Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Titre original : This is the End
Film américain sorti le 9 octobre 2013
Réalisé par Seth Rogen et Evan Goldberg
Avec Seth Rogen, Jay Baruchel, James Franco,…
Comédie, Fantastique
Invités à une fête chez James Franco, Seth Rogen, Jonah Hill et leurs amis sont témoins de l'Apocalypse.
On le voyait comme le concurrent américain du The World’s End d’Edgar Wright : la bande de comiques américains parrainée par Judd Apatow se retrouvait confrontée à l’apocalypse comme la bande de comiques anglais menée par le réalisateur de Scott Pilgrim. Néanmoins, les deux films se révèlent être au final diamétralement différents. Le dernier long métrage de Wright est moins un film catastrophe qu’un « body snatcher movie » plus dramatique et nostalgique que foncièrement hilarant. A l’inverse, This is the End est une comédie plongeant dans la gaudriole et l’humour gras en employant une imagerie clairement apocalyptique et catastrophique. Les deux films ne boxent donc absolument pas dans la même catégorie. Là où The World’s End employait sa métaphore fantastique pour révéler le mal-être de ses personnages, et par extension celui qui animait son réalisateur et ses acteurs, This is the End semble se contenter de se servir du genre du film catastrophe pour enchainer son lot de citations et de séquences plus ou moins pyrotechniques. Pourtant, il y a bien un argument métafilmique dans This is the End puisque chaque acteur y interprète son propre rôle.
De fait, l’alchimie entre ces acteurs, qui ont souvent été amenés à collaborer à l’occasion de films qui les ont rendus célèbres, est absolument évidente. On pourrait même dire qu’au-delà des très nombreuses blagues crues, c’est avant tout cette entente mutuelle et cette solidité de leur amitié qui rendent le long métrage si plaisant à regarder. On retrouve ainsi quelques pointes ironiques faites à chacune des stars : Jonah Hill et sa nomination à l’oscar pour Le Stratège qui lui a permis de devenir aux yeux des critiques un « acteur » et non plus uniquement un « comique » ; Seth Rogen auquel un paparazzi fait remarquer qu’il jouerait toujours de la même manière ;… Les aspects les plus intéressants de cette mise en abime demeurent toutefois les contre-emplois : un Jonah Hill a priori respectable et mesuré, un Michael Cera débridé et cocaïné jusqu’aux yeux, une Emma Watson guerrière,… Mais cette réflexion ne va jamais au-delà du coup de coude complice. Certes, les connaisseurs souriront en voyant la courte réunion du trio de SuperGrave ou encore la suite fauchée de Delire Express. Mais il est dommage que cela n’aille jamais plus loin.
Cet artifice de scénario, puisqu’il n’est jamais approfondi autrement que pour se mettre le spectateur dans la poche, laisse toutefois rapidement sa place à une parodie de films catastrophes dans laquelle des séquences entières font « subtilement » références à L’Exorciste ou à tout un pan du genre post-apocalyptique et du « survival ». Si certaines séquences d’action au premier degré fonctionnent étonnement bien, l’ensemble du film est composé majoritairement de gros moments dialogués (improvisés ?) parfois franchement drôles mais aussi assez peu intéressants d’un point de vue dramaturgique. On assiste à un délire entre copains sans y vraiment invité. On les voit s’amuser, et ça nous fait sourire, mais les passages véritablement hilarants se font plus rares. This is the End tente alors vaguement de nous impliquer émotionnellement à l’aide d’une sous-intrigue montrant la mise-à-mal du lien d’amitié unissant les deux héros principaux, la star sympa Seth Rogen et le plus méconnu et solitaire Jay Baruchel. Cependant, cela sonne faux, ou en tout cas plutôt creux, tant les précédentes productions de la bande avaient su se montrer infiniment plus poignantes et justes (SuperGrave, Funny People, voire même Zack et Miri font un porno,…).
Au final, malgré le fait que l’ensemble du film se suive assez bien, cette comédie ne laisse pas un souvenir impérissable. Si l’on dépasse l’aspect comique et complètement foutraque du long métrage, on se retrouve avec un film d’une facture très inégale dans lequel certains moments de tension efficaces jurent atrocement avec des séquences aux effets spéciaux absolument dégueulasses. On a parfois la désagréable impression que This is the End a été élaboré à la va-vite ; une impression que ne dégage absolument pas The World’s End dont la mise en scène efficace, dynamique et toujours inspirée contraste fortement avec celle de son rival américain. Jamais très cohérent, notamment vis-à-vis de la nature de la catastrophe qui s’abat sur la Terre où l’on retrouve pêle-mêle des tremblements de terre, des possessions démoniaques, des créatures lovecraftiennes et un titan ayant un phallus éléphantesque, et se clôturant par une dernière scène en tout point honteuse, This is the End apparait comme un point limite de la bande Apatow dans lequel seuls quelques acteurs tirent à peu près leur épingle du jeu (Cera, Hill, clairement Danny McBride et, dans une moindre mesure, James Franco).
La machine à gags tourne à vide et peu d’empathie parvient à se dégager de ce huis clos élaboré entre deux ou trois bières. N’ayant donc pas grand-chose pour se rattacher, le spectateur observe ce qui ressemble à une grosse séance d’onanisme au cours de laquelle se sont réunies quelques grandes icones du rire étasunien. Devant cette baudruche à trente-trois millions de dollars, 80% de la somme du budget ayant dû servir à payer toutes les célébrités qui apparaissent lors de cette aventure, on est pris d’une soudaine inquiétude. Et si le titre de ce long métrage était aussi un indice prémonitoire ? Et si le film était lui-même conscient, en mettant ainsi en scène ces acteurs, que le système Apatow a besoin d’un renouvellement immédiat pour pouvoir subsister et ne plus paraitre faisandé aux yeux d’un public, notamment américain, qui commence à s’en lasser ? Dans ce cas-là, le titre « C’est la Fin » et le massacre de ces célébrités prendraient malheureusement plus d’un sens.
NOTE : 5.5 / 10