Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)
- Film américain sorti le 27 janvier 2010
- Réalisé par Jason Reitman
- Avec George Clooney, Anna Kendrick, Jason Bateman,
- Comédie
L'odyssée de Ryan Bingham, un spécialiste du licenciement à qui les entreprises font appel pour ne pas avoir à se salir les mains. Dans sa vie privée, celui-ci fuit tout engagement (mariage, propriété, famille) jusqu'à ce que sa rencontre avec deux femmes ne le ramène sur terre. Ryan Bingham est un collectionneur compulsif de miles aérien cumulés lors de ses incessants voyages d'affaire. Misanthrope, il adore cette vie faite d'aéroports, de chambres d'hôtel et de voiture de location. Lui dont les besoins tiennent à l'intérieur d'une seule valise est même à deux doigts d'atteindre un des objectifs de sa vie : les 10 millions de miles. Alors qu'il tombe amoureux d'une femme rencontrée lors d'un de ses nombreux voyages, il apprend par la voix de son patron que ses méthodes de travail vont évoluer. Inspiré par une nouvelle jeune collaboratrice très ambitieuse, celui-ci décide que les licenciements vont pouvoir se faire de manière encore plus rentable, via... vidéo conférence. Ce qui risque évidemment de limiter ces voyages que Bingham affectionne tant...
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Après le soporifique Juno au synopsis parait-il original, on craignait un peu pour son nouveau film qui semblait assez moralisateur dès la bande annonce avec le « tous vos moments heureux étaient ceux où vous n'étiez pas seul ». Le film aurait pu passer si ce message n'était apparu que dans les dix dernières minutes. Malheureusement il est martelé au moins pendant les deux derniers tiers du film.
Commençons directement par là : In the Air est un film qui, en faisant croire qu'il critique l'American Way of life et l'obsession de la stabilité, en fait pourtant léloge. Si au prime abord les remarques des autres personnages sur Bingham, ne comprenant pas sa volonté de rester seul et de ne pas s'engager, peuvent d'abord être prises pour un aveuglement de ces personnes par cette « tradition », elles ne peuvent ensuite qu'être prises comme la voie de la raison lorsqu'on observe l'évolution du héros lors des vingt dernières minutes. Alors vous l'aurez compris, la famille c'est vital et s'en éloigner est un acte de mépris envers ceux qui vous ont élevé ; il suffit par exemple d'entendre les remarques de la soeur de Bingham puis de voir le comportement de ce dernier essayant de racheter sa conduite parce qu'il s'est rendu compte qu'il est passé à coté du vrai bonheur. Le summum du symbolisme idiot viendra lors de la scène où Bingham essaye de faire à comprendre à son futur beau frère, en proie au doute, que le mariage est une chose merveilleuse. Et où se trouvent-t-ils ? Dans une salle remplie de dessins et de jeux pour enfants, comprenez que ces personnages qui doutent de l'intérêt du mariage sont encore immatures et qu'ils ne deviendront véritablement adultes, c'est-à-dire sortir de cette pièce, que lorsqu'ils réaliseront que le vrai bonheur est la vie conjugale.
Cependant la première demi-heure du film est assez bien construite, et c'est ce qui rend l'heure et demi restante profondément décevante et indigeste. On se retrouve face à un road movie aérien classique puisqu'il amène la confrontation entre deux antagonistes ; dans le même genre d'idée on peut citer Rain man, Thelma et Louise, La Grande Vadrouille voire pourquoi pas Le Monde de Némo. Rien de révolutionnaire donc mais c'est suffisamment agréable pour que l'on suive ça avec un certain intérêt. En période de crise, Reitman aborde évidemment le sujet du monde cruel du travail et critique le chômage (quel audace !), mais là encore c'est fait au départ avec une certaine subtilité, montrant les conséquences néfastes du métier de Clooney et de Nathalie Keener à la fois sur eux-mêmes et sur les employés virés. Le problème est que ce sujet est lentement effacé lors de la seconde partie pour intensifier la partie « romance » de l'histoire, avec notamment le retour vers la ville natale, pleine de joie et de souvenirs merveilleux qui vont réveiller le héros et le guérir de son envie d'être seul. Un autre aspect dérange dans In the Air : la présence de vrais licenciés dans leurs propres rôles. Voulant donner un certain réalisme, cette idée apparait surtout opportuniste et tire-larmes, l'apothéose arrivera pendant le générique de fin où on entendra en voix off un licencié déclarer à Reitman : « J'ai écrit cette chanson lors de mon désarroi et je vous laisse la possibilité de le mettre dans votre film ». S'il est vrai que la seule scène qui émerge de la seconde partie du film est le premier licenciement qu'effectue Keener par le biais d'un écran d'ordinateur (une séquence véritablement glaçante et poignante), la fin achève le spectateur avec une série d'interventions de vrais licenciés qui déclarent dix fois de suite que « l'argent ce n'est rien par rapport à nos conjoint et nos enfants ».
D'un point de vue plus technique la mise en scène est plutôt sage et classique, In the Air étant surtout porté par l'interprétation de George Clooney, l'argument très séduisant du film, jouant de son image d'éternel célibataire. Les seconds rôles sont donc nettement moins marquants même si la jeune Anna Kendrick ne s'en tire pas trop mal, surtout lors de la scène où elle fait une crise de nerf lorsqu'elle apprend que son petit ami, avec lequel elle espérait se marier, la quitte. Si Vera Farmiga n'a pas à rougir de sa prestation, elle ne fait cependant pas le poids face aux scènes entre Bingham et Keener. Reitman critique le renfermement sur soi et le communautarisme lors d'une scène à l'aéroport où Bingham stéréotype les passagers afin de gagner du temps en choisissant la file la plus rapide mais va par la suite faire l'apologie du conditionnement, du mariage et du retour au bercail (à noter que l'aéroport comme image d'une Amérique paranoïaque était déjà le sujet d'un film, complètement sous-estimé lui, Le Terminal de Spielberg plus de cinq ans auparavant).
In the Air est donc un film sympathique lors des quarante premières minutes avant de devenir une comédie pas drôle qui s'embourbe dans le même message bien pensant que martelait Emmerich dans son 2012. Alors pourquoi faire l'éloge du premier alors qu'on démolit le second ? Surtout que le long métrage de Reitman est l'antithèse absolue du dernier film de Sam Mendes, Les Noces Rebelles, qui prenait au contraire un couple qui s'était abandonné dans l'idéologie du mariage et de l'American Way of life pour mieux en montrer les limites.
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