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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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MAINTENANT C'EST MA VIE

Film britannique sorti le 12 mars 2014

Réalisé par Kevin Macdonald

Avec Saoirse Ronan, Tom Holland, George Mackay,...

Drame

Daisy, une adolescente new-yorkaise, passe pour la première fois ses vacances chez ses cousins dans la campagne anglaise. Rires, jeux, premiers émois,... Une parenthèse enchantée qui va brutalement se refermer quand éclate sur cette lande de rêve la Troisième Guerre mondiale,...

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Sorti dans une indifférence assez généralisée, le dernier long métrage de Kevin Macdonald part d'un postulat des plus originaux qui permettant de jongler entre le drame, le "teen movie", le film de guerre et l'anticipation. Disposant d'un budget limité l'empêchant de concrétiser des séquences visuellement étourdissantes, le réalisateur emploie le hors champ avec doigté pour mieux rendre palpable le conflit international qui sert de toile de fond à son "survival romanesque". Bien que cruel, le film est une ode à la vie dont la force doit beaucoup à l'interprétation de Saoirse Ronan.

Il y a quelques années, tous les critiques du monde entier annonçaient un avenir radieux au jeune cinéaste Kevin Macdonald. Venant du milieu documentaire pour lequel il a signé quelques oeuvres marquantes comme Un Jour en septembre et Mon Meilleur Ennemi, le bonhomme s'était fait remarquer en 2003 avec le film d'alpinisme La Mort Suspendue, qui mélangeait reconstitutions fictionnelles et véritables interviews, avant de faire beaucoup parler de lui trois ans plus tard avec le puissant Le Dernier Roi d'Ecosse, un thriller politique suffocant et brutal qui révéla le talentueux acteur James McAvoy et permit à l'immense Forest Whitaker de remporter un oscar du meilleur acteur particulièrement mérité. Après un coup pareil, les espoirs les plus fous étaient permis mais, malheureusement pour lui, Macdonald n'est pas parvenu depuis à redéchainer les passions de la critique comme il avait sû le faire en 2006. On pourra encore longtemps se lamenter sur le peu d'intérêt que la filmographie de ce réalisateur suscite à l'heure actuelle alors qu'elle n'est pourtant entâchée d'aucune faute de goût. Certes, Macdonald n'a jamais retrouvé un sujet aussi fort que celui qu'il avait eu à l'occasion du Dernier Roi d'Ecosse, mais il a toujours fait preuve d'un courage louable pour ce qui est de changer de registre et de ne jamais voir ses ambitions à la baisse.

Avec Jeux de Pouvoir en 2009, il a par exemple signé un polar qui n'aurait pas dépareillé au milieu de ses semblables réalisés à l'époque du Nouvel Hollywood, bien qu'il soit évidemment inférieur et moins mémorable qu'un mastodonte comme Les Hommes du Président d'Alan J. Pakula qu'il prenait pour modèle. Deux ans plus tard avec L'Aigle de la Neuvième Légion, Macdonald réalisa l'un des rares péplums modernes qui, bien que n'ayant pas l'aura ni la puissance narrative d'un Gladiator et malgré une post-production a priori compliquée, demeure infiniment plus intéressant que la quasi intégralité des ersatz que le genre a connu au cours de ces deux dernières décennies. Macdonald est revenu en cette année 2014 avec Maintenant c'est ma vie, un étrange "teenage movie" dramatique dans lequel une adolescente doit faire face aux tourments inhérents à son futur passage à l'âge adulte tout en étant confrontée à l'irruption impromptue de la Troisième Guerre mondiale.

Bien que n'ayant pas les moyens financiers suffisants pour se permettre un déluge d'effets spéciaux et d'imposantes séquences de batailles explosives, Kevin Macdonald parvient à jongler avec différentes tonalités et à rendre palpable la tension engendrée par ce conflit international qui demeure résolument hors du cadre de la caméra. On ne saura rien sur les motivations qui ont entrainé l'humanité toute entière à se tirer dessus et on ne saura pas non plus qui sont ces soldats ennemis qui viennent menacer l'Angleterre sur son propre territoire. Peu importe au final quand le propos du long métrage est justement de révéler cette part de bestialité que les hommes - par là, il faut entendre TOUS les hommes - ont au plus profond d'eux-mêmes. Savoir que les adversaires sont russes, iraniens, coréens ou brésiliens ne change rien à l'affaire et n'a strictement aucun impact sur l'intrigue d'une façon générale, ni sur l'évolution de l'héroïne d'une façon plus spécifique. Ainsi, la grande force de Maintenant c'est ma vie est cette représentation abstraite de la guerre qui est réduite ici à des motifs simples mais immédiatement évocateurs. Dans le long métrage de Kevin Macdonald, une pluie de cendre suffit par exemple à rendre compte de l'annihilation d'une métropôle lointaine.

Le réalisateur écossais emploie donc le hors champ (ce qui n'est pas montré) avec une certaine acuité et parvient à rendre palpable toute une imagerie morbide et apocalyptique pourtant presque constamment absente de l'écran. Car ne pas montrer quelque chose n'empêche évidemment pas de le voir. Ce principe a déjà été régulièrement utilisé dans bon nombre de films sur la guerre, notamment dans La Liste de Schindler de Steven Spielberg qui constitue carrément le porte étendard de ce principe - le film avait été accusé par les critiques d'éluder l'horreur de la Shoah en privilégiant une intrigue optimiste alors que l'irreprésentabilité de cette horreur fait qu'elle demeure constamment perceptible bien que n'étant pas "visible". Afin de symboliser la déliquescence d'une humanité en proie à la folie guerrière, Macdonald se contente parfois d'un plan ou d'un simple personnage pour la signifier au moins aussi fortement que s'il avait concrètement représenté des charniers et des massacres sanguinaires.

Mais bien qu'il s'intègre sans mal dans le domaine de l'anticipation et du long métrage de guerre, Maintenant c'est ma vie est avant tout un drame sur l'adolescence et l'inévitable perte de l'innocence qu'elle implique. Si on devait donc le comparer à un film de Spielberg, Maintenant c'est ma vie trouverait un écho plus évident auprès de l'injustement méconnu L'Empire du Soleil dans lequel un jeune garçon (incarné par un Christian Bale qui livrait déjà la plus belle interprétation de sa désormais florissante carrière) était séparé de ses parents au cours de l'invasion de Shanghai par les Japonais après l'attaque de Pearl Harbour. A l'instar de ce Jim Ballard capricieux venant d'une famille de bourgeois aisés, l'héroïne de Maintenant c'est ma vie - jouée par la toujours très juste Saoirse Ronan - est au départ une pimbêche capricieuse auquel il n'est pas facile de s'identifier. Néanmoins, par la force des choses et devant les terribles épreuves que les deux adolescents vont traverser au cours de leurs aventures respectives, ils vont parvenir à obtenir notre attachement et notre admiration en se révélant capable de changer et de gagner en maturité.

Evidemment, l'histoire de Maintenant c'est ma vie est vieille comme le monde. Le propos du long métrage n'est pas franchement révolutionnaire ou même nouveau. Cependant, cette "perte de l'innocence" est relatée avec une justesse assez touchante et le cinéaste refuse régulièrement - surtout lors de la seconde moitié de l'intrigue - d'aseptiser la cruauté et la violence de certaines séquences. Sans faire dans la putasserie ou le tape-à-l'oeil, Macdonald parvient ainsi à dresser le portrait complexe d'une jeune fille angoissée par le monde et qui va paradoxalement réussir à à s'y attacher alors que celui-ci est en train de péricliter. Alors que son héroïne est caractérielle et faillible, Macdonald ne se montre jamais condescendant ou moralisateur envers elle, ce qui est en soit un véritable prodige là où la plupart des longs métrages sur des adolescentes - et ce, peu importe le pays où ils sont produits - tend à les juger et à les modeler afin de les faire correspondre à un idéal élaboré par une société toute patriarcale - soumise d'une quelconque façon aux hommes, incapable de prendre des décisions, propre sur elle et vierge jusqu'au mariage,... le genre d'image peu flatteuse que diffusent des phénomènes de masse comme Twilight ou 50 Nuances de Gris à l'intention de leur public féminin. Dommage donc qu'un tel film ne rencontre pas ne serait-ce qu'un succès d'estime. Tant pis. Macdonald, fidèle à son mode de fonctionnement, reviendra dans quelques mois avec un film d'aventure sous-marin mené par Jude Law et intitulé Black Sea.

6.5 / 10

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