Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Titre original : Anchorman 2 - The Legend Continues
Film américain sorti le 18 juin 2014
Réalisé par Adam McKay
Avec Will Ferrell, Steve Carell, Paul Rudd,...
Comédie
Le journaliste présentateur Ron Burgundy se voit offrir un poste sur une chaîne d'information 24h/24 et intègre le network avec son ancienne équipe.
Suite d'un classique de la comédie américaine des années 2000, au point que tout cinéphile qui se respecte se doit de connaître Ron Burgandy et d'être capable d'en citer une des multiples répliques cultes, ce second opus laborieux a beaucoup souffert de son interminable pré-production. Jamais drôle, arrivant trop tard et reprenant paresseusement la structure ainsi que les gags du premier pour se contenter de les mettre à la sauce "bigger and louder", Anchorman 2 n'est qu'un projet fatigué et fatigant. Etendu sur deux heures, sa dénonciation de l'information-spectacle est moins pertinante que celle du six fois moins long épisode de South Park "Course à l'audience"
Si le film d'Adam McKay n'a pas reçu un triomphe massif et un accueil dithyrambique lors de sa sortie, le premier Anchorman en 2004 a fini par obtenir le statut très mérité de "comédie culte". En effet, le film est une réussite sur plein d'aspects. D'abord par son sens du gag qui en fait l'une des meilleures productions de Judd Apatow et l'une des plus riches en termes de répliques mémorables. Logiquement, cela a aussi amené l'hilarant Will Ferrell à trouver le personnage phare de sa carrière et d'exploser définitivement sur la scène américaine (les autres pays, et la France notamment qui se charge de faire barrage afin que la population ne réalise pas à quel point son cinéma comique est à la ramasse par rapport au reste du monde, ne concèdent pas la même renommée à l'acteur américain). Ce personnage, c'est le présentateur de journal télévisé Ron Burgundy, célèbre notamment pour son costume rouge vif, sa moustache foisonnante et son "stay classy, San Diego" qui ponctue chacun de ses JT. Une star du petit écran pendant les "sixties" accompagné de trois trublions tous plus tarés les uns que les autres parmi lesquels on compte un impayable Steve Carrell en présentateur de la météo complètement attardé et potentiellement psychopathe.
Si le film ne s'embarrasse pas d'un quelconque réalisme historique en préférant jouer sur les clichés (notamment vestimentaires) que l'on confère à ces années-là, il n'est pas dépourvu d'une certaine finesse et d'une réelle densité dans sa manière de rappeler les travers sociaux qui frappaient cette époque - la mysoginie notamment, en confrontant Burgundy à la première et très ambitieuse speakerine affriolante qui risque bien de le détrôner de son cher fauteuil. Le film réussissait à peu près tout : sujet original et univers intéressant, personnages immédiatement marquants, dialogues géniaux qui entraient automatiquement dans l'inconscient collectif, une durée limitée qui intensifiait son efficacité (les productions Apatow ayant tendance à trop tirer sur la corde à leurs dépens), direction artistique loin d'être négligée, bande son classe, mise en scène efficace,... Une suite semblait inévitable mais elle a tardé à voir le jour à cause du succès timide qui avait été réservé au long métrage. Et il n'est pas impossible de croire qu'un troisième opus ne verra jamais le jour vu l'accueil mitigé au box office de ce second épisode malgré sa campagne marketing des plus agressives dans les pays anglophones, la France étant encore l'un des derniers pays à avoir le droit de découvrir le dernier ouvrage de McKay : six mois après tout le monde... autant dire que le succès d'Anchorman 2 sur le territoire risque d'être de nouveau limité à cause du piratage et de sa distribution probablement très chiche dans les salles.
En soit ce n'est pas bien grâve. Au contraire même, et c'est bien là qu'est le problème. On aurait voulu pouvoir dire que l'on voulait retrouver de nouveau Ron Burgundy pour deux ou trois autres nouvelles aventures au cinéma, mais ce deuxième film est une telle douche froide que l'on supplie les producteurs d'arrêter les frais sur le champ. Faite dix ans après le premier film, ce second épisode apparait comme l'énième preuve qu'il ne faut jamais faire de suite trop espacée dans le temps avec le précédent long métrage dont il est l'extension. Souvent, si ces projets accouchent aussi tard, c'est avant tout à cause d'une gestation douloureuse si mouvementée qu'il est presque impossible qu'un beau bébé sain finisse par en naître. Cela s'est vérifié avec les cas d'Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, de Prometheus ou encore de la sinistre prélogie Star Wars. Certes, l'écart entre les deux Anchorman est pas loin d'être deux fois moindre et, certes, le premier épisode n'avait pas l'aura de chef d'oeuvre insurpassable que se coltinaient Les Aventuriers de l'Arche Perdue ou Alien. Une amélioration était possible même si la possibilité que la suite soit inférieure au précédent long métrage prévalait largement. Néanmoins, il y a une marge entre une suite inférieure mais malgré tout honorable et un interminable enchainement de séquences décousues pas franchement marrantes.
Par bien des aspects, la structure d'Anchorman 2 apparait comme la pire envisageable : un décalque bigger and louder du premier film. Récemment, le seul exemple admirable qui partait sur un tel postulat est l'extraordinaire Happy Feet 2 et on peut difficilement dire que sa réception critique et publique ait dépassé l'entendement. En l'état, ce choix n'est pas forcément absurde vu l'un des sujets sur lequel se penche Anchorman 2, à savoir la spectacularisation et la saturation du journal télévisé au détriment de l'investigation et de la présentation objective des "news" importantes. L'ennui, c'est que cette débauche de moyens qui est allé crescendo avec le salaire de plus en plus extravagants de ces rois de la comédie U.S., devenus depuis les maîtres du box-office outre-atlantique, ne débouche pas sur des gags ou des situations bigger and louder. On remplacera ainsi le premier terme par "longueur" et le second par "lourdeur". Le film atteint très laborieusement les cent vingt minutes en multipliant les sous-intrigues inutiles qui ne se relient jamais entre elles et en reprenant les scènes qui avaient fait le succès à retardement du premier film : la flute, la déchéance de Burgundy, la confrontation avec une femme (noire cette fois afin d'être raccord avec les changements de moeurs de l'époque), la bagarre contre un animal féroce (un requin à la place d'un ours), les représailles d'un concurrent incarné non plus par Vince Vaughn mais par le transparent James Marsdem ou encore la bataille des journalistes. Autant de passages pourtant non obligés ! Et la reprise du dernier cité est la représentation parfaite de cette spectacularisation à outrance sous prétexte qu'il s'agit d'une suite : la séquence originale réunissait logiquement lors d'un caméo quelques cadors de la comédie U.S. comme Ben Stiller ; son "remake" dix fois trop long ne montre bien qu'un Jim Carrey au milieu de stars "bankable" aussi improbables que Liam Neesson, Marion Cotillard, Will Smith et Harrison Ford. L'unique effet comique qui en découle est le décalage qu'engendre leur présence dans une telle production, mais l'effet de surprise lasse au bout du dixième caméo.
Pour le reste, il n'y a pas grand chose à ajouter. L'humour est prévisible quand il ne tombe pas souvent complètement à plat. La projection d'Anchorman 2 équivaut à voir une nouvelle version de l'original, plus friquée et avec un paquet de stars fatiguées servant à faire diversion afin que le spectateur ne remarque pas que le récit cousu de fil blanc galère non seulement à faire rire mais aussi à relier d'un même mouvement les différents moments de l'intrigue voyant Burgundy faire face à une famille noire pour la première fois de sa vie, être animateur à Sea World alors qu'il a été viré de son travail (oui, encore une fois !), nager avec un requin qu'il a adopté, être aveugle avant de retrouver la vue (d'un point de vue physique et métaphorique), pour au final tenter de se réconcillier avec son fils alors qu'ils ne se sont jamais disputés. C'est aussi mou et banal que ça. Et ce n'est pas le surjeu désintéressé du casting qui relève l'intérêt.
Ferrell assure le job sans visiblement trop se fouler, Paul Rudd reste en retrait et Steve Carell s'autocaricature de manière tellement outrancière qu'il semble essayer de convaincre les futurs producteurs d'arrêter de l'embaucher pour de tels projets et de le laisser s'aventurer dans des comédies dramatiques dans lesquels il excèle actuellement (Little Miss Sunshine, Crazy Stupid Love et Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare). L'héroïne du tordant Mes Meilleures Amies Kristen Wiig, depuis elle-aussi devenue très célèbre, intègre la troupe dans le rôle fort peu utile de la fille délurée dont le personnage de Carell va tomber amoureux. Elle est au niveau du film : implication zéro et embarras maximum. S'il était intéressant de voir Ron Burgundy, l'icone du journalisme télévisé, détruire involontairement ce pour quoi sa vie est dévolue en vulgarisant les reportages afin de les rendre plus racoleurs et de conserver ainsi sa côte de popularité, le film ne fait qu'effleurer la surface. Avec six fois moins de temps, le génial épisode de South Park intitulé "Course à l'audience" en disait trente fois plus sur les dérives du journalisme télé actuel avec un humour, une efficacité et un dynamisme dont le brouillon et chaotique Anchorman 2 manque très cruellement.
2.5/10