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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Red Lights

Film américano-espagnol sorti le 11 avril 2014 [Directement en DVD]

Réalisé par Rodrigo Cortes

Avec Robert De Niro, Sigourney Weaver, Cillian Murphy,...

Thriller

Le Dr. Margaret Matheson est une psychologue spécialisée dans l'étude des phénomènes paranormaux. Lorsque le légendaire médium Simon Silver refait surface après trente ans d'absence, elle met en garde son assistant Tom Buckley. Mais celui-ci est déterminé à découvrir la vérité sur ce mystérieux et charismatique individu...

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Tourné en 2012, ce thriller fantastique est un nouvel ersatz au rabais du Sixième Sens de M. Night Shyamalan. Se croyant malin, le réalisateur-scénariste-producteur-monteur à qui l'on doit le conceptuel Buried se prend les pieds dans le tapis en livrant une intrigue à twists tous aussi surprenants que mal amenés - voire relativement absurdes dans le cadre du récit. Si sa mise en scène abuse de ficelles éculées pour faire monter une tension, elle reste efficace tandis que son beau casting est malheureusement parfois en roue-libre. Des promesses et de l'ambition, mais l'ensemble s'écroule avec un final se voulant bouleversant mais n'étant en fait que grand-guignolesque.

En 2010, Rodrigo Cortes avait fait sensation lors de sa tournée des festivals célébrant le cinéma indépendant. Son premier film intitulé Buried était en effet un thriller conceptuel qui avait plusieurs atouts dans sa manche. S'il s'étirait un peu trop en longueur en rajoutant quelques malheureux rebondissements rocambolesques, il parvenait à tenir son délicat parti-pris jusqu'au bout. Pas facile pourtant quand celui-ci visait à dérouler une intrigue de "survival" dans le cadre très étriqué d'un cercueil. Mais l'idée de base était suffisamment forte pour capter durablement l'attention du spectateur malgré quelques sursauts trop manipulateurs pour être honnêtes : un homme se réveille tout-à-coup après avoir été mis en bière six pieds sous terre pour une raison qu'il ignore. Jouant sur les peurs primales qu'engendrent la claustrophobie et l'enfermement, Cortes montrait une véritable aisance dans sa façon de réinventer sa mise en scène à chaque séquence. En plus de cela, et malgré une conclusion d'une certaine manière assez déçevante, Buried rappelait que le "beau gosse" Ryan Reynolds pouvait occasionnellement se révéler être un très bon acteur dramatique - ce dernier ayant la facheuse tendance à l'oublier en participant à des "blockbusters" aussi embarrassants que Green Lantern et RIPD.

Le succès fut au rendez-vous et Hollywood fit aussitôt du pied au jeune prodige. Cortes en profita pour enchainer directement avec un autre long métrage plus ambitieux disposant d'un casting cinq étoiles - Sigourney Weaver, Robert De Niro ou encore Cillian Murphy - tout en étant toujours aussi libre de ses mouvements. Le bougre cumula ainsi les postes lui assurant le contrôle total de ce thriller fantastique qu'est Red Lights ; il y est à la fois le réalisateur, l'unique scénariste, le producteur et même (malheureusement) le monteur. Pourtant, malgré ses ambitions initiales et ses nombreux arguments qui auraient dû jouer en sa faveur, ce long métrage tourné il y a déjà deux ans ne trouve qu'aujourd'hui son chemin en France tout en étant carrément privé d'une sortie en bonne et due forme sur les grands écrans. C'est qu'entre temps ce Red Lights n'a pas reçu les mêmes faveurs de la critique que Buried lors de son propre tour des festivals "indé". A défaut de s'être fait littéralement crucifier, il a été ignoré dans la plupart des cas et s'est fait tourner en ridicule lors de quelques rares papiers franchement assassins.

Au final, à l'inverse de Buried, le second long métrage de Cortes arrive telle une baudruche dégonflée car il a complètement échoué à réitérer le coup marketing de son premier essai. Comment un film pareil peut-il sortir dans une indifférence aussi généralisée ? C'est la preuve la plus évidente de son échec et de son incapacité à marquer les esprits. Malgré cela, Red Lights reste plutôt prometteur lors de sa première demi-heure. La production design est loin d'être indigne, la photographie et la réalisation ne sont en rien novatrices mais elles se révèlent suffisamment efficaces pour établir une atmosphère mystérieuse et orchestrer des scènes de suspense classique - bien qu'en abusant de "trucs" et de "jump scares" assez démodés, le casting est apparemment correctement dirigé,... Son sujet en lui-même, ce bon vieux "paranormal" qui était déjà le centre de milliers d'autres oeuvres artistiques (livres, films, jeux vidéos,...), parvient facilement à gagner l'intérêt d'un public portant vaille-que-vaille une fascination intarissable sur tout ce qui a trait à l'occulte. Peu importe que l'on ait déjà vu moultes films sur des médiums et sur l'exercice du spiritisme puisque le pouvoir de séduction de ces derniers demeure intact sur nos esprit et notre imaginaire.

Si le train est lancé sur de bons rails, il ne va néanmoins pas tarder à dérailler sévèrement. A l'instar du récent "remake" d'Old Boy par Spike Lee, la faute en revient principalement à un montage effréné qui gache l'enchainement des séquences, et ce, particulièrement lors de la seconde partie de l'intrigue qui place soudainement le jeune assistant incarné par Murphy à la place du personnage principal. L'interprétation d'Elizabeth Olsen en pâtit à nouveau malgré ses efforts évidents. Comme pour sa relation avec le prisonnier vengeur du film de Lee, sa romance avec le frêle héros de Red Lights est trop rapide et élusive pour convaincre ou émouvoir. Au mieux, son personnage sert de "deus ex machina" facile lors d'un final aussi rocambolesque et absurde que vaguement grostesque ; au pire, il n'est qu'un faire-valoir féminin peinant à inspirer autant d'admiration que l'experte scientifique parfaitement incarnée par l'excellente Sigourney Weaver. L'interprétation de Murphy n'est pas non plus entièrement convainquante tant ses réactions manquent de liant et contredisent parfois la caractérisation initiale de son personnage. Le résultat pose ainsi problème puisque l'on ne comprend jamais l'évolution de ce dernier. Et ne parlons même pas de son obsession pour le puissant médium joué par Robert De Niro qu'un twist final,, singeant le modèle du genre qu'est celui du Sixième Sens de M. Night Shyamalan, tente d'expliquer à l'aide d'une pirouette que Cortes, s'il avait vraiment voulu qu'elle fonctionne, aurait dû bien mieux amener plutôt que de se contenter de la balancer au petit bonheur la chance au cours des deux dernières minutes de l'histoire. 

Là encore, on sent les bonnes intentions de départ mais l'on ne peut que demeurer perplexe devant la démarche de Cortes qui occulte pendant près de deux heures tout ce qui semble être, selon ce retournement final, le véritable coeur narratif de Red Lights. On a ainsi l'impression de voir un long métrage évitant à tout prix son sujet pour essayer de le ramener lors d'une dernière séquence qui, au lieu d'apparaitre comme évidente et bouleversante, ne réussit qu'à être complètement hors de propos avec le reste du récit. Et le tout n'est pas franchement aidé par la prestation d'un Robert De Niro n'ayant montré que trop souvent ces dernières années qu'être acteur ne l'intéressait plus et qu'il se contentait dorénavant de conçevoir son métier comme un moyen pas trop compliqué pour payer des factures que l'on suppose mirobolantes. Si son choix dans le rôle d'un médium-star est aussi inattendu qu'évident - le charisme monstrueux et la célébrité préalable du comédien suffisant à entourer son personnage d'une aura plus imposante et impressionnante - il ne se montre plus du tout payant lorsque celui-ci décide de replonger dans ce surjeu avec lequel il a toujours dangereusement frôlé. En résultent quelques séquences génantes, bien que loin d'être aussi embarrassantes que beaucoup de ses prestations récentes, qui achèvent de transformer Red Lights en une sorte de pantalonnade dont on ignore si elle a été préméditée ou non.

Ainsi Red Lights est, comme Old Boy, un échec frustrant qu'il est ardu de condamner intégralement. Il y a des propositions indéniables, des tentatives louables, des réussites sporadiques et un paquet de ratages. On pourra pleurer longtemps sur le grand thriller angoissant qu'il aurait pû (dû) être, mais le fait est que ce Red Lights est tout ce que l'on aura. On ne pourra donc qu'apprécier modérément cette ébauche qui aurait gagné à être un peu remaniée et l'oublier prestement. Il n'entâchera en rien la carrière mythique de Robert De Niro, il ne malmènera pas non plus celle de Sigourney Weaver, il n'empêchera pas Cillian Murphy de s'imposer comme l'un des plus fascinants acteurs anglais de sa génération et il ne suffira pas à mettre un frein au parcours prometteur de la cadette Olsen. S'il ne transforme pas du tout l'essai Buried, il ne l'annule pas pour autant : Cortes reste un cinéaste relativement prometteur, un peu trop malin encore pour être complètement sincère mais ayant à son compte de sérieuses aptitudes. Rien de mémorable donc chez cet avorton cinématographique, si ce n'est un désagréable arrière-goût de gâchis qui en fait quelque chose d'aussi divertissant sur l'instant que terriblement anecdotique dans les faits.

4 / 10

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