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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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X-MEN : DAYS OF FUTURE PAST

Film américain sorti le 21 mai 2014

Réalisé par Bryan Singer

Avec Hugh Jackman, James McAvoy, Michael Fassbender,...

Fantastique, Action

Les X-Men envoient Wolverine dans le passé pour changer un évènement historique majeur, qui pourrait impacter mondialement humains et mutants.

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A la fois suite du prequel de Vaughn et suite-reboot des trois premiers X-Men, le dernier film de Bryan Singer montre un relatif regain d'énergie de la part du cinéaste. Cependant, il y a une très nette baisse qualitative par rapport au précédent opus plus rafraichissant et dynamique. Si l'intrigue réserve quelques bonnes idées narratives grâce à cet inépuisable source d'inspiration qu'est le paradoxe temporel, celles-ci peinent à contrebalancer des facilités scénaristiques agaçantes, un manque frustrant de spectaculaire, une photographie vilaine et une direction artistique peu inspirée.

La franchise X-Men est à part dans le cadre des super-héros au cinéma puisqu'elle est probablement la plus longue à ne pas avoir été une seule fois proprement "rebootée". Enfin, cela c'est ce qu'essaye de nous faire croire Bryan Singer et la 20th Century Fox avec leur dernier bébé à très gros budget : X-Men - Days of Future Past. Car dans les faits, le déroulé de la série est un brin plus chaotique que ce raccrochage de wagons sorti en mai dernier tente plus ou moins adroitement de nous faire croire. Mais revenons quinze ans en arrière pour mieux comprendre de quoi on parle. A la fin des années 1990, le super-héros était cinématographiquement mort. Le Superman de Krypton ne s'était pas relevé d'un atroce quatrième épisode sorti en 1987 et un "reboot" mené par Tim Burton et Nicolas Cage intitulé Superman Lives venait tout juste de mordre la poussière. Batman avait été assassiné de façon si ignoble par le doublé Batman Forever/Batman et Robin de Joel Schumacher qu'un retour sur les écrans ne sera véritablement envisageable qu'une décennie plus tard avec Batman Begins de Christopher Nolan - qui faisait déjà suite aux abandons successifs d'un projet mené par Darren Aronofsky et d'un autre avec Clint Eastwood en vieux Bruce Wayne. Le troisième super-héros américains populaires à l'époque, Spider-man, n'avait quant à lui toujours pas eu droit aux honneurs du grand écran pour cause d'effets spéciaux pas assez perfectionnés : James Cameron s'y était même cassé les dents quelques années auparavant.

C'est là qu'arriva Bryan Singer, jeune réalisateur tout juste auréolé par son gros succès Usual Suspects, un long métrage plus marquant pour son scénario malin que pour sa réalisation un brin pantouflarde. Il parvint à convaincre la 20th Century Fox de le mettre à la tête du projet d'adaptation des "X-Men", une bande de super-héros mutants dont le combat contre les humains faisait originellement écho à la lutte des droits civiques qui marqua les Etats-Unis au cours des années 1950 et 1960. Après que tout le monde se soit posé la question de la viabilité commerciale du film et que les puristes se soient arrachés les cheveux en se demandant pouquoi on avait choisi un grand australien pour incarner le petit et trapu Wolverine, il a fallu se rendre à l'évidence : oui, on pouvait obtenir un triomphe avec les X-Men. C'est ce film de Singer qui redonna de la vigueur au genre, amenant les studios à se lancer dans l'aventure avec tous les super-héros des catalogues DC/Marvel en craignant régulièrement des échecs au box-office mais en rencontrant finalement - et de manière parfois surprenante au vu de la popularité restreinte de certains de ces personnages - bien plus de gros succès commerciaux.

Malgré les défauts d'excution du film - des dialogues pas géniaux, une mise en scène pataude lors des scènes d'action, quelques "looks" ridicules - on se doit de reconnaître qu'il demeure une des rares réussites du genre en parvenant à établir un univers cinématographique immédiatement attachant et remarquable tout en conférant une place suffisamment importante à une spectaculaire intrigue autonome, là où la plupart des "origins movies" actuels perdent beaucoup trop de temps à introduire leur monde. Evidemment, la Fox n'a pas tardé à demander un second épisode, toujours sous la houlette de Singer puisqu'il ne fallait surtout pas changer la recette. X-Men 2 est une extension sympathique du premier film qui ne se risque jmais à déstabiliser la structure que Singer avait pré-établi. Jusqu'ici, tout va bien. Sauf que la genèse de l'inévitable troisième opus va se révéler chaotique. D'abord parce que Singer était occupé à ressusciter l'homme d'acier avec le laborieux Superman Returns (une séquence impressionnante sur cent cinquante minutes, quand même), ce qui amena la Fox à confier les rênes du long métrage à Matthew Vaughn - pas une mauvaise chose en soi puisque le cinéaste britannique avait fait forte impression avec son excellent film de mafieux Layer Cake. Le projet vira néanmoins à la catastrophe lorsque Vaughn se désista au dernier moment du poste de metteur en scène pour le refiler à l'insipide "yes man" Brett Ratner.

Malgré le fait que le troisième X-Men ait plus que correctement fonctionné au box office, celui-ci se révélait d'un intérêt pour le moins limité sur le plan esthétique et narratif. Après ce très mauvais faux pas qui voyait passer de vie à trépas une bonne partie des mutants introduits dans le premier film, la Fox a eu du mal à embrayer sur une quatrième aventure. Alors le studio s'est engagé sur un chemin de traverse : puisque le X-Men le plus populaire de la franchise était Wolverine - au point que le personnage tendait parfois à parasiter l'écran au détriment d'autres mutants super-héroïques tout aussi intéressants - il fallait donc produire des aventures autonomes avec le barbu aux griffes en adamantium. Le premier épisode en 2009 fut un désastre artistique de si grande ampleur que sa suite sortie en 2013 - infiniment plus aboutie - n'en tint même pas compte ou n'y fit pas une seule fois référence. Entre temps, Matthew Vaughn était revenu pour mettre en scène une sorte de prequel avec X-Men - Le commencement - de très loin l'épisode le plus réjouissant de la série - qui instillait le doute quant à son rattachement avec la trilogie initiale.

En revenant à la franchise avec ce Days of Future Past, Singer apporte une réponse en faisant de X-Men - Le commencement un indéniable prequel de ses deux premiers épisodes, et ce, malgré quelques incohérences temporelles et factuelles qui sont apparemment toutes sauf involontaires (l'aventure menée par Brett Ratner est rayée des mémoires). L'idée originale de cet opus qui reprend l'arc narratif éponyme de Chris Claremont et de John Byrne, et qui rappelle indéniablement les grandes lignes du Terminator 2 de James Cameron, est donc de faire se rencontrer l'univers initial de Singer avec la version rajeunie qu'en avait proposé Vaughn, et donc de confronter certains personnages avec ce qu'ils étaient quarante ans plus tôt. Cela donne lieu à quelques séquences assez poignantes dont la plus forte est cette conversation cruciale entre le jeune Charles Xavier, apeuré et refusant son handicap ainsi que ses pouvoirs télékinésiques, et le Charles Xavier vieillissant, plus sage et modéré. Le résultat final est fascinant en cela qu'il amène Days of Future Past à être le premier "reboot" cinématographique à ne pas avoir besoin de changer son casting.

En effet, le principe du dernier film de Bryan Singer est d'envoyer le Wolverine de X-Men 1 et 2 dans le passé de X-Men - Le commencement afin d'empêcher la réalisation du futur tragique vers lequel lui et ses amis se dirigent. Ainsi, en menant à bien sa mission, Wolverine rebattra les cartes et changera un certain nombre d'éléments dont - il faut être honnête - la majorité s'était déroulé dans l'embarrassant X-Men 3. Days of Future Past donne ainsi l'opportunité au cinéaste et à ses producteurs de remodeler l'univers qu'ils ont instauré ensemble quinze ans auparavant. Néanmoins, hormis ce tour de passe-passe, y a-t-il beaucoup de choses franchement neuves dans cet énième épisode ? Indéniablement, Singer a retrouvé un peu d'énergie après Walkyrie, son thriller historique gentiment mollasson avec Tom Cruise, puis son très couteux et vilain Jack le chasseur de géants. Il montre une troisième fois que c'est dans l'univers des X-Men qu'il demeure le plus inspiré ; bien que cette inspiration cinématographique soit à mesurer car l'énergie et la puissance évocatrice de sa mise en scène sont plusieurs crans en-dessous de celles qu'avait insufflé Vaughn dans la sienne à l'occasion de X-Men - Le commencement.

Sur le plan du grand spectacle, Singer montre toujours des lacunes persistantes puisqu'il ne parvient à enjoliver qu'une seule séquence : la démonstration de force orchestrée par Quicksilver, un mutant si rapide qu'il parvient à attraper les balles d'un revolver. Celle-ci est indiscutablement la scène phare du long métrage mais à l'exception de ce prodigieux passage, renforcé par des CGI et un ralenti extrême des plus convainquants, le scénario de Days of Future Past se montre excessivement chiche en termes de prouesse super-héroïque. Sachant que ce film est le plus cher produit par la Fox depuis Avatar de James Cameron, il est assez hallucinant de constater qu'il n'y a au final qu'un seul "money shot" sur plus de deux heures d'intrigue, à savoir le moment où Magneto se sert de ses pouvoirs pour soulever tout un stade au-dessus de la Maison Blanche. Alors certes, les images de synthèse y sont plus réalistes et travaillées que dans X-Men : Le commencement - Singer ayant tout de même bénéficié d'un budget et d'un planning infiniment moins contraignants que Vaughn - mais il est difficile de s'estimer satisfait lorsque l'on voit ce que le réalisateur de Layer Cake était parvenu à élaborer comme climax final malgré de telles limitations.

Une fois que l'on passe outre les deux ou trois combats qui reprennent le "principe spatial" déjà popularisé par le jeu vidéo Portal, on ne peut que constater à quel point Singer galère régulièrement à se servir de sa caméra pour dynamiser les scènes de tension ou pour iconiser ses personnages hors normes. Là où Vaughn avait su conférer suffisamment de place à une multitude de nouveaux protagonistes, Singer replace Wolverine au centre de la scène au détriment de ces mutants précédemment introduits. Le réalisateur d'Usual Suspects se débarrasse d'ailleurs de certains d'entre eux avec autant de respect que David Fincher lorsque celui-ci avait zigouillé les survivants d'Aliens dès l'ouverture de son Alien 3. Ce choix de Singer est loin d'être payant puisque son intrigue l'oblige justement à devoir jongler avec deux fois plus de protagonistes que d'habitude. C'est d'ailleurs là que réside la véritable prouesse et ambition (pécunière) de Days of Future Past : réunir sur un même projet une interminable brochette de stars. Comment s'étonner alors que le budget soit si lourd lorsque l'on doit payer les cachets des acteurs connus depuis les premiers X-Men et ceux des comédiens du précédent épisode qui viennent tout juste d'accéder à la popularité ? Ainsi, Halle Berry, Ian McKellen et Ellen Page n'ont le droit qu'à quelques minutes d'apparition et évoluent au milieu d'une galerie de nouveaux (nouveaux) mutants anonymes qui n'ont parfois pas plus de trois répliques pour exister (Omar Sy notamment, ce qui était tristement évident).

C'est donc Hugh Jackman, toujours aussi excellent dans le rôle de Wolverine, qui se partage la part du lion avec Michael Fassbender. Ce dernier, qui incarne le torturé Magneto lors de ses jeunes années, demeure le seul autre mutant réellement charismatique à l'écran. Et contrairement au Charles Xavier de Days of Future Past, dont l'évolution semble saugrenue si on le rapporte au Charles Xavier aussi incarné par McAvoy dans X-Men : Le commencement, son Magneto demeure cohérent avec la philosophie et le caractère de celui qu'il interprétait dans le film de Vaughn. Et bien que le jeu des clins d'oeils historiques - comme l'anecdote sur l'assassinat de JFK ou l'utilisation inattendue d'une chanson de Claude François dans un "blockbuster" à deux cents patates - demeure amusant, il ne parvient pas à masquer quelques ficelles scénaristiques balourdes : l'entêtement plus qu'excessif de la mutante Mystique au risque de condamner toute son espèce, la mise à l'écart gratuite mais bien commode de Quicksilver alors qu'il aurait pu aider à résoudre précocement l'intrigue, ou encore le moyen trouvé par les scénaristes pour détourner le handicap gênant de Charles Xavier. Néanmoins, on aura beau se montrer indulgent envers l'ambition initiale du projet, qui n'est pas vraiment mener à son terme, il est compliqué de s'enthousiasmer sur Days of Future Past et son acte conclusif maladroit lorsque l'on est de ceux qui préféraient la direction rafraichissante qu'envisageait Vaughn à celle qu'avait pris Singer quinze ans plus tôt.

5.5 / 10

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