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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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La Grande Aventure LEGO

Titre original : The Lego Movie 

Film américain sorti le 19 février 2014

Réalisé par Phil Lord et Chris Miller

Avec les voix de Chris Pratt, Will Ferrell, Morgan Freeman,...

Animation, Aventure, Comédie

Emmet est un petit personnage banal et conventionnel que l'on prend par erreur pour un être extraordinaire, capable de sauver le monde. Il se retrouve entraîné, parmi d'autres, dans un périple des plus mouvementés, dans le but de mettre hors d'état de nuire un redoutable despote. Mais le pauvre Emmet n'est absolument pas prêt à relever un tel défi !

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Continuant à suivre leur mantra voulant qu'ils s'attèlent avec brio aux projets que l'on croit perdu d'avance, le duo de cinéastes livre ce qui devrait être l'un des meilleurs films d'animation de l'année. Gardant coûte-que-coûte l'apparence d'un long métrage en "stop-motion" rendant hommage aux innombrables courts animés ayant pris les LEGO comme personnage principaux, le film libère néanmoins sa mise en scène grâce à l'emploi des images de synthèse. En résulte une hilarante comédie d'aventure campbellienne d'une inventivité telle que l'écran ne semble jamais assez grand pour contenir toute l'action qui s'y déroule.

Phil Lord et Chris Miller ne sont pas encore connus mais ils mériteraient clairement de l'être tant leur talent et les prises de risques qu'ils prennent sur chaque film les imposent comme un duo essentiel au sein du groupe réunissant les plus passionnants "jeunes" cinéastes américains officiant à l'heure actuelle et parmi lesquels on compte les mastodontes "artistiques" Wes Anderson (Moonrise KingdomThe Grand Budapest Hotel), James Gray (La Nuit nous appartient, The Immigrant) et Paul Thomas Anderson (There Will Be Blood, The Master), les nouveaux maîtres du grand spectacle Brad Bird (Les Indestructibles, Mission Impossible - Protocole Fantôme) et Gore Verbinski (Rango, Lone Ranger) ou encore les  "faux-petits" Joe Carnahan (Le Territoire des Loups), Jeff Nichols (Take Shelter, Mud), Rian Johnson (Looper) ou encore Jim Mickle (We Are What We Are). Leurs noms ne disent pas encore automatiquement quelque chose à l'inconscient cinéphilique et pourtant, leurs deux films précédents ont été des cartons au box-office d'autant plus inattendus qu'ils semblaient perdus d'avance par leur concept même.

Ils ont commencé à faire parler d'eux en 2009 avec leurs premiers pas dans le cadre du long métrage d'animation. Personne ne misait un kopeck sur Tempête de boulettes géantes - Cloudy With A Chance Of Meatballs en version originale - titre génialement loufoque résumant parfaitement l'idée complètement cinglée du film qui voyait un inventeur raté affronter un cyclone de nourriture engendré par sa machine qui visait à vaincre la faim dans le monde avant qu'elle ne pête une durite et ne démolisse sa ville natale. En plus de jouer avec les codes (tout en les respectant) de ce genre éculé qu'est le "film catastrophe", cette aventure mélangeait parfaitement les scènes d'action et de destruction, d'une inventivité et d'une efficacité indéniable, avec un humour constant absolument impayable qui n'etouffait pas la bonne dose d'émotions qui provenait des multiples rapports passionnants liant les divers protagonistes de l'intrigue. Une belle réussite qui permit aux deux cinéastes de faire leurs débuts dans le cinéma "live" avec un autre projet apparemment voué à l'échec : l'adaptation de la série télévisée 21 Jump Street. L'exercice était casse-gueule à plusieurs niveaux. D'abord parce que le long format télévisé se marie habituellement mal avec le grand écran qui n'aime généralement pas s'étendre sur une durée de plus de deux heures trente. Aussi et surtout parce que cette série précise est perçue aujourd'hui comme absolument ringarde de par son esthétisme "1980s" et son postulat de départ complètement inadapté à une ère où le 7ème art ne juge plus que par le réalisme post-11 septembre (l'unique fait de gloire que l'on reconnaisse actuellement à la série a été de révéler le "minet" Johnny Depp). Si l'on ajoute à cela que le duo principal était formé de l'hilarant Jonah Hill et de l'inexpressif et musclé Channing Tatum, on était en droit de douter de l'alchimie qui allait se dégager lors de la projection du résultat final.

"Monumental Erreur", comme dirait l'autre. Le film triompha au box-office au point qu'une suite est prévue pour cet été - toujours avec le duo aux manettes et avec le titre logique de 22 Jump Street - et se révélait surtout comme l'une des meilleures comédies d'action de ces dernières années, aussi féroce et touchante qu'impertinante et bien construite, suivant à la lettre la démarche frondeuse de Brian De Palma sur Mission Impossible en démollissant la mythologie de la série télévisée pour mieux la remodeler au cinéma tout en la faisant correspondre à l'identité des artistes derrière la caméra. Les retrouver sur un nouveau film d'animation employant les personnages-jouets LEGO était de fait assez évident. Le projet a certainement une origine bassement marketing, à l'instar de plusieurs de ces films récents qui vont jusqu'à se reposer sur une marque de jeu pour construire une intrigue. Mais il n'est pas absurde comme pouvait l'être un Battleship ("Touché Coulé" à 200 millions de dollars). En effet, les célèbres petits personnages jaunes confèrent une liberté de création quasi infinie - on peut tout aussi bien les employer pour une parodie que pour une aventure inédite aux tonalités très variées. Les deux réalisateurs n'étaient ainsi pas franchement coincés par un carcan préalable ou par des "règles" de jeu lorsqu'ils ont élaboré puis mené leur histoire.

Et le long métrage final est une merveille foisonnant d'idées pertinantes et inattendues. Une oeuvre d'une richesse délirante tant sur le plan visuel - les animateurs se sont fait très plaisir de ce côté-là - que narratif. On n'échappe pas à un petit côté parodique, les LEGOs ayant déjà repris la plupart des célébrités historiques et des personnages iconiques de cinéma. Mais à l'instar d'un Edgar Wright, Lord et Miller ne limitent pas ces clins d'oeil à des coups de coude faciles avec le spectateur et ceux-ci fonctionnent aussi sur un premier degré de lecture. Ainsi, les références au Matrix des Wachowski et au fameux "trip" du 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick ont d'abord une dimension comique évidente mais servent aussi à montrer l'éveil de ce LEGO désespérément normal qui, après une "révélation" délicieusement métaphysique (le film allant évidemment jusqu'au bout de son concept à l'instar de la trilogie Toy Story), va suivre scrupuleusement les étapes décrites par le sociologue Joseph Campbell pour devenir un vrai "héros". Encore une fois, Lord et Miller s'amusent avec ces codes ancestraux tout en les respectant puisqu'ils n'otent pas la dimension dramatique et parfois franchement émouvante du parcours de leur personnage principal. Il n'est pas surprenant que ce LEGO comme tout le monde se retrouve à cotoyer Batman, un chevalier jedi ou les mages d'Harry Potter et du Seigneur des Anneaux puisqu'il doit suivre le même chemin que ces derniers vers cette "excellence" qui doit lui permettre d'utiliser ce mystérieux pouvoir qui est en lui et qui peut réduire à néant la menace pesant sur son monde.

Là où le duo de cinéastes est fort malin, c'est qu'il détourne la morale de ce genre de quête en pervertissant le sens de cette prophétie initiale que déclame le sage Vitruvius (évidemment doublé par la voix si reconnaissable du vénérable Morgan Freeman). Ainsi, l'identité du héros n'importe plus puisqu'il y a un héros potentiel en chacun de nous. "L'Elu" capable de sauver le monde est celui qui saura y croire et qui saura le réveiller. Là où toute quête campbellienne qui se respecte montre l'accomplissement d'un individu - ce que fait en partie le film avec Emmet qui transcende sa condition imposée de "LEGO sans originalité" - Lord et Miller montrent aussi que l'union fait la force et qu'un héros seul ne peut être que bien piètre sans ses acolytes qu'il est supposé aider à se "surpasser". Ainsi, la banalité de ce héros né dans un monde où tout est minutieusement réglementé afin d'empêcher toute pensée farfelue d'apparaitre vient harmonieusement "se marier" avec l'excentricité de ses compères. L'imagination trop débordante n'est pas préférable à l'absence d'imagination ; l'important est de savoir la diriger pour l'exprimer de la manière la plus personnelle et évidente qui soit.

Et histoire d'aller au bout des choses, Lord et Miller montrent qu'ils ont conscience de la nature commerciale de leur projet. Ainsi, les cinéastes créateurs sont, à l'instar de cette troupe de LEGOs "spéciaux", confrontés à des producteurs obnubilés par les chiffres et une consensualité rassurante. L'emploi de la chanson "Everything is Awesome" est à l'image de cette double lecture : composée pour le film afin de devenir un "hit" vendeur, elle est incorporée dans le récit comme le symbole de la docilité de ces LEGOs asservis par le vilain despote au sourire commercial Lord Business (le nom ne trompe pas !). Ainsi, la lutte d'Emmett vers la liberté de fabriquer quelque chose d'original est la retranscription de la lutte des cinéastes ; la morale de l'intrigue est littéralement l'idéal artistique que revendiquent et cherchent à atteindre Lord et Miller. Un discours intelligent et bien construit qui est loin de prendre le spectateur pour un idiot. Cela ne met pas de côté le "fun" de cette histoire rocambolesque où les morceaux de bravoure sont renforcés par une prouesse technologique aussi sidérante qu'à propos. Tout semble animé avec des LEGOs, jusque dans la texture de l'eau et des explosions, mais l'animation par image de synthèse permet à la caméra d'être complètement libérée des contraintes physiques de la "stop-motion" (l'animation image par image). La touche finale de ce tableau quasi parfait est son casting vocal impeccable, de Chris Pratt à Elizabeth Banks et de l'impayable Will Ferrell à Liam Neeson, complètement tordant en bon flic/mauvais flic aussi schizophrène que le Gollum du Seigneur des Anneaux. Il est donc difficile de ne pas considérer que "tout est génial" dans cette aventure. Avec ce nouveau succès, suivi vraisemblablement de celui de 22 Jump Street cet été, Phil Lord et Chris Miller ont a présent les coudées franches pour laisser libre cours à leurs plus folles ambitions. C'est tout ce qu'on leur souhaite vu l'immense potentiel qu'ils ont déjà fait transparaitre.

8 / 10

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