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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Rush

Film américain sorti le 25 septembre 2013

Réalisé par Ron Howard

Avec Chris Hemsworth, Daniel Brühl, Alexandra Maria Lara,…

Drame, Action

C’est l’histoire du passionnant et haletant combat entre deux des plus grands rivaux que l’histoire de la Formule 1 ait jamais connus, celui de James Hunt et Niki Lauda concourant pour les illustres écuries McLaren et Ferrari. Issu de la haute bourgeoisie, charismatique et beau garçon, tout oppose le play-boy anglais James Hunt à Niki Lauda, son adversaire autrichien, réservé et méthodique. La vie frénétique de ces deux pilotes, sur les circuits et en dehors, engendra une féroce rivalité dès leurs tout débuts.

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Bien qu’ayant obtenu un oscar, que beaucoup considère comme immérité, et malgré une poignée de films « évènements », extraordinairement académiques pour ne pas dire affreusement « plan-plan », Ron Howard est un metteur en scène très surévalué. L’ancien acteur n’est pas un manchot de la caméra mais celui-ci n’en fait jamais grand-chose de franchement enthousiasmant. Sa carrière est par contre d’un hétéroclisme radical tant qualitatif que filmique : drame, film d’action, long métrage spatial, conte, comédie, enquête policière,… Le bonhomme s’est attelé peu ou prou à tous les genres cinématographiques avec un succès pour le moins variable. Après son premier « hit » Splash, touchante comédie romantique de Tom Hanks comme ce dernier en faisait un paquet à l’époque, Howard a oscillé entre le film fantastique déséquilibré (Willow ou encore Cocoon), le long métrage au sujet de prestige (Backdraft, Apollo 13, Un Homme d’Exception), le conte de Noël comique et dispensable (Le Grinch) et le « blockbuster » d’une connerie sidérante (le consternant Da Vinci Code et sa suite, plus agréable mais pas trop, Anges et Démons). Une filmographie très inégale qui semblait sur la pente descendante malgré le sursaut Frost/Nixon.

Ayant échoué à monter son grand projet d’adaptation de La Tour Noire, un pavé en plusieurs volumes de Stephen King mélangeant western, film d’aventure, fantastique, etc…, Howard a pris un risque dans son parcours en s’attelant à un film de courses de voitures (genre très peu populaire) avec un budget inférieur à quarante millions de dollars et en n’ayant aucune autre tête d’affiche que Chris « Thor » Hemsworth. On sentait à l’avance le pétard mouillé, le drame cliché et le long métrage de bagnoles mou du genou. Et là, surprise totale, Ron Howard trouve enfin de l’inspiration et du courage ! Si le réalisateur avait déjà montré son savoir-faire dans l’élaboration d’un film, il ne s’était jamais montré audacieux ou inattendu. Il n’y a qu’à comparer Apollo 13 avec Gravity, en mettant la qualité des effets spéciaux à part, pour bien comprendre la différence de traitement et d’implication du spectateur sur un sujet un tant soit peu similaire. Pour briller, Ron Howard, à l’instar d’un Robert Rodriguez, ne vendait ses films que sur ses castings affolants. Mais tout cela, c’était avant Rush. Ecrit par Peter Morgan, scénariste de Frost-Nixon et de The Queen, Rush relate la célèbre rivalité personnelle et surtout sportive qui anima deux pilotes de F1 géniaux et complètement opposés : Nikki Lauda (Daniel Brühl, qui mériterait clairement une nomination à l’oscar cette année) et James Hunt (Chris Hemsworth dans son meilleur rôle à ce jour).

Un sujet qui est venu au metteur en scène de Grand Theft Auto (rien à voir avec le jeu vidéo célébrissime si ce n’est leur goût commun pour les carlingues bien lustrées) par son mentor George Lucas, féru de mécanique qui, en plus de son Star Wars, a mis en scène American Graffiti ou encore son court métrage d’étude 1:42:08. Pris d’une poussée d’inspiration qu’on ne lui connaissait pas, Ron Howard livre une confrontation épique et dramatique aux allures de récit mythologique quasi-archétypal. Un duel entre deux antagonistes tant physiques que psychologiques : James Hunt est beau, casse-cou et met autant d’énergie à conduire qu’à boire et à coucher avec d’innombrables partenaires ; Nikki Lauda a un physique plus ingrat, est de fait plus réservé, moins ouvert et souvent sur la défensive, tout en étant d’une méticulosité, d’une prudence et d’une précision maniaque. Leurs conceptions de la course et de la victoire diffèrent aussi sensiblement : James Hunt veut d’abord la gloire et croit que la volonté (la folie suicidaire ?) d’un pilote peut amener à changer le cours d’une compétition ; Nikki Lauda ne croit au départ qu’aux statistiques et à la mécanique pour parvenir à la victoire tout en restant persuadé que c’est la voiture qui permet de gagner et non l’homme derrière le volant.

Si la caméra de Ron Howard reste emprunte d’un classicisme sobre pouvant rappeler la retenue solennelle d’un Clint Eastwood, elle lui permet en premier lieu de magnifier des morceaux de drame particulièrement efficaces. S’attachant aux fêlures et aux doutes qui assaillent ces pilotes obsédés et excités par l’idée que la mort les talonne de près, Rush suit une narration à l’américaine parfaitement structurée qui passe par de nombreux passages obligés mais touchants car justement attendus. Et comment en vouloir cette fois à Howard tant la réalité avait cette fois une certaine tendance à dépasser la fiction ? Par bien des aspects, Rush pourra rappeler l’excellent Jours de Tonnerre de Tony Scott. D’abord sur le plan de l’histoire puisque ce dernier suivait Tom Cruise en pilote mégalo et casse-cou (comme James Hunt) qui se retrouvait en compétition avec un rival qu’il finissait par apprécier. On y retrouvait aussi un accident central qui blessait grièvement le héros et la seconde partie du long métrage tachait de montrer son retour triomphal sur piste. Il y était là-aussi question de culpabilité, de pulsions de mort (surtout quand on vient de trouver paradoxalement l’amour dans sa vie), de rédemption, de renaissance, d’amitié ambiguë…

Comme pour renforcer la filiation entre ces deux œuvres, Hans Zimmer se retrouve à la barre pour élaborer l’une de ses meilleures bandes sons récentes renvoyant instinctivement à ses brillantes compositions de la fin des années 80 et du début des années 90. De même, Ron Howard lorgne aussi vers quelques expérimentations visuelles que n’aurait pas renié Tony Scott lors des séquences de courses qui figurent parmi les meilleures du genre depuis le Grand Prix de James Frankenheimer. Ne se contentant pas de nous mettre à la place de ces pilotes devant faire face à des situations terribles à des vitesses extrêmes (averse où l’on ne voit rien, carambolage monstrueux,…), Howard emploie des effets de montage assez jouissifs pour dynamiser ces passages d’une grande intensité et faire ressentir aux spectateurs les vibrations d’un moteur de voiture lancé à toute berzingue. Néanmoins, le cinéaste a l’intelligence de ne pas surenchérir n’importe comment pour plaire à un spectateur américain adepte d’explosions et de carrosseries broyées dans des accidents surréalistes. Il tente de respecter le plus possible la réalité et s’attarde même sur les coulisses passionnantes d’un tel sport collectif où tous les coups sont permis. De plus, Howard accepte enfin de ne pas s’abandonner à une énième classification « PG-13 » et ose amener quelques plans qui rappellent brutalement la dangerosité de ce jeu avec la mort ou qui ne masquent pas les excès (alcool, sexe) de James Hunt.

Jubilant visiblement de faire un spectacle pour adultes qui soit ambitieux, dramatiquement et thématiquement dense, viscéral et prenant, Ron Howard parait avoir clairement muri dans son approche cinématographique : à la fois plus cohérente et audacieuse, tout en respectant ce classicisme qu’il a toujours affectionné. Le réalisateur semble surtout avoir trouvé chaussure à son pied avec Peter Morgan. Le talentueux scénariste britannique lui offre enfin suffisamment de matière pour élever ces longs métrages que Ron Howard met en scène avec respect. En disposant du fond qui lui manquait souvent, Howard s’essaye à quelques expériences visuelles l’obligeant à sortir des sentiers battus dans lesquels le contraignaient de précédents scripts plus consensuels, moins aboutis et beaucoup moins amples. Livrant pourtant l’un des meilleurs longs métrages du genre, il faut dire que dernièrement seuls Speed Racer et Cars avaient rendu justice à la compétition automobile, Ron Howard essuie un relatif échec public aux Etats-Unis. Pouvons-nous vraiment être surpris de l’accueil plus que réservé accordé à ce film par un public qui a fait un triomphe à World War Z ou Iron Man 3 qu’il semble considérer comme le « must » du grand film de divertissement populaire (on craint le pire pour les premiers chiffres au box-office d’une bombe comme Gravity) ? De notre côté, on s’enthousiasmera du fait que Ron Howard refasse équipe avec le scénariste qui lui a permis de livrer ses deux meilleurs films : ce sera à l’occasion de In the Heart of the Sea, qui relatera le naufrage d’un baleinier en 1820 par un cachalot avec Chris Hemsworth (qui jouera dans le prochain film de Michael Mann, un thriller- film d’espionnage connu pour l’instant sous le titre de Cyber), Cillian Murphy, Ben Whishaw ou encore Brendan Gleeson. On attend donc ce film qui devrait se charger de confirmer si Ron Howard s’est dorénavant métamorphosé en cinéaste très intéressant.

NOTE : 7.5 / 10

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