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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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TRANSCENDANCE

Titre original : Transcendence

Film américain sorti le 25 juin 2014

Réalisé par Wally Pfister

Avec Johnny Depp, Rebecca Hall, Paul Bettany,...

Science-fiction, Thriller

Dans un futur proche, un groupe de scientifiques tente de concevoir le premier ordinateur doté d'une conscience et capable de réfléchir de manière autonome. Ils doivent faire face aux attaques terroristes anti-technologies qui voient dans ce projet une menace pour l'espèce humaine. Lorsque le scientifique à la tête du projet est assassiné, sa femme se sert de l'avancée de ses travaux pour "transcender" l'esprit de son mari dans le premier super ordinateur de l'histoire. Pouvant désormais contrôler tous les réseaux liés à internet, il devient ainsi quasi omnipotent. Mais comment l'arrêter s'il perdait ce qui lui reste d'humanité ?

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Parce qu'il est le chef opérateur attitré du célèbre Christopher Nolan, le chanceux Wally Pfister s'est offert pour son premier film en tant que réalisateur un immense budget, un casting cinq étoiles et un scénario classé dans la "Black List" de 2012 qui regroupait les meilleurs scripts alors non produits à Hollywood. Malgré toutes ses rassurantes cartes en main, Pfister parvient à surprendre par la médiocrité et la consternante superficialité de ce "blockbuster" antispectaculaire, glacial, assez moche et surtout absolument incapable de creuser en profondeur les multiples problématiques passionnantes qui découlaient de son sujet.

Si tous les chemins mènent à Rome, un certain nombre d'entre eux conduisent au poste de "réalisateur". Certains ambitieux ne prennent pas de détour et tentent dès leur plus jeune âge de mettre en scène des longs métrages. D'autres préfèrent passer par d'autres secteurs afin de s'assurer au préalable une crédibilité et une réputation qui rendront les producteurs et les studios moins anxieux à l'idée de leur confier une grosse somme d'argent pour qu'ils fassent leurs premiers pas en tant que "cinéastes". La majorité de ces derniers choisissent de passer par la case "acting", puisque bien peu d'exécutifs ont le courage de refuser le caprice d'une star hollywoodienne, mais quelques-uns préfèrent gagner leur expérience via les voies moins populaires de "scénaristes", comme Christopher McQuarrie  (Jack Reacher) et John Milius (Conan le barbare), et de "directeur de la photographie", à l'instar de Jan De Bont (Speed). Wally Pfister a choisi cette dernière option. Si le métier de chef opérateur ne permet pas souvent à celui qui l'entreprend d'obtenir une renommée internationale, les travaux de certains sont parfois suffisamment impressionnants pour leur conférer une véritable reconnaissance de la part du milieu cinéphilique. A l'occasion donc, quelques noms reviennent constamment à l'esprit des amoureux du cinéma : Roger Deakins, Emmanuel Lubezki ou encore Januscz Kaminski. 

Wally Pfister est de ceux-là puisqu'il est connu pour avoir été le directeur de la photographie attitré de Christopher Nolan, de Memento à Inception et de The Dark Knight au Prestige. D'une certaine manière, on peut dire que sa patte visuelle a été l'une des composantes non négligeables définissant l'identité stylistique du cinéaste le plus puissant de Hollywood. Au point que son Interstellar prévu en novembre devrait marquer une rupture radicale dans sa filmographie puisque Pfister, alors occupé à tourner Transcendance, a dû laisser sa place habituelle à l'excellent chef opérateur Hoyte Van Hoytema - ce dernier a travaillé sur Morse et La Taupe de Tomas Alfredson, et serait en pôle position pour éclairer la 24ème aventure de James Bond réalisée par Sam Mendes puisque, de son côté, Deakins a cédé sa place pour s'occuper des prochains films des frères Coen (Hail Caesar) et de Denis Vileneuve (Sicario). N'étant pas un ingrât, Nolan s'est servi de sa situation professionnelle pour appuyer Pfister afin qu'il puisse faire son premier long métrage en solo. Ainsi, on ne s'étonnera guère de voir que Transcendance a été vendu comme l'un de ces "blockbuters" dramatiques, sombres, alambiqués et foisonnants comme les aime Nolan.

Néanmoins, malgré le nom du cinéaste servant de caution artistique, le film de Pfister s'est pris l'un des plus grands rateaux critiques et populaires de ce premier semestre 2014. Déjà avec Man of Steel, sur lequel il n'avait servi que de label visant à rassurer les "geeks" sans vraiment s'investir davantage dans la production puis le développement de la renaissance de Superman, le nom de Nolan n'avait pas suffit à attendrir un public en majeure partie outré par le traitement - certes pas très subtil - que le surrestimé Zack Snyder avait fait subir au super-héros plus rapide qu'une fusée. Là encore avec Transcendance, Nolan, dont la participation au projet semble avoir été tout aussi minimaliste si l'on excepte le fait que sa boite de production ait contribué à financer le long métrage, n'est pas parvenu à adoucir la volée de bois verts - pleinement justifiée - que ce produit cinématographique s'est reçu en pleine face il y a quelques mois. Cet accueil d'une rare violence avait de quoi surprendre d'autant plus que, mis à part une étrange campagne marketing ayant échoué à transformer le nouveau film de la méga-star Johnny Depp en un évènement audiovisuel incontournable, Transcendance disposait d'indéniables atouts dans sa manche.

Pfister bénéficiait comme base initiale d'un scénario de Jack Paglen qui avait été classé dans la "Black List" de 2012, cette dernière regroupant les scripts jugés comme les plus prometteurs en circulation à Hollywood et qui sont en attente d'être produits par des studios. Cette intrigue partait d'un postulat de S.F. original potentiellement vertigineux, à même de faire découler des problématiques et des thématiques adultes lors du déroulé de son intrigue. Disposant en plus des moyens suffisants pour concrétiser ses ambitions - une enveloppe avoisinant les cent millions de dollars tout de même ! - Pfister était parvenu à réunir une distribution franchement alléchante réunissant des anciens de la bande de Nolan (Rebecca Hall, Morgan Freeman, Cillian Murphy) et des nouveaux de poids (Kate Mara, Paul Bettany et évidemment Depp dans l'un de ses rares films sans Tim Burton ou Gore Verbinski). Pourtant, malgré cela, Transcendance est sans conteste l'un des films de divertissement les plus décevants et ennuyeux que l'on ait pu voir depuis quelques temps. Si la frustration d'une telle déconvenue n'a d'égale que celle qui nous a assailli à la vison du sinistre Godzilla de Gareth Edwards, Transcendance ne réussit pas en plus à compenser sa misère narrative par une direction artistique à tomber à la renverse ou par des choix de cadrages et de découpages qui pourraient flatter la rétine.

Entendons-nous bien : malgré les critiques acerbes que Pfister a dû essuyer, sa mise en scène n'a rien d'indigne. Elle est strictement fonctionnelle, sans génie, "télévisuelle" dans le sens le plus péjoratif que ce mot puisse avoir, mais elle n'enquille pas les fautes de goût, les effets d'épate gratuits et les faux-raccords embarrassants. Pfister n'est pas un analphabète de l'image et son premier film est relativement honorable du point de vue de sa réalisation - il y avait en même temps intérêt vu les moyens conséquents mis à sa disposition. Mais ce n'est pour l'instant pas un grand cinéaste inspiré. Rien dans Transcendance, pas même un léger coup d'éclat de quelques secondes, ne vient nous indiquer que Pfister pourrait un jour avoir l'étoffe d'un cinéaste intéressant. Et là où on aurait pu blamer un quelconque étouffement artistique afin d'excuser un tel manque d'audaces et d'inspirations, Pfister révèle au grand jour son incapacité à se servir de l'image pour transcender les idées sous-jacentes de son script, et ce, même lorsqu'il bénéficie d'une évidente marge de manoeuvre. Le boulot qu'il a accompli sur son premier film est impersonnel, digne d'un exécutant quelconque ou d'un "yes-man" trop conciliant.

Le véritable défaut de Transcendance ne vient pas de sa réalisation pantouflarde mais - de façon inattendue - du manque d'approfondissement de son script. Si le concept est présenté de façon claire pour les néphytes (trop probablement), jamais le scénario n'ose s'aventurer au-delà de son postulat de base, se contentant d'effleurer certaines questions dérangeantes et d'éviter beaucoup d'autres. On demeure toujours à la surface des choses car Transcendance est moins un film futé qu'un long métrage de divertissement avec un argument malin. Ici, la réflexion sur l'intelligence artificielle et ses dangers est moins le fil rouge de l'intrigue qu'une forme de garantie dont les producteurs se servent pour draper le film sous les oripeaux d'un "projet sérieux", et donc supposément supérieur à l'intégralité de ces "blockbusters" funs forcément crétins. Au final, le long métrage de Pfister ne s'écarte presque jamais des codes du gros budget hollywoodien et finit inévitablement par troquer sa superficielle réflexion pour quelques coups de feu, une poignée d'explosions et une dizaine de figurants faisant trois cascades grotesques dans un décor d'une accablante pauvreté. Un climax laborieux qui clot deux heures d'une froideur et d'un détachement tel qu'il annihile la moindre intension du long métrage.

En effet, Transcendance se présente comme une histoire d'amour tragique dans laquelle un couple va franchir la ligne pour défier la mort. Cela pourrait être bouleversant si l'alchimie entre les deux protagonistes n'étaient pas aussi peu palpable. Or, à l'instar de La Belle et la Bête de Christophe Gans qui souffrait d'un défaut identique, Transcendance ne parvient jamais à faire ressentir à son audience cet amour très puissant censé unir Rebecca Hall et Johnny Depp. Si la première n'a pas grand chose à faire mais qu'elle se donne à fond lors des rares moments où elle peut exprimer un trouble, c'est le second qui concentre les raisons de cet échec. Déboussolé quand il ne peut plus jouer au pitre mal falgotté devant les caméras, Depp nous livre à cette occasion sa pire prestation depuis l'atroce The Tourist. On serait presque amené à se demander si l'autrefois génial acteur n'a pas atteint un stade de non-retour à force de jouer ad nauseam chez Burton, au point que le spectateur lambda ne peut plus le trouver crédible dans un rôle qui ne lui demande pas de se dandiner de façon maniérée en portant des postiches aberrants. Le célébrissime comédien est un miscast majeur tant il n'est plus crédible ni en homme "normal", ni en personnage trouble. Car qui peut croire aujourd'hui que Depp puisse (être choisi pour) incarner un méchant dans lequel on pourrait croire ? Il s'y était essayé sans grand succès dans Sweeney Todd, le dernier film de Burton un tant soit peu intéressant, et il y échoue cette fois encore. 

Ce qui est embêtant, c'est que le scénario confère une importance capitale à l'ambiguité de son personnage. Non seulement le film échoue à la faire transparaitre mais sa conclusion ne surprend personne tout en annulant l'hypothèse que Depp jouait "intentionnellement" mal. Il s'agit là d'une ficelle grossière, apparemment déjà exploitée dans le récent Maléfique, qui entend faire croire aux spectateurs que les producteurs sortent des sentiers battus - proposer un héros méchant - alors qu'ils y reviennent la queue entre les jambes avec une séquence de fin mielleuse. On aimerait pouvoir dire que le reste du casting rattrape l'hécatombe, mais des acteurs chevronnés comme Freeman ou Murphy - en plus de s'ennuyer copieusement sans même penser à le camoufler - ne bénéficient pas de personnages intéressants. On aimerait dire que la musique sauve les meubles mais elle n'est qu'un énième mauvais plagiat des dernières compositions paresseuses et bruyantes de Hans Zimmer. On aimerait dire que Transcendance recèle des séquences impressionnantes pour au moins donner au spectateur la ration de délires pyrotechniques qu'il venait (aussi) y chercher, mais Pfister se montre moins généreux que son mentor Nolan. Pfister va donc devoir redevenir à contrecoeur le chef opérateur du réalisateur d'Insomnia. On attend de voir les images que Van Hoytema a crée pour Interstellar avant de se réjouir d'une telle perspective.

3 / 10

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