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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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La Vie Rêvée de Walter Mitty

Titre original : The Secret Life of Walter Mitty

Film américain sorti le 1 janvier 2014

Réalisé par Ben Stiller

Avec Ben Stiller, Kristen Wiig, Sean Penn,...

Aventure, Comédie dramatique

Walter Mitty est un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n'ose s'évader qu'à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Walter doit trouver le courage de passer à l'action dans le monde réel. Il embarque alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu'il aurait pu imaginer jusqu'ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais. 

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Remake d'une comédie gentiment naïve comme Hollywood en produisait des centaines pendant les décennies 1940-50, ce nouveau film du trublion Ben Stiller se révèle à la fois son plus sage - de par les ficelles narratives qu'il emploie et la tonalité plus "grand public" de son récit - mais aussi son plus complexe à élaborer - en termes d'émotions. En résulte un film honnête, sincère, parfois un brin amer, mais qui est avant tout un appel à l'aventure afin d'aller à la rencontre d'autrui ainsi qu'un hommage subtil, et finalement assez important dans notre monde obnubilé par les paillettes, envers les petites gens qui permettent en secret l'élaboration des grandes oeuvres d'art.

Comme bon nombre d'acteurs excellant dans le genre de la comédie, Ben Stiller recherche le contre-emploi afin de montrer qu'il est capable d'autres choses que de faire (immensément) rire les spectateurs. Comme bon nombre d'acteurs ssez célèbres, et par conséquent assez puissants, Ben Stiller a décidé de se frotter à d'autres postes de cinéma dont celui, très courtisé, de "réalisateur". En effet, quoi de mieux que de mettre en scène ses proprs histoires afin d'avoir un contrôle absolu sur sa carrière et son image. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même. Néanmoins, contrairement à bon nombre d'acteurs, Ben Stiller a impecablement sû négocier son virage derrière la caméra. Après les hilarants Disjoncté, Zoolander et Tonnerres sous les tropiques d'une facture esthétique on ne peut plus décente, le dernier étant une satire mordante du milieu hollywoodien se basant sur une relecture parodique du making-of Hearts of Darkness qui relatait le tournage très chaotique de l'Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, Stiller s'est attelé au remake d'une comédie de 1947, La Vie Rêvée de Walter Mitty, mise en scène par Norman Z. McLeod et avec Danny Kaye dans le rôle-titre.

Si Stiller, qui s'est logiquement attribué ce personnage principal complètement lunaire et un brin maladroit, reste malgré tout sur un terrain relativement connu pour lui, il va cependant moins du côté de la méchante gaudriole comme dans ses précédents longs métrages afin de privilégier une douceur et une sensibilité peut-être plus convenues mais aussi plus délicates à mettre en place sans qu'elles ne sombrent dans la mièvrerie la plus complète. Le classicisme de son récit est clairement le plus gros reproche que l'on pourra faire à son dernier film mais La Vie Rêvée de Walter Mitty intègre néanmoins sans problème la courte liste de ces films dont le déroulé prévisible car balisé constitue en fait l'élément central de leur réussite. On attend effectivement de ce type de longs métrages qu'ils passent par certaines étapes obligées, et gare à eux s'ils osent dévier de leur trajectoire et ne pas nous donner pleine satisfaction ! Les plus cyniques iront dire que ces propos sont une apologie de la consensualité et une incitation à l'absence d'originalité ; disons plutôt que le dernier ilm de Stiller s'inscrit dans la petite lignée des beaux films classiques (et non académiques) qui respectent des codes narratifs et des recettes hollywoodiennes élaborés plusieurs décennies en amont et qui ont depuis largement sû faire leurs preuves.

Récemment, parmi les grnds succès du genre, on a eu droit aux bouleversants et très intenses films "sportifs" Warrior et Rush. Si La Vie Rêvée de Walter Mitty est moins énergique et emphatique que ces deux derniers, le film fonctionne grâce au même système : la structure du récit, déjà connue à l'avance, joue avec les attentes des spectateurs afin de les satisfaire avec une ferveur si puissante qu'on ne peut en tenir rigueur à son metteur en scène qui officie alors moins comme un artiste que comme un hôte bienveillant aux manières admirables. Le spectateur vient d'abord dans ce genre de projection pour vivre une aventure dans laquelle il se sentira en lieu sûr, conforté et cajolé, plutôt que pour y admirer une "oeuvre d'art" pleine de prétentions et d'ambitions formelles. Cela ne veut pas dire que le nouveau long métrage de Stiller est "plan-plan". Au contraire puisque contrairement à ce que son apparence plus modeste (moins de stars que dans Tonnerres sous les tropiques, une histoire plus intimiste) pourrait laisser croire, cette Vie Rêvée de Walter Mitty est probablement ce que Stiller a réalisé de plus complexe.

En effet, le film se délecte à faire alterner la vie réelle de prime abord très terre-à-terre de Walter Mitty avec sa "vie rêvée". D'un côté, on le voit en temps que développeur de photographies au service d'une grande revue sur le point de voir ses locaux fermer pour cause de crise économique ; de l'autre, on le voit en temps que brave (super) héros accomplissant des prouesses extraordinaires (à grands renforts de CGI bien mieux employés par Stiller que par bon nombre de cinéastes de blockbusters spectaculaires) dans le but de sauver cette dulcinée secrête qui ne semble jamais remarquer le trop discret et timide bonhomme. Lorsque Mitty se retrouve obligé de sortir de sa rassurante métropole américaine pour s'élancer à travers le monde fin de retrouver le négatif manquant de l'image la plus précieuse qu'aurait pris le photographe-phare du journal dont il est le développeur attitré, les péripéties fantastiques qu'il va traverser vont se greffer aux aventures dans lesquelles il se projetait auparavant. Et Walter Mitty d'accomplir ce qu'il fantasmait de faire en osant enfin sortir de son imaginaire merveilleux pour vivre dans un monde réel pouvant l'être tout autant une fois que l'on se donne la peine d'aller à la rencontre d'autrui et de quitter temporairement l'artificialité étouffante, sécurisante et paradoxalement angoissante de la ville.

Stiller choisit par contre intelligemment de ne pas jouer sur cette éternelle ligne floue entre le fantasme et la réalité. D'autres films se sont déjà chargés au préalable de jouer avec cette idée d'un réel gangréné par le virtuel à l'instar du Total Recall de Paul Verhoeven, de l'Inception de Christopher Nolan et bien sûr de la trilogie Matrix des Wachowski auquel Stiller fait un savoureux clin d'oeil lors d'une scène au cours de laquelle son personnage doit choisir entre une voiture rouge et une voiture bleue pour partir à la recherche du fameux artiste-photographe, faisant ainsi écho à la célébrissime séquence voyant le mentor Morpheus proposer deux pillules de la même couleur au jeune Neo afin qu'il choisisse s'il veut rester dans l'illusion de la matrice ou découvrir la terrible vérité sur sa condition véritable. Stiller ne fait pas dans la redite sur ce plan-là, d'autant plus que les oeuvres précitées ont déjà un peu tout dit sur le sujet, et souvent de manière très magistrale.

Car le centre du denier film de l'acteur-cinéaste réside moins dans son propos philosphique ou son caractère hautement réflexif que dans son coeur et sa capacité à toucher infiniment de manière immédiate. A ce niveau, Stiller rejoint sans problème - toutes proportions gardées évidemment - la catégorie des réalisateurs comme Spielberg qui brillent moins par leur grande culture et leurs discours percutants (même s'ils peuvent clairement en avoir) que par leur insurpassable aptitude à savoir ce qu'il faut faire afin de bouleverser le spectateur. Pour ce type d'artistes, le cinéma est moins un art intellectuel qu'un art sensoriel et émotionnel. Comme c'est régulièrement le cas avec les plus doués d'entre eux, Stiller y parvient avec un déroulement d'une totale simplicité pour aboutir à une conclusion aussi évidente que sincère. Le coeur de ce Walter Mitty n'est pas dans le personnage féminin principal parfaitement incarné par Kristen Wiig, qui se fait pardonner sa piètre performance dans Anchorman 2 - Légendes Vivantes, et qui bouleverse pourtant à sa façon l'existence du héros (notamment lors d'une reprise de "Space Oddity" de David Bowie).

Non, le véritable moteur de l'intrigue n'est autre que ce photographe de génie. Un mystérieux baroudeur auquel Sean Penn apporte adéquatement ses traits marqués pour ce rôle qui est le plus marquant de sa récente carrière et que Mitty, ainsi que tous les autres gens sur cette Terre semble-t-il, n'a jamais eu l'opportunité de rencontrer alors qu'il est l'un des rouages essentiels dans la célébrité de l'artiste puisqu'il est l'homme de l'ombre grâce auquel ses oeuvres sont visibles au public qui l'acclame. A l'image de ce très beau plan fantastique au cours duquel un Sean Penn photographié se met à s'animer et incite Mitty à partir à sa poursuite aux quatre coins du globe, c'est ce véritable alter ego idéalisé de Mitty qui fait avancer le récit en amenant le héros à pénétrer dans sa photo, et donc dans ce vrai beau monde qu'il capture, pour aller à sa rencontre. Cette dernière demeure le gros morceau de l'histoire, à la fois celui qui l'élève par sa nature douce-amer quant à une certaine forme de désacralisation lorsque l'on rencontre enfin son idole, mais aussi parce qu'elle entraine logiquement la révélation finale sur ce que montre la photo. Le film de Stiller est ainsi une invitation au voyage tout en étant un éloge au petites gens qui, même si elles ont tendance à s'effacer aux yeux d'un public qui ne voit que "l'Artiste" derrière une oeuvre, demeurent les instigateurs passionnés et les ouvriers acharnés des grandes choses. Un beau film honnète donc, touchant dans sa sincérité et dont le héros, toujours dans la lune et toujours en train de courir, rappellera forcément un certain Forrest Gump, ce qui n'est pas le moindre des compliments.

7 / 10

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