Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
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Film hispano-canadien sorti le 15 mai 2013
Réalisé par Andres Muschietti
Avec Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier,…
Fantastique, Epouvante-horreur
Il y a cinq ans, deux sœurs, Victoria et Lily, ont mystérieusement disparu, le jour où leurs parents ont été tués. Depuis, leur oncle Lucas et sa petite amie Annabel les recherchent désespérément. Tandis que les petites filles sont retrouvées dans une cabane délabrée et partent habiter chez Lucas, Annabel tente de leur réapprendre à mener une vie normale. Mais elle est de plus en plus convaincue que les deux sœurs sont suivies par une présence maléfique…
Depuis quelques années, le réalisateur mexicain Guillermo Del Toro, à qui l’on doit des pépites cinématographiques comme L’Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan, développe une prodigieuse carrière parallèle de producteur exécutif et de consultant. Il a notamment contribué à élever le niveau qualitatif du studio DreamWorks Animation en apposant une patte discrète mais cruciale sur des œuvres comme Les Cinq Légendes. Mais il a surtout soutenu un certain nombre de jeunes réalisateurs, souvent hispaniques, pour leurs premiers pas dans le cinéma de genre (un cinéma actuellement en bien mauvaise posture en Europe). Son premier très grand coup d’éclat a été d’avoir porté le magnifique L’Orphelinat, qui révéla l’un des plus intéressants cinéastes espagnols de ces dernières années en la personne de Juan Antonio Bayona. Il apposa ensuite sa signature rassurante sur une flopée de longs métrages fantastiques, dont bien peu ont connu de succès en France, comme Les Yeux de Julia de Guillem Morales, Splice de Vincenzo Natali ainsi que Don’t Be Afraid of the Dark de Troy Nixey qui n’eut carrément pas le droit de bénéficier d’une sortie en salles. Revoilà le grand patron de l’imaginaire, aimé des « geeks » et des adorateurs de contes pour adultes, qui nous amène un nouveau rejeton : Mama, récompensé il y a quelques mois par le Grand Prix du Festival du Film Fantastique de Gérardmer où il avait largement dominé une compétition parait-il désastreuse.
Réalisé par l’argentin Andres Muschietti, dont c’est le premier film, Mama est l’adaptation de son court-métrage éponyme qui le fit remarquer. Sous bien des formes, le long métrage plaira en même temps qu’il décevra les amateurs du genre de par sa faible inventivité. En effet, il se contente de suivre les traces de plus illustres prédécesseurs sans pour autant leur faire honte. En soi, Mama est un film de fantôme plutôt convaincant. L’ambiance est impeccablement posée et l’on a droit à notre lot de moments flippants, bien que malheureusement souvent entachés par des « jump scares » parfois très faciles. Si quelques effets spéciaux concernant « Mama » ne sont pas des plus photoréalistes, on pardonnera cet aspect en remettant la faute sur un budget évidemment serré. La réalisation de Muschietti est plutôt sage mais elle a l’intelligence de ne pas s’embarrasser d’esbroufe. Le cadrage et le découpage sont moins au service du metteur en scène, dans le but de démontrer un quelconque génie, que des acteurs et de l’histoire qu’ils interprètent. Si on se plaira à noter quelques plans séquences bien angoissants et une poignée d’idées de réalisation vraiment inspirée, et qu’on regrettera la photographie terne qui n’a pas la beauté de celle du « remake » d’Evil Dead, on trouvera surtout une satisfaction par la force de son scénario.
Car à l’image de la plupart des productions de Del Toro, et de la grande majorité des films de genre réussis, Mama n’est pas un film de trouille se contentant bêtement d’enchainer les scènes de suspense mécaniques dans lesquelles finit toujours par réapparaitre le fantôme. Cette peur, pour être vraiment intéressant et pour apparaitre comme autre chose que simplement divertissante, doit permettre de faire réfléchir le spectateur ; un peu à la manière d’une comédie où la réussite vient de la capacité à émouvoir ou à faire penser son public par le biais du rire. Les apparitions de cette « Mama » servent surtout à nourrir un récit qui a pour fil conducteur la maternité et les peurs qu’elle engendre. A l’instar du récent Passion de Brian De Palma, Mama relate le combat entre deux femmes. Une guerre des nerfs entre deux dames cherchant à garder deux petites filles. La particularité est que l’un d’elle est une humaine tandis que l’autre est une morte ; la seconde n’acceptant pas qu’on lui retire les marmots dont elle s’est occupée pendant cinq années pour qu’on les confie à une rockeuse trentaine visiblement pas encore prête pour devenir maman.
Dans le rôle-titre, on trouve Jessica Chastain qui continue d’élargir son registre. Après le film historique « indé » (La Couleur des Sentiments), le thriller d’espionnage (Zero Dark Thirty) ou encore le film de gangsters (Des Hommes sans loi), et avant d’oser la S.F. avec Interstellar de Christopher Nolan, elle retourne dans le drame fantastique qui lui avait fait beaucoup de bien (Take Shelter de Jeff Nichols dans lequel elle était magnifique). Le petit détail amusant, c’est qu’elle y compose un rôle absolument inverse à celui qui la révéla au monde entier dans le sublime The Tree of Life de Terrence Malick. On l’avait découverte en mère parfaite qui émerveillait ses enfants, on la retrouve cette fois en « mère indigne ». Non pas qu’elle soit détestable, mais elle n’est jamais filmée comme telle. Recouverte de tatouages et au départ souvent affublée d’une guitare, elle incarne une femme qui ne souhaite visiblement pas encore devenir mère mais qui va le devenir par la force des choses, notamment en affrontant celle qui la harcèle.
Néanmoins, si Chastain est plutôt convaincante malgré sa perruque moche (quelle idée de l’affubler à une si jolie rousse !), elle ne parvient pas à retrouver la puissance qu’elle dégageait chez Malick. Mais son échec vient moins de ses capacités d’actrice que du fait qu’elle n’est vraisemblablement pas l’interprète la plus adéquate pour un tel personnage. Sans surprise, elle se fait à plusieurs reprises voler la vedette par les deux étourdissantes petites actrices Megan Charpentier et Isabelle Nélisse. Celles-ci sont l’enjeu même de cette lutte. Se faire une place dans les cœurs des deux enfants, au détriment de leur ancienne « maman », est évidemment ce qui déclenche les hostilités. Un duel dont l’inégalité ne cesse de s’agrandir au fur et à mesure que l’on découvre la nature sincèrement timbrée de ladite « Mama ». Cette dernière fait une créature passionnante et effrayante, tant qu’on ne la distingue que partiellement ; comme pour accréditer cette idée, l’une des deux fillettes s’y attache justement parce qu’elle ne porte plus les lunettes qui lui auraient permis de discerner la laideur monstrueuse de sa mère adoptive difforme et folle. Ces apparitions, se faisant plus souvent par un hors champ judicieux toujours plus à même d’exacerber la terreur quasi-enfantine qu’inspire le film de Muschietti, suffisent à composer pendant la première heure un ennemi réussi et une menace tangible.
Mais à l’instar de l’Insidious de James Wan, dont la première heure suggestive était absolument terrifiante alors que la dernière demi-heure plus démonstrative tendait à amenuiser l’impact horrifique, Mama perd de son effet lorsque le fantôme devient quelque chose de plus précis qu’une silhouette désarticulée et qu’il révèle un design pas forcément réjouissant. Si le film perd en angoisse, il gagne évidemment en empathie par le fait qu’il humanise « Mama ». Du domaine du fantastique terrifiant, on glisse alors rapidement dans le domaine de l’émotion avec un dernier quart d’heure bouleversant dont le symbolisme, sans être lourdaud, renforce cette idée d’un instinct maternel puissant et immortel comme le faisait déjà admirablement L’Orphelinat et Les Autres d’Alejandro Amenabar. Et de même que l’on ne s’attendait pas à jubiler lors du véritable massacre final du pourtant bien écœurant Evil Dead de Fede Alvarez, on se retrouve surpris, après avoir passé la projection de Mama à s’accrocher de terreur à son siège, de se retrouver ému aux larmes par cette dernière très belle séquence. Un tel premier essai, même si très classique, donne envie de voir la suite. Et ça tombe bien puisque Jessica Chastain semble considérer Mama comme un galop d’essai. Elle ne tardera pas à retourner dans une maison hantée : elle a récemment rejoint le casting du prochain film du grand manitou en personne. Dans le Crimson Peak de Guillermo Del Toro, elle sera entourée des non moins talentueux Emma Stone et Benedict Cumberbatch.
NOTE : 6.5 / 10