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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Les Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec

                                                        EuropaCorp Distribution

 - Film français sorti le 14 avril 2010

 - Réalisé par Luc Besson

 - Avec Louise Bourgoin, Gilles Lellouche, Mathieu Amalric,…

 - Aventure, Policier

            En cette années 1912, Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste intrépide, est prête à tout pour arriver à ses fins, y compris débarquer en Egypte et se retrouver aux prises avec des momies en tout genre. Au même moment à Paris, c'est la panique ! Un oeuf de ptérodactyle, vieux de 136 millions d'années, a mystérieusement éclos sur une étagère du Jardin des Plantes, et l'oiseau sème la terreur dans le ciel de la capitale. Pas de quoi déstabiliser Adèle Blanc-Sec, dont les aventures révèlent bien d'autres surprises extraordinaires...

Louise Bourgoin. EuropaCorp DistributionLouise Bourgoin. EuropaCorp Distribution

          C'est un fait, Luc Besson n'est plus aussi bon qu'avant. Un peu comme Tim Burton après Sleepy Hollow, il n'a jamais réussi à retrouver sa forme d'antan après son très fun mais déjà fragile Cinquième Elément. Il est évident que le voir s'attaquer à l'adaptation d'une bande dessinée, exercice à la mode en ce moment et qui est excessivement périlleux au point que les réussites se comptent sur les doigts de la main, n'avait rien de très rassurant. Après s'être lancé dans le film d'animation pour enfant en adaptant Arthur et les Minimoys qu'il avait publié, Besson persévère en adaptant « Adèle Blanc-Sec ». Le spectacle final a peut-être une chance de plaire aux moins de douze ans (et encore ce n'est même pas sûr), mais passé au-delà on ne peut qu'être atterré devant un tel résultat.

          Tout d'abord une adaptation de BD au cinéma doit se démarquer de son média d'origine. Se servir des cases dessinées comme d'un simple story-board n'a aucune utilité car, en plus d'un manque de rythme dû à l'inadaptabilité de cette méthode, cela amène le film à n'être qu'une pâle illustration de l'album original. N'ayant pas lus les BDs le doute est permis sur la démarche de Besson mais une réalisation presqu'en plan fixe pour un metteur en scène réputé pour ses (anciens) films dynamiques laisse perplexe. L'autre problème vient aussi de la difficulté à croire à des personnages « lives » qui s'efforce à ressembler le plus possible à leurs modèles de papier et souvent déshumanisé (d’où l'important challenge de l'adaptation par Spielberg de Tintin et le Secret de la Licorne en performance capture). S'efforçant d'être le plus « fidèle » possible à la BD, Besson décrédibilise complètement son film puisqu'il est impossible de croire un instant à cet univers et ces personnages. L'échec est d'ailleurs un peu semblable à celui du récent Lucky Luke. Une esthétique de BD ne permet que rarement un bon film, surtout lorsqu'elle est utilisé au premier degré.

          Le film dispose d'une direction artistique plutôt moyenne et des effets visuels souvent pas à la hauteur de ses ambitions (mettons cela au compte du peu de moyen des grosses productions françaises par rapport à celles des Etats-Unis). Les décors s'en tirent à peu près correctement mis à part le tombeau égyptien qui pâtit de la comparaison avec la série des Indiana Jones dont le film s'inspire aussi beaucoup (jusqu'à l'affiche officielle, copie hideuse version Photoshop de celle d'Indiana Jones et la dernière Croisade). Influence qui ne fait qu'enfoncer le film tend la comparaison avec les films de Spielberg ne fait que montrer l'incapacité de Besson à se hisser ne serait-ce qu'à l'orteil du « wonder boy » américain auquel on ne cesse abusivement de le comparer. Visuellement, au-delà d'une réalisation très paresseuse, c'est assez mitigé, certaines séquences pouvant révéler une certaine poésie comme celle se déroulant dans un Montmartre campagnard et d'autres pouvant être de vraies fautes de goût comme ce plan en accéléré qui traverse plusieurs rues vers le début du film (douloureux souvenirs de l'atroce plan similaire dans Sweeney Todd de Burton). A noter aussi la partition complètement à l'ouest d'Eric Serra, ce qui n'est pourtant pas son habitude.

          Mais si le résultat technique n'est quand même pas humiliant, certains effets spéciaux pouvant se révéler assez surprenants comme les momies assez réalistes et expressives alors que d'autres étaient parfois assez désastreux, dont un certain nombre de plans du ptérodactyle, Les Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec est surtout plombé par son scénario et son interprétation. Le script est parfaitement en adéquation avec cette volonté d'être au plus près de cette démarche d'illustration de l'oeuvre originale : c'est-à-dire que le film se contente d'un scénario de BD ; un peu comme le très mauvais Astérix et Obélix contre César de Zidi qui avait vainement mélangé l'intrigue de quelques albums. Encore une fois, ce qui fonctionne sur une bande dessinée ne fonctionne généralement pas au cinéma. Cela donne alors des dialogues absolument irréels et dénués de toutes émotions, récités de manière plate (ou caricaturale selon les cas) par des acteurs qui se démènent à tenter de faire croire à des répliques ou des situations trop improbables.

          A l'instar du Lucky Luke de James Huth, Besson tente un mélange des genres qui se révèlent ridicule. Ici, le ratage est plutôt ennuyeux puisque dans des films comme Le Grand Bleu, Léon ou Le Cinquième Elément, Besson se révélait plutôt habile dans sa façon d'alterner les scènes dramatiques, humoristiques, inquiétantes, violentes,... Dans Adèle Blanc-Sec cela ne prend jamais et les moments de noirceur et de psychologie, tournant surtout sur le personnage paralysé et muet de la soeur d'Adèle Blanc-Sec, sont gâchés par des séquences comiques qui ne parviennent jamais à faire esquisser un sourire. La scène la plus ratée à ce titre est le flashback montrant l'accident, dont Adèle se sent responsable, qui a rendu la soeur dans un état végétatif. Après une partie de tennis complètement improbable et ridicule, la séquence est maladroitement rompue par un accident tout aussi improbable qui se veut extrêmement dramatique mais qui n'arrive jamais à émouvoir tant on ne croit pas à cette situation. Mais par la simple image on arrive à comprendre l'idée : Adèle se considère comme la responsable de la paralysie de sa soeur (et c'est  ce qui est le noeud même de l'intrigue décousue du film). Mais Besson signe un film qu'il veut pour les enfants (que l'on a une certaine tendance à prendre pour des idiots) et pense donc nécessaire de faire dire à Adèle, dix minutes plus tard,  dans un monologue pathétique et complètement inutile que si elle fait ça c'est parce qu'elle souffre de l'état de sa soeur parce que c'est de sa faute…

          Enfin, le plus dérangeant dans ce film, c'est l'interprétation calamiteuse des acteurs. Outre le fait que le « grand méchant » du film, Dieuleveult, n'apparait que dans une scène de cinq minutes, il est complètement surjoué par un Mathieu Amalric (qui pour attirer le public apparait en deuxième dans le générique) dont on se demande ce qui l'a séduit dans ce rôle à part le salaire qu'on lui proposait. Gilles Lellouche a l'avantage de s'en sortir le « mieux », évitant le surjeu, mais peine à rendre son personnage limité (la blague sur son attrait pour la bonne bouffe est ressassée vingt fois) un minimum intéressant. Jean-Paul Rouve n'est pas un instant crédible en chasseur intrépide même si son personnage se révèle plus bête que très courageux (son physique frêle et sa voix ne correspondant pas au départ de ce stéréotype d'aventurier). Mais la pire, et c'est bien tout le problème d'Adèle Blanc-Sec, reste Louise Bourgoin. La mode actuelle est de prendre des animateurs de télé pour des acteurs (Virginie Efira, Reichmann, Dechavanne, Cauet, Mouloud, l'ancienne miss Météo de Canal Plus Frédéric Bel présente dans le film comme un clin d'oeil peut-être par rapport à Bourgoin qui l'avait remplacé,...) et le résultat est presque tout le temps au-delà du catastrophique. Bourgoin n'est pas la plus désastreuse mais elle ne sait visiblement pas jouer ni s'adapter au rôle. Au final, le personnage principal est juste indigeste, arrogant, hystérique. A aucun moment on ne s'attache à ce personnage prétentieux et désagréable que Besson se targue de faire passer pour une Indiana Jones féministe, alors qu'aucun de ces deux aspects ne sont vraiment fouillés.

     Adèle Blanc-Sec ne marquera pas la renaissance de Besson tant le spectacle est inabouti, bourré de défauts dont une double intrigue décousue pas très trépidante et un casting en roue libre voire inadapté. Ratage qui est doublement frustrant car, en plus d'enfoncer un peu plus un réalisateur français qui s'était révélé très prometteur durant les années 80, il ne fait que renforcer l'écart du cinéma français avec ceux des pays étrangers (américain en tête mais pas seulement) dans le domaine du film de genre et de divertissement à la fois intelligent, bien écrit et brillant techniquement, et donc inspiré et audacieux au niveau de la mise en scène.

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Mathieu Amalric. EuropaCorp DistributionLouise Bourgoin. EuropaCorp Distribution

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