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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Kick-Ass

                                                      Metropolitan FilmExport

 - Film britannique sorti le 21 avril 2010

 - Réalisé par Matthew Vaughn

 - Avec Aaron Johnson, Nicolas Cage, Chloe Moretz,…

 - Action, Drame

            Dave Lizewski est un adolescent gavé de comics qui ne vit que pour ce monde de super-héros et d'incroyables aventures. Décidé à vivre son obsession jusque dans la réalité, il se choisit un nom - Kick-Ass - se fabrique lui-même un costume, et se lance dans une bataille effrénée contre le crime. Dans son délire, il n'a qu'un seul problème : Kick-Ass n'a pas le moindre superpouvoir... Le voilà pourchassé par toutes les brutes de la ville. Mais Kick-Ass s'associe bientôt à d'autres délirants copycats décidés eux aussi à faire régner la justice. Parmi eux, une enfant de onze ans, Hit Girl et son père Big Daddy, mais aussi Red Mist. Le parrain de la mafia locale, Franck D'Amico, va leur donner l'occasion de montrer ce dont ils sont capables...

Aaron Johnson, Evan Peters et Clark Duke. Metropolitan FilmExportAaron Johnson. Metropolitan FilmExport

            Repoussée un long moment notamment à cause d'une production mouvementée par des studios trop frileux, l'adaptation du comics « Kick-Ass » a réussi à voir le jour de manière complètement indépendante permettant ainsi une liberté totale au réalisateur Matthew Vaughn. Et à la différence du tout récent Adèle Blanc-Sec de Luc Besson, Vaughn réussit haut la main son adaptation de bande dessinée.

             Le réalisateur britannique a pour le moment signé un parcours sans faute : Stardust, le mystère de l'étoile, un film fantastique pour enfants assez réussi et surtout le très sous-estimé à sa sortie Layer Cake, film de gangster fortement inspiré des longs métrages de Martin Scorsese et qui offrait l'un des meilleurs rôles à l'actuel James Bond, Daniel Craig. Avec Kick-Ass il s'attaque au film de super-héros, genre très en vogue depuis les grandes réussites que sont X-men de Bryan Singer et surtout la trilogie Spider-man de Sam Raimi. Cette dernière est l'une des inspirations principales du film tant par la voix off du jeune héros, omniprésente et parfois agaçante, que par le personnage lui-même, ersatz de Peter Parker, complètement maladroit et timide avec les filles entre autres. Mais à l'instar du Inglourious Basterds de Tarantino et du Avatar de Cameron, il est impossible de limiter Kick-Ass à un genre tant les tonalités varient d'une séquence à l'autre, voire carrément d'un plan à l'autre. Car Kick-Ass est aussi une comédie fortement inspiré des « teen movies » à l'américaine, un film d'action avec ses séquences de bagarres et de fusillades, un « revenge movie » avec la quête meurtrière de Big Daddy et de Hit Girl, un drame lors de certaines séquences plus intimistes et introspectives… 

            Ce mélange des genres plutôt inhabituel dans les « films de super-héros », que l'on a tendance à penser tout public, peut surprendre voire rebuter. A l'image de cette séquence du film où Kick-Ass décide pour la première fois de passer à l'action en combattant deux voleurs de voitures. Le début du combat est d'une violence surréaliste, complètement fun, la rendant agréable et amusante, à l'image de la séquence qui ouvre le film où l'on voyait un super-héros s'élançant courageusement d'un gratte-ciel avant de violemment s'écraser sur la voiture tout en bas. En un plan le ton change : Kick-Ass s'aperçoit que l'un des deux brigands lui a planté un couteau dans le ventre. La panique et l’horreur s'installe et alors que Kick-Ass tente de s'échapper, n'ayant plus trop conscience de ce qui se passe, il se fait violemment renverser par une voiture. Kick-Ass est un projet marginal et c'est ce qui l'a rendu difficile à monter et à financer. C'est un film qui se veut fun, amusant, surréaliste, excessif (notamment dans ses scènes de violence) et qui contrebalance cet aspect par des séquences plus ancrée dans la réalité et plus dérangeante. Vaughn cherche, et réussit, à ne pas faire tomber son long-métrage dans la caricature excessive et jouissive en rappelant souvent que dans la réalité cela ne se passe pas aussi bien. Le personnage qui bénéficie le plus de ce double traitement, et à qui il est nécessaire d'ailleurs, est la désormais fameuse Hit Girl ; personnage qui était d'ailleurs la raison principale du refus des studios de produire le film qui souhaitaient le supprimer du scénario. Car s'il est super jouissif et drôle de voir une gamine de sa taille découper des adversaires quatre fois plus haut qu'elle, il est important de rappeler aux spectateurs que ce qu'il regarde est aussi extrêmement dérangeant : à la fin du film c'est quand même une fillette qui se fait violemment frapper au visage par un adulte (d'où une nécessaire déréalisation pour ne pas faire tomber non plus le film dans l'abjection et la complaisance).

            D'un point de vue plus technique, le film se révèle très inspiré. Si les costumes, les décors et les effets spéciaux sont plutôt réussis, ce n'est pas le point le plus fort de Kick-Ass. Son premier avantage est sa réalisation dynamique et audacieuse (dont la séquence magistrale où Hit-Girl tente de sauver son père et Kick-Ass des griffes de tortionnaires mafieux est l'apogée), là où la majorité des films de ce type sont filmés avec un académisme assez navrant. Le metteur en scène auquel on pourrait rapprocher le style de Vaughn dans Kick-Ass est évidemment Quentin Tarantino, par le nombre de référence à la « sous-culture », par sa séquence animée façon Kill Bill, mais aussi par la reprise de musiques et de chansons pour accompagner les séquences (dont une de Ennio Morricone tiré de Et pour quelques dollars de plus de Sergio Leone). Cela dit, Vaughn refait quelques allusions à Martin Scorsese en reprenant la scène culte de Taxi Driver (dont le héros Travis adoptait une démarche semblable au personnage de Kick-Ass : échapper à sa condition minable en accomplissant un acte « héroïque » aux yeux de tous mais qui se révèle quelques peu réactionnaire) ou encore avec le plan final, rappelant Les Affranchis, voyant un des personnages tirer sur le spectateur. Si la plupart des acteurs sont très convaincant, dont un Nicolas Cage délirant enfin revenu à son niveau d'antan, la vraie révélation du film, et déjà de l'année, est Chloe Moretz. Au même titre, l'année dernière, que Sam Worthington dans Terminator Renaissance ou Christoph Waltz dans Inglourious Basterds, elle efface à un tel point ses partenaires que, tout comme Tom Cruise dans Entretien avec un vampire, on finit par presque s'ennuyer lorsqu'elle n'est pas à l'écran. Nul doute que l'on a devant nous une future Natalie Portman qui avait débuté sa carrière avec le rôle de Mathilda, une jeune fille qui voulait devenir tueuse à gage, dans le film Léon de Luc Besson. De même Kick-Ass est aussi l'occasion de revoir l'un des meilleurs acteurs apparus sur les écrans ces dernières années : Mark Strong (et son emploi du temps est chargé avec prochainement rien de moins que Robin des Bois de Ridley Scott, A marche forcée de Peter Weir, The Eagle of the Ninth de Kevin Macdonald, Green Lantern de Martin Campbell et John Carter of Mars d'Andrew Stanton).

            Mais Kick-Ass est avant tout une relecture, une analyse de ces mythes modernes que sont les super-héros. Après les deux films de Christopher Nolan, Batman Begins et The Dark Knight, et l'adaptation de Watchmen - Les Gardiens par Zack Snyder, le cinéma continue à s'interroger sur ces « surhommes ». Sont-ils de grands héros que l'on doit « vénérer » ? En sauvant et parfois tuant arbitrairement, même pour le bien, ne deviennent-ils pas les porte-étendards d'une justice arbitraire au-dessus des lois ? Un homme qui porte un masque et un costume pour chasser le crime peut-il être autre chose qu'un être dérangé ? Après tout Big Daddy n'est pas un sosie de Batman pour rien. Il est porteur d'un violent traumatisme qui l'entrainera dans une vendetta personnelle qu'il fera passer pour l'accomplissement de la justice, tout comme le héros de Bob Kane mais aussi Spider-man. D’'ailleurs un super-héros peut-il exister dans la vie réelle et sans son essence même que sont les superpouvoirs ? C'est tout le parcours de Dave qui reculera à chaque fois face au danger bien trop fort pour lui. Kick-Ass est une lutte entre le fantasme ultime d'un geek mal dans sa peau qui se rêve l'idole de tous, le défenseur de la justice contre le crime et surtout le petit ami de la plus belle fille du lycée qu'il n'aurait jamais dû pouvoir se faire dans la vie réelle, et la réalité bien plus violente où l'imaginaire n'a plus vraiment sa place. Ce réel sans espoir, ni droiture, ni fantaisie est personnifié par le « bad guy » D'Amico (Mark Strong) qui refuse de voir l'amour de son fils pour les comics et qui déteste férocement tous les super-héros. D'où un final hystérique et excessif en totale opposition avec le ton du film afin de souligner la victoire définitive de Dave sur ce réel devant lequel il avait toujours reculé et qui l'avait empêché de s'accomplir définitivement en tant que super-héros. 

            Kick-Ass est donc un film de super-héros surprenant, à la fois amusant et prenant tout en se révélant bien plus profond par son analyse de cette « sous-culture » devenue incontournable. Mais de toute façon il faut impérativement voir ce film subversif pour son personnage génial de Hit-Girl. Subversif au point même de faire d'une fillette de onze d'apparence tout à fait respectable le personnage le plus « badass » de ces dernières années.

* * * * *                                                                                               

Aaron Johnson et Chloe Moretz. Metropolitan FilmExportMark Strong et Christopher Mintz-Plasse. Metropolitan FilmExport

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