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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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AMERICAN BLUFF

Titre original : American Hustle

Film américain sorti le 5 février 2014

Réalisé par David O. Russell

Avec Christian Bale, Amy Adams, Bradley Cooper,...

Comédie dramatique, Thriller

Dans l'Amérique des années 1970, un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld, et sa belle complice, Sydney Prosser, se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie DiMaso, de nager dans les eaux troubles de la mafia et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu, Carmine Polito. Le piège est risqué, d'autant que l'imprévisible épouse d'Irving, Rosalyn, pourrait bien tous les conduire à leur perte...

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Bien qu'auréolé d'un buzz sacrément exagéré lors de sa sortie - pour raison de "course à oscars" - le nouveau film de David O. Russell démontre une nouvelle fois le talent de ce dernier pour diriger les comédiens. A ce niveau-là, le résultat est à la hauteur de son casting cinq étoiles. Pour le reste, le film est impeccablement élaboré, joliment filmé, rythmé avec un excellent sens du tempo et rempli de dialogues percutants. Un ouvrage propret et prestigieux qui ne dispose donc pas de défauts majeurs de conception mais qui manque clairement d'un éclair de génie pour rendre l'ensemble mémorable.

A cinquante-six ans, le réalisateur David O. Russell semble avoir tout connu. Il y a d'abord eu le long chemin jusqu'à son premier long métrage - Spanking the monkey à trente-six ans - puis la reconnaissance artistique en 1999 avec son troisième film intitulé Les Rois du désert qui l'imposa aussitôt comme l'un des cinéastes américains les plus prometteurs apparus après l'an 2000. Il y a ensuite eu la traversée dudit désert avec la sortie moins triomphale de sa comédie J'adore Huckabees, à laquelle il faut ajouter le cas de Nailed, un long métrage avec Jake Gyllenhaal et Jessica Biel tourné de manière incomplète en 2008 avant que la Screen Actors Guild n'interrompt la production à cause d'une insuffisance budgétaire. Et enfin il y a eu le retour triomphal avec Fighter, un film de boxe assez réussi qui fut l'un des plus sérieux compétiteurs à la course aux oscars de 2010. Depuis, malgré son côté très caractériel, David O. Russell est revenu dans les petits papiers de Hollywood avec sa comédie romantique Happiness Therapy - un des concurrents majeurs aux oscars lors de la cérémonie de mars 2012 - et cet American Hustle (traduit en français avec le titre American Bluff) - aussi considéré comme l'un des plus dangereux films en lice pour les oscars qui se sont tenus en mars dernier.

Cependant, le cas de David O. Russell est vaguement problématique car il s'agit d'un artiste pour le moins frustrant. On ne peut nier que c'est un brillant directeur d'acteurs. Si tous ses films ont effectivement été aidés par leur casting flamboyant réunissant les comédiens les plus talentueux du moment, il serait mesquin de dire que Russell ne leur a pas tout spécialement permis de briller chez lui. Christian Bale, Bradley Cooper ou encore Amy Adams avaient déjà prouvé qu'ils étaient d'excellents comédiens, mais c'est en collaborant avec lui qu'ils ont délivré quelques-unes de leurs plus étourdissantes prestations. Et cela n'est évidemment pas dû au hasard. D'ailleurs, American Bluff se charge à nouveau de le prouver : Cooper montre qu'il n'a jamais été aussi bien dirigé que par Russell, Adams s'affirme une énième fois comme l'une des meilleures actrices américaines à l'heure actuelle, Jeremy Renner confirme qu'il est bien meilleur dans un cinéma moins commercial qui lui donne davantage l'opportunité de composer des personnages délicieusement complexes, tandis que Bale s'impose comme l'actuel maître de la métamorphose et de la méthode Actor Studio, au point que l'on croit occasionnellement discerner en lui l'aura et quelques mimiques d'un jeune Robert De Niro (autant dire que l'affiliation prend une toute autre dimension lorsque les deux monstres se donnent pour la première fois la réplique au cours d'une séquence jubilatoire).

Au milieu de tout ce beau monde, seule Jennifer Lawrence se révèle un peu moins convaincante, bien que la faute ne lui revienne pas spécifiquement tant elle se donne du mal pour faire croire à son personnage. Néanmoins, à cause de son âge et de ses traits juvéniles, il est difficile de la trouver très crédible dans le rôle d'une mère de famille mariée à cet Irving Rosenfeld incarné par Bale. De fait, le face-à-face qui l'oppose à la sulfureuse Amy Adams, qui interprête la maîtresse maligne et aguicheuse de Rosenfeld, joue clairement en sa défaveur. On avait d'ailleurs encore jamais vu Adams, en pleine possession de ses moyens, bruler à ce point la pellicule à chacune de ses apparitions, ce qui n'augure que du bon pour le prochain long métrage de Tim Burton, Big Eyes, dans lequel elle tient la vedette. American Bluff brille donc tout particulièrement grâce aux prestations éclatantes de ces excellents comédiens que l'on sent très impliqués sur le projet. Tout cela n'est en rien surprenant lorsque l'on se penche sur les antécédents de Russell.

Cependant, cela ne veut pas dire que le reste est relégué à l'arrière-plan. Tout dans le cadre est d'une propreté et d'une précision indéniables. Ambiance "seventies" oblige, Russell se fait plaisir avec la direction artistique d'American Bluff en se délectant visiblement à faire porter à ses acteurs toute une série de postiches abracadabrantesques et de vétêments fabuleusement démodés. La bande son est au diapason avec un paquet de classiques indémodables visant à constamment nous rappeler à quelle période se déroule l'intrigue. Pour peu, on se croirait dans un film de Martin Scorsese avec ce montage dynamique calqué sur le rythme des chansons, ces voyous hauts en couleurs, cette présence de différentes voix off qui entrainent des changements de point de vue, cette photographie clinquante,... Qu'est-ce qui fait pourtant que des films comme Les Affranchis, Casino ou Le Loup de Wall Street soient devenus des classiques instantanés alors qu'un long métrage comme American Bluff demeure absolument anecdotique ?

Ce n'est pourtant pas faute d'essayer et il serait injuste de ne pas reconnaître au dernier long métrage de Russell un certain nombre de qualités techniques. En l'état, American Bluff serait même presque irréprochable tant rien dans son exécution ne laisse à désirer. L'ennui, c'est que Russell est un artiste frustrant parce qu'il n'est qu'un bon élève. Celui qui comprend et respecte à la lettre les règles cinématographiques pour livrer au final une oeuvre carrée mais sans grain de folie, ni prise de risque. En n'osant à aucun moment outrepasser ces règles et ces conventions, Russell ne permet pas à ses films de s'élever radicalement au-dessus de ce flot hebdomadaire de films orchestrés par des réalisateurs dociles sortis d'écoles de cinéma et régurgitant mécaniquement tout ce qu'on leur y a enseigné. Si Russell avait un jour l'audace de prendre des risques, de faire quelque chose de résolument fou et d'inattendu sur le plan esthétique et/ou narratif, ses films deviendraient aussitôt beaucoup plus mémorables.

En cela, un film raté ou imparfait peut se révéler infiniment plus marquant qu'une oeuvre proprette dans laquelle jamais rien ne dépasse du cadre. American Bluff est un film sympathique à regarder. Mais il ne reste à aucun moment dans les esprits parce qu'il lui manque toujours ce grain de folie qui élèverait l'ensemble au-dessus de cette flopée de longs métrages soumis à tous ces codes visuelles et narratifs que l'on a imposé comme canons au cinéma (et pas uniquement américain, malheureusement). En l'état dans American Bluff, seuls le portrait tragi-comique de l'escroc "looser" joué par Bale et sa touchante relation avec le politicien "intègre" incarné par Renner surnagent au milieu de cet imbroglio d'intrigues frauduleuses aussi rocambolesque que nébuleuses. Le reste est à l'image des personnages : faussement débridés et imprévisibles, chaque pétage de câble n'ayant en fait absolument rien de spontané. Russell est après tout un peu comme Wes Anderson, c'est-à-dire qu'ils tendent tous les deux de plus en plus à livrer un travail scolaire, attendu et tristement mécanique. La seule chose qui leur permette de se démarquer des autres, c'est que leur aura respective est suffisamment établie à Hollywood pour qu'ils puissent à chaque fois s'appuyer sur un défilé de stars afin de transformer chacune de leur nouvelle copie en un évènement médiatique éphémère.

6 / 10

 

A cinquante-six ans, le réalisateur David O. Russell semble avoir tout connu. Il y a d'abord eu le long chemin jusqu'à son premier long métrage - SPANKING THE MONKEY à trente-six ans - puis la reconnaissance artistique en 1999 avec son troisième film intitulé LES ROIS DU DESERT qui l'imposa aussitôt comme l'un des cinéastes américains les plus prometteurs apparus après l'an 2000. Il y a ensuite eu la traversée dudit désert avec la sortie moins triomphale de sa comédie J'ADORE HUCKABEES, à laquelle il faut ajouter le cas de NAILED, un long métrage avec Jake Gyllenhaal et Jessica Biel tourné de manière incomplète en 2008 avant que la Screen Actors Guild n'interrompt la production à cause d'une insuffisance budgétaire. Et puis il y a eu le retour triomphal avec FIGHTER, film de boxe assez réussi qui fut l'un des plus sérieux compétiteurs à la course aux oscars de 2010. Depuis, malgré son côté très caractériel, David O. Russell est revenu dans les petits papiers de Hollywood avec sa comédie romantique HAPINESS THERAPY - aussi un des concurrents majeurs aux oscars lors de la cérémonie de mars 2012 - et cet AMERICAN HUSTLE (traduit en français avec le titre AMERICAN BLUFF) - aussi considéré comme l'un des plus dangereux films en lice pour les oscars qui se sont tenus en mars dernier.
 
Cependant, le cas de David O. Russell est vaguement problématique car il s'agit d'un artiste pour le moins frustrant. On ne peut nier que c'est un brillant directeur d'acteurs. Si ses tous ses films ont effectivements été aidés par leur casting flamboyant réunissant les comédiens les plus talentueux du moment, il serait mesquin de dire que Russell ne leur a pas tout spécialement permi de briller chez lui. Christian Bale, Bradley Cooper ou encore Amy Adams avaient déjà prouvé qu'ils étaient d'excellents comédiens, mais c'est en collaborant avec Russell qu'ils ont délivré quelques-unes de leurs plus étourdissantes prestations. Et cela n'est évidemment pas dû au hasard. D'ailleurs, AMERICAN BLUFF se charge à nouveau de le prouver : Cooper montre qu'il n'a jamais été aussi bien dirigé que par Russell, Adams s'affirme une énième fois comme l'une des meilleures actrices américaines à l'heure actuelle, Jeremy Renner confirme qu'il est bien meilleur dans un cinéma moins commercial qui lui donne davantage l'opportunité de composer des personnages délicieusement complexes tandis que Bale s'impose comme l'actuel maître de la métamorphose et de la méthode Actor Studio, au point que l'on croit occasionnellement discerner en lui l'aura et quelques mimiques d'un jeune Robert De Niro (autant dire que l'affiliation prend une toute autre dimension lorsque les deux monstres se donnent pour la première fois la réplique au cours d'une séquence jubilatoire).
 
Au milieu de tout ce beau monde, seule Jennifer Lawrence se révèle un peu moins convainquante, bien que la faute ne lui en revienne pas spécifiquement tant elle se donne du mal pour faire croire à son personnage. Néanmoins, à cause de son âge et de ses traits juvéniles, il est difficile de la trouver très crédible dans le rôle d'une mère de famille mariée à cet Irving Rosenfeld incarné par Bale. De fait, le face-à-face qui l'oppose à la sulfureuse Amy Adams, qui interprête la maîtresse maligne et aguicheuse de Rosenfeld, joue clairement en sa défaveur. On avait d'ailleurs encore jamais vu Adams, en pleine possession de ses moyens, bruler à ce point la pellicule à chacune de ses apparitions, ce qui n'augure que du bon pour le prochain long métrage de Tim Burton, BIG EYES, dans lequel elle tient la vedette. AMERICAN BLUFF brille donc tout particulièrement grâce aux prestations éclatants de ces excellents comédiens que l'on sent très impliqués sur le projet. Cela n'est en rien surprenant lorsque l'on se penche sur les antécédents de Russell. 
 
Cependant, cela ne veut pas dire que le reste est relégué à l'arrière-plan. Tout dans le cadre est d'une propreté précision indéniable. Ambiance "seventies" oblige, Russell se fait plaisir avec la direction artistique d'AMERICAN BLUFF en se délectant visiblement de faire porter à ses acteurs tout une série de postiche abracadabrantesques et de vétêments fabuleusement démodés. La bande son est au diapason avec un paquet de classiques indémodables visant à constamment nous rappeler à quelle période se déroule l'intrigue. Pour peu, on se croirait dans un film de Martin Scorsese avec ce montage dynamique calqué sur le tempo de chansons très rythmées, ces voyous hauts en couleurs, cette présence de différentes voix off qui entrainent des changements de point de vue, cette photographie clinquante,... Qu'est-ce qui fait pourtant que des films comme LES AFFRANCHIS, CASINO ou LE LOUP DE WALL STREET soient des classiques quasi-instantanés et qu'un long métrage comme AMERICAN BLUFF soit absolument anecdotique ?
 
Ce n'est pourtant pas faute d'essayer et il serait injuste de ne pas reconnaître au dernier long métrage de Russell un certain nombre de qualités techniques. En l'état, AMERICAN BLUFF serait même presque irréprochable tant rien dans son exécution ne laisse à désirer. L'ennui, c'est que Russell est un artiste frustrant parce qu'il n'est qu'un bon élève. Celui qui comprend et respecte à la lettre les règles cinématographiques pour livrer au final une oeuvre carrée mais sans grain de folie, ni prise de risque. En n'osant à aucun moment outrepasser ces règles et ces conventions, Russell ne permet pas à ses films de s'élever radicalement au-dessus de la masse des films correctements orchestrés par des centaines de réalisateurs dociles sortis des écoles de cinéma et régurgitant mécaniquement ce qu'on leur a enseigné. Si Russell avait un jour l'audace de prendre un risque, de faire quelque chose de résolument fou et d'inattendu sur le plan esthétique et/ou narratif, son film deviendrait aussitôt beaucoup plus mémorable, et ce, même si cette audace déséquilibrait en fin de compte le long métrage.
 
En cela, un film raté ou imparfait peut se révéler infiniment plus marquant qu'une oeuvre proprette dans lequel jamais rien ne dépasse du cadre. AMERICAN BLUFF est un film sympathique à regarder mais qui ne reste à aucun moment dans les esprits parce qu'il lui manque toujours ce grain de folie qui élèverait l'ensemble au-dessus de la flopée de longs métrages correctement réalisés car soumis à tous ces codes visuelles et narratifs que l'on a imposé comme canon au cinéma (et pas uniquement américain, malheureusement). Là où Scorsese n'hésite pas à aller dans l'excès ou à composer des plans élaborés pour participer au dynamisme des séquences au lieu de les cantonner à sursignifier un propos. En l'état dans AMERICAN BLUFF, seuls le portrait tragi-comique de l'escroc looser joué par Bale et sa touchante relation avec le politicien "intègre" incarné par Renner surnagent au milieu de cet imbroglio d'intrigues frauduleuses aussi rocambolesques que nébuleuses. Le reste est à l'image des personnages : faussement débridés et imprévisibles, chaque pétage de câble n'ayant en fait absolument rien de spontanné. Russell est après tout un peu comme Wes Anderson, c'est-à-dire qu'ils livrent tous les deux un travail scolaire, attendu et tristement mécanique. La seule chose qui leur permette de se démarquer, c'est que leur aura respective est suffisamment établie à Hollywood pour qu'ils puissent à chaque fois s'appuyer sur un défilé de stars qui transforme chacune de leur nouvelle copie en un évènement médiatique éphémère.
 
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