Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Film français sorti le 15 janvier 2014
Réalisé par Jean-Marie et Arnaud Larrieu
Avec Mathieu Amalric, Karin Viard, Maïwenn
Thriller
Professeur de littérature à l'université de Lausanne, Marc a la réputation de collectionner les aventures amoureuses avec ses étudiantes. Quelques jours après la disparition de la plus brillante d'entre elles qui était sa dernière conquête, il rencontre Anna qui cherche à en savoir plus sur sa belle-fille disparue...
La neige et le froid sont décidément de bien bonnes sources d’inspiration pour les thrillers. Quoi de mieux en effet qu’une brume épaisse ou un paysage silencieux d’un blanc immaculé pour créer une ambiance propice aux résolutions d’affaires plus ou moins glauques ou mystérieuses ? C’est ainsi qu’il y a deux ans David Fincher sortait sa bombe Millenium ou que Denis Villeneuve nous livra cette année l’excellent Prisoners. En France, le genre est tombé en disgrâce. Si Matthieu Kassovitz réalisa Les Rivières Pourpres, un film prometteur mais hélas grand-guignolesque qui retombait comme un soufflé durant ses vingt dernières minutes, la France, frileuse – c’est le cas de le dire – n’a guère fourni que des comédies policières indignes de Fargo, utilisant l’humour pour cacher sa honte de produire un film policier. L’amusant mais terriblement anodin Le Crime est notre affaire de Pascal Thomas en est un parfait exemple.
C’est dans ce contexte qu’arrive L’Amour est un crime parfait des frères Larrieu. Ces derniers forment un intéressant duo fraternel qui, s’il n’est en rien comparable à ceux formés par les Coen ou par les Wachowski, a au moins le mérite d’afficher une certaine cohérence tout en essayant de se renouveler. Même si l’on reste dans le trip gentiment bobo si cher au cinéma français – le personnage principal étant un professeur de lettres à l’EPFL. vivant dans un chalet isolé – les réalisateurs se frottent au polar après avoir traité de la fin du monde dans leur précédent film. L’histoire se déroule donc dans le charmant pays des Helvètes, et notamment dans la très cinégénique Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Le premier point fort soulevé est le rendu esthétique du film. Il est enthousiasmant de voir que le cinéma français commence à devenir agréable pour les yeux, tendance annoncée cette année par Landes, YSL, en attendant le très excitant Mea Culpa. Et même si l’on attend toujours un chef opérateur de la trempe d’un Roger Deakins – on peut toujours rêver – il est possible que les nominations pour le César de la meilleure photographie soient moins risibles cette année.
Mais si l’on pouvait certes s’attendre à un beau film d’après la bande-annonce, cette dernière annonçait aussi de bien mauvaises choses. À commencer par le délire erotico-pouêt-pouêt terriblement saoûlant que nous fait régulièrement subir le cinéma français. Ainsi, au-delà de l’évocation d’une relation (quasi ? -) incestueuse qui peut encore apporter une certaine profondeur au récit – et qui était déjà dans le livre de toute façon - on nous fait subir le plan de la vieille frustrée qui boit sa tisane en petite tenue SM et Matthieu Amalric se fout à poil – encore. Tout cela est gratuit et pas très mature. Loin de là l’idée de jouer les ayatollahs du 7ème art, mais il ne faudrait pas non plus tomber dans la puérilité visant à choquer – la catastrophique scène de La Vie d’Adèle, totalement irréaliste et voyeuriste, est un exemple flagrant de raté.
L’autre inquiétude résultait de la tendance à « faire du verbe » que semblait indiquer l’avant-dernière phrase de la bande-annonce, qui y tombe comme un cheveu sur la soupe comme pour déposer le label « cinéma in-te-llec-tuel » mais qui, heureusement, se justifie dans le film. Plus surprenant encore, le film se moque des personnes qui citent à tort et à travers pour se donner un cachet comme un vulgaire Jean-Luc Godard qui, s’il fut intéressant à une époque, nous fait bien de la peine aujourd’hui. La dernière grosse inquiétude provenait en fait du casting. Car à bien y réfléchir, celui-ci n’était pas des plus excitants. On retrouve entre autres la très crispante Sarah Forestier qui, pour le coup, est parfaite pour son rôle de peste insupportable, et Maïwenn Le Besco, ambassadrice par excellence du cinéma sincère mais laid. Pourtant, ces deux actrices sont en fait très bien dirigées, et on découvre ravi un potentiel insoupçonné chez Maïwenn. Quant à l’homme qui volait toutes les scènes dans Munich – un amusant clin d’œil est d’ailleurs fait à sa collaboration avec Spielberg – il porte le film sur ses épaules bien qu’il ait parfois tendance à sonner faux, ce qui est surprenant quand on est dirigé par les metteurs en scène dont on est l’acteur fétiche.
La meilleure surprise du film réside dans un mensonge : L’Amour est un crime parfait ne tient pas ses promesses. Contrairement à ce que laisse entendre la bande-annonce, on devine très rapidement ce qui est arrivé à l’élève disparue et qui est responsable. L’intérêt n’est pas dans l’enquête, mais plutôt dans les errances d’un homme qui se sait incontrôlable et comprend donc qu’il est un danger pour lui et pour ses proches bien qu’il refuse de l’admettre. Il se réfugiera donc dans l’amour protecteur d’une femme – segment central et très touchant – dans l’amour incestueux d’une autre et dans l’amour pervers d’une dernière – segment assez inutile du film même s’il met en valeur la prise de conscience du héros quant à ses troubles de la personnalité. On trouve d’ailleurs dans le film une étonnante séquence choc de bad trip qui n’a rien à envier au dernier film de Martin Scorsese – pour le coup très puéril. La tension, palpable, monte donc jusqu’à la scène finale, très belle mais hélas totalement incohérente et irréaliste. Mais la mise en scène provoque une suspension d’incrédulité qui fait que cela passe auprès du spectateur, qui est prêt à rester dans l’illusion. Tout comme le héros : l’amour est un crime parfait, mais pas celui auquel on pense.
7/10