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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Trance

Film britannique sorti le 8 mai 2013

Réalisé par Danny Boyle

Avec James McAvoy, Rosario Dawson, Vincent Cassel,…

Thriller

Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Frank pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. A son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces, ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Frank engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…

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On pourra penser ce que l’on veut du britannique Danny Boyle, mais le moins que l’on puisse reconnaitre c’est qu’il fait preuve d’un éclectisme admirable. Une capacité à varier les genres et à jongler avec des sujets parfois diamétralement différents qui amène le spectateur à ne jamais savoir dans quoi le bonhomme va l’embarquer avec son prochain film. L’autre aspect louable du réalisateur est sa volonté d’éviter tout compromis en privilégiant des budgets « restreints » et en refusant régulièrement les propositions parfois très alléchantes de producteurs souhaitant lui confier les rênes d’une commande de studio (ce qui l’a notamment amené à dire « non » au duo Broccoli/Wilson lorsque ceux-ci lui proposèrent de réaliser un épisode de James Bond quelques mois après sa récompense aux oscars pour le fade Slumdog Millionaire). L’ennui, c’est que Boyle a beau être un brillant formaliste disposant d’un sens du montage qui rendrait vert de jalousie un certain nombre de ses confrères, il faut bien admettre qu’il n’a jamais livré de grand film. Et ce ne sont pourtant pas les occasions qui ont manqué. Son plus réussi à ce jour reste le fascinant Sunshine, un long métrage de S.F. souvent passionnant et régulièrement magnifique qui se faisait démolir par ses dix dernières minutes grandguignolesques et sur-signifiantes.

Et c’est symptomatique de Danny Boyle : ces films partent toujours d’un postulat prometteur et riche mais finissent invariablement par se recroqueviller sur eux-mêmes lors d’un dernier acte toujours effroyablement laborieux lorsqu’il ne plonge pas dans le ridicule le plus achevé. Son 28 Jours plus tard est absolument représentatif du problème. Une première heure absolument géniale qui sait jouer avec ses contraintes budgétaires pour donner naissance à un univers original dévoilé par petites touches, et qui propose à la fois des personnages attachants et une relecture originale de l’archétypale invasion de zombies. Patatra ! La dernière demi-heure s’enferme dans un huis clos barbant qui zappe soudainement les morts-vivants pour asséner lourdement le message suivant : « en temps de crises, l’homme peut être plus monstrueux que le zombie ». De même pour 127 heures. Sujet génial et risqué, mise en scène viscérale et inventive, mais dernier acte tirant sur la corde. Heureusement, la scène clé du long métrage parvient de justesse à masquer l’inanité d’une dernière demi-heure misant de plus en plus sur un symbolisme pachydermique.

La Plage a subit le même sort. Projet plus ambitieux de Boyle, partant encore une fois d’un sujet pouvant révéler une richesse sociologique qui aurait pu lui permettre de devenir une grande œuvre cinématographique, le film s’est fait dévorer par sa trop grande échelle (budget trop élevé et présence d’une star obligeant Boyle à faire des compromis qui lui restèrent en travers de la gorge). Si les deux premiers tiers du film forment un film d’aventure enthousiasmant et original, le dernier tiers part en vrille en tentant de faire de Leonardo DiCaprio un juvénile colonel Kurtz de pacotille. Si l’on ajoute des projets d’un classicisme agaçant, visant à plaire de manière presque racoleuse au public occidental et aux multiples cérémonies à récompenses, comme ce fut le cas pour Slumdog Millionaire, on finirait par dire que le réalisateur du cultissime Trainspotting dispose d’une carrière pour le moins très imparfaite. Mais Boyle, en diversifiant encore davantage ses travaux (la très intéressante transposition théâtrale de « Frankenstein » et les magnifiques Cérémonies d’Ouverture et de Clôture des Jeux Olympiques de Londres, l’été dernier), continue de véhiculer une certaine fascination auprès du spectateur, malgré quelques persistants effets d’épate. Et l’on tranchera clairement toujours en faveur pour un film original qui a la maladresse de se planter sur sa fin que pour un long métrage consensuel et absolument lisse de bout en bout.

Comme d’habitude, ce Trance éveille en premier lieu la curiosité. « Remake » d’un téléfilm anglais, le film est un nouveau virage à 180° pour Boyle. Le voilà maintenant qui s’attèle au thriller psychologique sous la forme d’un puzzle mental dans lequel se mélangent intrinsèquement réalité, souvenirs et visions surréalistes. Un genre qui a eu de nombreux précurseurs, que ce soit dans le domaine de la littérature ou du cinéma. Le problème est que l’un des plus récents du genre est aussi devenu l’un des plus populaires : Inception de Christopher Nolan. Et si les deux longs métrages ne jouent pas du tout dans la même cour, ne serait-ce que du point de vue du budget, il est difficile de ne pas les comparer tant ils ne diffèrent pas beaucoup dans le fond. On pourrait même réduire Trance à ce qu’aurait été Inception si Christopher Nolan l’avait fait, comme prévu, à une échelle plus réduite (à la Memento) au lieu de faire du pied à James Bond ou aux délires pyrotechniques d’un « blockbuster » quelconque. Si Trance est plus aguicheur sur la forme qu’un Inception, qui cultivait sciemment une esthétique froide, il a une finalité similaire. Au point qu’il emploi une intrigue romantico-tragique similaire à celle d’Inception.

On se souvient que, dans le film de Nolan, le héros Cobb (Leonardo DiCaprio) se servait d’un ultime « cambriolage » dans un esprit humain comme prétexte pour faire le deuil d’une femme dont il se sentait responsable de la mort et pour enfin « accepter » de retourner auprès de ses enfants. Sans trop spoiler, Trance déroule peu à peu une intrigue-pelote de laine pour sensiblement sortir la même note d’intention : apprendre à tourner la page et accepter d’oublier un passé douloureux pour mieux se lancer vers un avenir plus prometteur. Au point que la dernière séquence roublarde utilise le même procédé de suspense que celui d’Inception (bien que le final de ce dernier soit en fait plus malin que racoleur). On retrouve aussi dans les deux cas un personnage féminin fort, ambigu et manipulateur. Mais là où ce type d’intrigue s’inscrivait de manière évidente au sein de la filmographie de Christopher Nolan, elle parait moins personnelle et spontanée chez Danny Boyle. En plus d’arriver un peu en retard, le film enchaine une multitude de « twists » visant à surprendre impérativement le spectateur, au détriment parfois de la cohérence ou de la clarté du scénario qui se retrouve parfois avec des ruptures de ton pas très judicieuses.

Reste que Trance est un objet filmique extrêmement ludique malgré sa relative vacuité. Si le trio amoureux apparait un peu forcé, ce n’est pas de la faute des trois acteurs principaux dont l’entente et le talent sont évidents. Si Vincent Cassel ne surjoue pas trop, ce qui constitue presqu’un miracle en soit, le film de Boyle est avant tout relevé par les belles performances de James McAvoy, toujours impeccable, et surtout de Rosario Dawson qui dévore l’écran avec ce rôle dans lequel elle s’est jeté éperdument, au point d’accomplir certaines prouesses qu’auraient rechignées à faire un certain nombre d’actrices. Mais il est ardu de croire aux passions de ces personnages lorsque ceux-ci sont emprisonnés dans une mécanique narrative qui fonctionne en mode automatique, et lorsque chaque ébat ou regard semble davantage prévu pour permettre l’émergence d’un nouveau rebondissement insoupçonné que pour nourrir les personnages. Là où le puzzle narratif d’Inception menait à une conclusion émotionnellement très forte, Trance garde l’apparence d’un Rubik’s Cube sans jamais aboutir sur autre chose.

Ce parcours dans l’esprit labyrinthique et torturé d’un antihéros aux traits charmeur est amusant, divertissant et joli à regarder, mais il n’implique pas vraiment. On s’éclate à essayer de recoller les divers morceaux de l’histoire mais on est juste satisfait, à la fin, de comprendre sa signification alors que les dernières séquences sont supposées être bouleversantes et devraient engager émotionnellement le spectateur. Mais il reste néanmoins de beaux morceaux de cinéma et de montage dynamique dans ce Trance, à l’instar de sa brillante introduction, des multiples séquences oniriques et des quelques éclats de violence parfois assez dérangeants (notamment une tête éclatée qui parvient malgré tout à parler). Le suspense, l’humour noir et la sensualité qui se dégagent de cette intrigue « cool » et délicieusement capilotractée permettent à Trance de s’élever un peu au-dessus de la concurrence. Et on félicitera Boyle d’avoir réussi, à l’image d’un Nicolas Winding Refn, à pleinement tirer parti de son budget minimal pour donner naissance à un long métrage qui parait en avoir couté le triple. De ce film de divertissement pour adultes, ludique mais abscon, on retiendra surtout l’absolument réjouissante bande originale composée par Rick Smith. Une constante chez Danny Boyle.

NOTE : 6.5 / 10

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