « maison », après avoir parfois subi un traitement indigne de la part de studios bassement mercantiles comme la 20th Century Fox, Marvel a lancé une grande vague de « reboots » : l’inepte The Amazing Spider-man de Marc Webb (500 Jours ensemble) et sa prochaine suite, dont les premières images s’annoncent aussi rassurantes que si elles provenaient d’un Spider-man Forever, ou encore le futur Les Quatre Fantastiques par Josh Trank (Chronicle).
Mais depuis quelques années, et parallèlement à son rachat par la carnassière maison Disney, le studio Marvel a élaboré un plan d’une grande complexité. C’est avec le premier Iron Man, une arlésienne sur laquelle on ne misait pas grand-chose notamment après le choix dans le rôle-titre de l’acteur alors déchu Robert Downey Jr., que la Marvel a lancé simultanément des premières adaptations de super-héros afin de les faire connaitre à une plus large audience. Le but ? Réunir tout ce beau monde dans un seul et même long métrage : Les Avengers. Un projet qui mit en émoi la communauté « geek » pendant plusieurs années. A coups d’« easter eggs » et de séquences post-générique destinés à lier les divers longs métrages, à les « sérialiser », la Marvel annonça peu à peu cet ambitieux « blockbuster » qui fut confié au téléaste Joss Whedon, créateur de la série « Buffy » et scénariste cynique qui peinait à aborder sérieusement les univers de genre qu’on lui confiait (en atteste les déplorablement moqueurs Alien 4 et L’Atlantide – l’Empire Perdu dont il écrivit les scénarios). Avengers reçut un triomphe énorme et parvint, notamment grâce à sa conversion 3D, à dépasser la barre symbolique du milliard de dollars de recettes. Peu importe que ce film de deux heures et demie soit mou du genou si on ôte ses vingt dernières minutes, que son éternel second degré annihile tout caractère épique ou dramatique, que sa menace ne soit jamais esquissée autrement que par le biais d’une ringardisation mesquine, que sa mise en scène soit plate, que son casting soit peu emballé ou que son scénario incohérent soit si mal rythmé.
Son succès demeurera un mystère tant le film ne parvient jamais à s’imposer de façon évidente à l’esprit du spectateur. Passons, la campagne « marketing » a été exemplaire et s’est chargée d’exciter à l’extrême une grosse horde de jeunes spectateurs pour qui il était de toute façon inconcevable qu’ils aient attendus pendant près de cinq ans un film qui soit un non-évènement cinématographique total. Comme nous ne parlons plus vraiment de « cinéma » mais de « série sur grand écran », nous sommes logiquement passés à la « saison 2 », supposée plus adulte et devant amener à ce nouveau paroxysme que sera Avengers 2 de Joss Whedon (prévu pour l’été 2015 au côté du retour de l’autre franchise chèrement acquise par Disney : le Star Wars VII de J.J. Abrams). Et c’est bien sûr au plus apprécié des super-héros appartenant au groupe Avengers d’ouvrir de nouveau les hostilités. Sachant que le premier Iron Man peinait à être autre chose de plus qu’un produit sympathique, et que le deuxième épisode s’était révélé être un carnage démolissant de manière railleuse l’univers crée par Stan Lee (notamment avec le héros Tony Stark qui, complètement ivre, pissait respectueusement dans son armure super-héroïque), un troisième épisode semblait tout dispensable.
Mais à l’instar de Stephenie Meyer et de son consternant Les Ames Vagabondes, la Marvel a eu l’idée de s’appuyer sur des noms potentiellement alléchants pour attirer les non-convaincus. Ce nom en l’occurrence est celui de Shane Black. Il ne dira peut-être pas grand-chose aux non-cinéphiles, mais une partie de son travail a vraisemblablement été vue par une majorité de Français. Alors qu’il n’avait pas encore trente ans, Shane Black est devenu pendant les années 80 le scénariste le mieux payé d’Hollywood. Certains de ses scripts se vendaient aux enchères auprès des studios hollywoodiens à parfois plus d’un million de dollars. Il est l’auteur de L’Arme Fatale de Richard Donner, du Dernier Samaritain de Tony Scott, de Last Action Hero de John McTiernan. Il est aussi officieusement le principal apport scénaristique de Die Hard du même McTiernan ; Black fut aussi acteur à ses heures perdues et il apparait en second couteau dans Predator (toujours de McT). Après une longue descente aux enfers pendant les années 90, Black revint sur le devant de la scène en tant que scénariste et réalisateur pour le cultissime Kiss Kiss Bang Bang, dans lequel le héros principal était aussi incarné par un autre crucifié d’Hollywood, l’ex-incontrôlable Downey Jr. Que Shane Black se retrouve scénariste et metteur en scène d’un « blockbuster » burné était en soit une idée jubilatoire. Notamment à une époque où l’adaptation super-héroïque idéale se doit d’être extrêmement noire à l’image de la trilogie Batman de Christopher Nolan. Et qu’à cette occasion il retrouve Downey Jr. était encore plus rassurant.
La première bande annonce fit l’effet d’un électrochoc. Plus de drame et plus d’ampleur avec un héros au pied du mur qui va devoir affronter son ennemi numéro un, sa némésis, son « Joker » : le Mandarin. D’une efficacité redoutable, le « teaser » dévoilait que la Marvel avait décidé de voir les choses en plus grands. Alors tout va bien dans le meilleur des mondes? Oui… sauf lorsque l’on découvre « in fine » et en intégralité ce qui est supposé être le premier long métrage de super-héros de l’année. La douche est froide. Si on retrouve bien quelques détails indiquant la présence de Black, détails ressemblant plus à des « gimmicks » resservis sans la moindre imagination ou spontanéité (action se déroulant à la veille de Noël, héros au bord du gouffre, ton iconoclaste, « sidekick » enfantin…), l’ensemble du produit dégage perpétuellement un arrière-gout amer. Comme une vilaine impression que Shane Black s’est fait bouffer par la grosse machine. Le film a pourtant reçu un accueil critique, français mais pas seulement, des plus raisonnables. Est-ce l’ineptie du second épisode qui amène les journalistes de cinéma à relativiser les pourtant énormes défauts d’Iron Man 3 ? Ou est-ce la peur d’être encore à côté de la plaque qui les incite à accueillir de la sorte un tel ratage ? On se souvient de la réception délirante accordée à Prometheus par une presse ayant conchié Alien à sa sortie, de ces textes excessivement positifs au sujet d’un Die Hard 4 détruisant pourtant intégralement le héros popularisé par McTiernan, ou encore de l’extase critique envers Indiana Jones 4 par des journaux qui avaient auparavant cloués au pilori la trilogie de Steven Spielberg et de George Lucas.
Ces critiques positives d’Iron Man 3 sont-elles vraiment faites par des admirateurs de la première heure de Shane Black ? Ou sont-elles faites par des journalistes craignant d’aller à l’encontre de l’opinion générale, qui a instaurée Black comme un auteur-scénariste digne d’intérêt, alors qu’ils ne comprennent justement rien à la quintessence de l’artiste dont ils font l’éloge ? Iron Man 3 divisera clairement, et c’est peut-être ce qui le rendra vaguement plus marquant que les deux épisodes précédents. L’objet de la division tiendra en partie de son « twist » à la moitié du récit et, si cet élément ne suffirait pas à condenser tous les défauts d’Iron Man 3, il suffit à montrer la différence d’appréciation que peuvent avoir les spectateurs au sujet de l’approche du studio Marvel vis-à-vis de ses propres licences. A sa décharge, ce rebondissement est impossible à prévoir, et ce, même si l’on a regardé toutes les bandes annonces qui ont été faites pour vendre le film de Shane Black (et il y en a un paquet). On pourra se féliciter de cet état de fait en se contentant de dire qu’il est bien trop rare d’être surpris par un « blockbuster » super-héroïque ; le dernier grand choc de ce titre pourrait remonter à The Dark Knight avec la mort surprise, en plein milieu du long métrage, d’un personnage assez important qui n’est généralement pas du genre à être sacrifié dans ce type de production.
Ce « twist » est relatif au méchant supposé de l’intrigue, à savoir le Mandarin incarné par Ben Kingsley. Présenté pendant une heure comme un terroriste similaire à Oussama Ben Laden, on découvre lors de sa première rencontre avec Tony Stark qu’il s’agit en vérité d’un escroc vulgaire. La désacralisation est violente puisque, lors de sa première apparition face au héros, on le voit sortir des cabinets en plaisantant avec deux prostituées d’Europe de l’Est au sujet de l’odeur de son caca. On peut avoir deux visions différentes sur un tel choix scénaristique. Soit on tente de défendre Black jusqu’au bout en se disant qu’il s’agit d’une preuve de son éternel cynisme mordant ou d’une fausse piste absolument brillante car si imprévisible qu’elle masque pendant une bonne partie du long métrage la véritable identité du méchant (qui n’est en fait pas difficile à deviner). Soit on prend ça comme l’ultime étape de démolition de l’univers d’Iron Man par une production qui ne s’était au préalable pas montrée spécialement à cheval quant au respect et à l’iconisation de ses super-héros. Or ce « twist » pose, à plus d’un titre, bien des problèmes
Il amène d’abord une gêne quant au traitement dudit personnage et pose la question suivante : peut-on tout faire avec un personnage déjà existant ? En d’autres termes : jusqu’où peut-on aller dans la trahison dans le cadre d’une « adaptation » ? Le Mandarin n’est pas n’importe quel personnage aux yeux des fans d’Iron Man. Il est considéré comme son plus terrible ennemi. Il est l’équivalent du Joker, de Blofeld ou de Lex Luthor. L’ennui, c’est que cette terrible némésis avait déjà subi des modifications qui avaient fait crisper, pour une fois à juste titre, les lecteurs des « comics ». Dans sa version de papier, le Mandarin est chinois. Mais dans un monde où la grosse production hollywoodienne ne peut plus vraiment se faire sans des capitaux chinois, il est difficile d’y mettre un tel ennemi ternissant l’image de ce pays sensible qui garantit l’apport financier. C’est donc Ben Kingsley, illustre interprète de l’indien Gandhi, qui obtint le rôle afin de conserver le caractère oriental du personnage tout en le distinguant clairement du pays de Mao Zedong. En outre, le personnage de la BD dispose de bagues extraterrestres lui conférant toutes sortes de pouvoirs. Le Mandarin est à la base un personnage fantastique. On pourrait arguer qu’une telle confrontation entre la magie (le Mandarin) et la technologie (Iron Man) aurait pu relever de l’inédit dans le cadre du super-héros au cinéma. Mais la norme actuelle se base sur le Batman de Nolan : tout doit être expliqué et rationnel car sinon le public n’y croirait pas. On en fit donc un terroriste au « look » spectaculaire. Une solution de facilité quand on voit les capacités clairement fantastiques du groupe de vrais méchants qu’affronte le super-héros.
Le voir ainsi se faire affubler du caractère d’escroc pathétique finit par rendre fou. Pourquoi prendre un tel personnage si c’est pour lui administre un tel traitement qui, au final, ne fait absolument pas ressembler la copie cinématographique à son modèle d’origine. Ce type de rebondissement « radical » n’est pourtant pas nouveau, malgré ce que s’évertuent à faire croire les défenseurs du film. Le premier Mission Impossible de Brian De Palma dévoilait que le traitre de son histoire n’était autre que Jim Phelps, le glorieux héros de la série d’origine. Batman Begins utilisait Ra’s al Ghul, un « bad guy » connu des puristes, en révélant qu’il s’agissait d’un aristocrate à l’accent irlandais et ayant la barbe de Fu Manchu alors que l’« original » des « comics » était un asiatique. Le spectateur croyait à tort que le vrai Ra’s Al Ghul était le chef de la Ligue des Ombres (Ken Watanabe) qui décédait dans la première demi-heure du long métrage alors que le véritable méchant qui tire les ficelles ne se révélait qu’à la fin. Plus récemment, l’adaptation de 21 Jump Street démolissait savamment la série d’origine, au point de réemployer en caméo le héros iconique de celle-ci (joué par Johnny Depp) pour le tuer littéralement. Mais ces exemples sont logiques avec le parti pris des longs métrages : manipulation voire destruction volontaire de toute une mythologie pour la réinitialiser sur de toutes nouvelles bases.
A l’inverse de ces exemples, le traitement du Mandarin échoue à être pertinent, notamment par le fait qu’il ne s’inscrive pas vraiment dans le projet artistique que supporte Iron Man 3. L’effet serait plus proche de celui de The Dark Knight Rises : l’élaboration d’un méchant potentiellement passionnant et charismatique y est réduite à néant dans un effet moins surprenant que désagréablement déceptif. S’il y a bien une récurrence de la désacralisation dans le film, c’est davantage par un traitement méprisant des personnages par les producteurs et les scénaristes. Ridiculiser les personnages est moins dû un parti pris narratif qu’à un second degré constant. Quel est l’utilité de ponctuer chaque très rare moment de bravoure d’Iron Man par une vanne ou une pirouette ridicule (le camion à la fin de la séquence de l’avion par exemple) ? Surtout si c’est pour ne jamais lui donner un vrai instant de gloire à la fin. Là où Les Indestructibles utilisait l’humour pour montrer des super-héros défaillants ou débutants qui finissaient par retrouver toute leur splendeur lors de la bataille finale, Iron Man 3 l’utilise pour se moquer de ses héros comme le faisait déjà Iron Man 2 ou Les Avengers. A ce titre, il y a un véritable problème de tonalité dans le film de Shane Black. A l’inverse du long métrage de Joss Whedon qui restait toujours dans une optique de divertissement « fun », il y a bien deux films différents qui se marient très mal dans Iron Man 3.
Il y a évidemment la comédie d’action, raison pour laquelle Shane Black a probablement été engagé par les producteurs en raison de ses antécédents, puisqu’il a inventé le « buddy movie eighties » avec L’Arme Fatale. L’ennui est que ni la comédie ni l’action ne fonctionnent vraiment. Si quelques piques, bien dans le style de Black, parviennent à faire sourire, la plupart des répliques mordantes apparaissent toujours de trop et au mauvais moment, en plus d’être assez inférieures à celles qu’avaient tendance à écrire Black. Niveau action ce n’est pas forcément mieux. En plus d’être assez chiche en terme pyrotechnique, la quasi-totalité des scènes d’action tachent de mettre de côté Iron Man. Quand ce n’est pas Tony Stark lui-même qui fait quelques vagues cabrioles, ce n’est qu’une armure télécommandée qui exécute tout le « show » à sa place. On a crucifié Christopher Nolan pour moins que ça avec son traitement particulier qu’il a accordé à Batman. Mais Shane Black n’est visiblement pas intéressé par l’idée de faire un film de super-héros.
D’ailleurs les morceaux de bravoure, hormis le final, sont hachés au montage et pas forcément d’une lisibilité exemplaire. Il n’y a qu’à voir le déroulé de l’attaque d’Air Force One pour s’en convaincre. Sur le papier, cela aurait dû donner une séquence d’anthologie. Mais ce n’est pas James Cameron, Steven Spielberg ou John McTiernan qui est aux commandes. L’armure d’Iron Man doit sauver une quinzaine de personnes tombant du ciel alors qu’il ne peut porter que quatre personnes à la fois. Qui sauver ? Comment aller vite ? Peu importe puisqu’à peine cet enjeu est-il instauré qu’il est vite abandonné : Iron Man sauvera tout le monde en les portant tous en même temps. Et impossible de savourer le déroulé de la séquence : à peine annonce-t-on qu’ils sont à cinq milles mètres du sol qu’ils atterrissent déjà dans l’eau vingt secondes plus tard. Absence d’implication et absence de danger. Tony Stark traverse son aventure sans jamais être inquiété malgré ce qu’essaye de faire croire l’autre film présent dans Iron Man 3. Car il y a un versant plus sérieux qui tente vainement de trouver sa place dans cette grande foire au grotesque (Guy Pearce est définitivement l’ennemi des maquilleurs après sa triste performance dans le Prometheus de sinistre mémoire).
Impossible de savoir qui est le responsable de cette veine plus sérieuse de l’histoire. Est-ce le studio Marvel qui l’a commercialement imposé afin de s’acheter une respectabilité tout en rechignant quand même à l’idée de ne pas faire un produit pour enfants ? Possible, mais ce que cette partie de l’intrigue révèle concerne davantage Shane Black et son malaise dans le système hollywoodien. Dépressif, mégalo, difficilement gérable, Black avait été immédiatement écarté lorsqu’il commença à montrer le moindre signe de faiblesse dans les années 90. On serait amené à croire que si Iron Man est si peu présent dans ce film, c’est parce que Black est bien plus intéressé par son alter ego Tony Stark. Mais comment prendre au sérieux le parcours christique de ce héros, en proie à des cauchemars et à des démons, si le moindre instant plus adulte est automatiquement rabaissé par un élément comique infantile ? Comment croire au trouble de Stark lorsque celui-ci a pour origine l’un des rares moments potentiellement forts dans Avengers mais qui se concluait par une pirouette gaguesque annihilant toute dimension dramatique ?
Ce n’est pas faute de semer des idées pas idiotes, mais celles-ci sont toutes survolées : le rapport conflictuel entre l’homme et son armure, symbole ambigu de sa puissance et de sa faiblesse ; la volonté de retrouver son humanité en se détachant de plus en plus de sa cuirasse ; la peur de l’Orient dans un monde post-11 septembre qui brouille notre jugement et notre appréhension du Mal ; le pervertissement des bonnes intentions initiales ;… Mais l’exécution demeure très laborieuse. On introduit pendant un quart d’heure un jeune gamin, dont le parallélisme avec Stark est très lourdement appuyé, pour qu’il ne serve au final pas à grand-chose dans la thérapie chaotique (narrativement parlant) de Stark. On joue sur les clichés américains au sujet du Moyen Orient, mais uniquement par le biais de ce « twist » saugrenu et de quelques scénettes comiques avec Iron Patriot, la version gouvernementale d’Iron Man, qui part chercher le terroriste Mandarin dans quelques maisons perdues dans le désert irakien. Une suite d’ambitions jamais transformées à l’image du parcours rédempteur de Stark, trop forcé pour être honnête ou pertinent. A l’image de ces effets spéciaux impressionnants mais jamais pleinement appréciables (ces cinquante armures « Iron Man » qui sortent d’on ne sait où et dont seulement cinq d’entre elles sont entraperçues plus de trois secondes). A l’image aussi de ce casting très alléchant qui est honteusement sous-employé. Ben Kingsley d’abord, dans un rôle tellement mis en avant dans la promo afin de capitaliser sur le nom de l’acteur et de son personnage que l’on frôle l’escroquerie en bande organisée. Rebecca Hall n’est pas en reste puisqu’on peine vraiment à comprendre le revirement et les actions de son personnage qui apparait au plus dans quatre scènes (et elle est expédiée avec autant de galanterie qu’une certaine Marion Cotillard dans le dernier Batman).
Mais aussi Guy Pearce qui continue de surjouer les méchants comme il l’avait fait dans Prometheus et, d’une manière plus réussie, dans Des Hommes sans loi. Mais il est peut-être la clé du paradoxe Iron Man 3, de son ratage mais aussi du désarroi qu’il peut causer chez certains admirateurs de Black. Car le vrai double du réalisateur n’est peut-être pas le plus évident. Et si ce mystérieux et parfois pathétique Killian était une extrapolation de Shane Black ? Après tout, Killian est un « metteur en scène » qui tire les ficelles et qui dirige l’acteur chargé d’incarner ce faux Mandarin stéréotypé. Le dernier monologue de la voix off accréditerait cette hypothèse : Tony Stark réfléchit alors à toutes ces personnes, dont fait partie Killian, qui ont commencé leurs entreprises/actions avec les meilleures volontés du monde mais qui ont fini, à cause des pressions et des échecs, par se renier et à devenir l’ombre d’eux-mêmes. Shane Black s’est-il compromis dans Iron Man 3 au point d’y faire sa propre et morbide auto-analyse ? Difficile de le nier quand on écoute le message à peine voilé de ces cinq dernières minutes où, même l’éternelle scène post-générique annonce sans ambages que l’histoire contée dans Iron Man 3 n’a qu’un intérêt très relatif. Dans ce cas-là, Iron Man 3 est un « film personnel », à l’instar des déprimants cris d’armes qu’étaient Sweeney Todd de Tim Burton ou Twixt de Francis Ford Coppola. Même si cela nous évite un énième produit anonyme de la part de Marvel, pas sûr qu’il faille cette fois s’en réjouir. Difficile d’acclamer Iron Man 3 quand on analyse le message que son auteur a su faire passer à travers les mailles du filet des producteurs. Espérons que le succès tonitruant de ce troisième, et probablement dernier, Iron Man avec Robert Downey Jr. permette à Shane Black de trouver les financements adéquats pour son adaptation de Doc Savage. Un mal pour un bien en somme.
NOTE : 3 / 10