Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Titre original : Captain America - The Winter Soldier
Film américain sorti le 26 mars 2014
Réalisé par Anthony et Joe Russo
Avec Chris Evans, Scarlett Johansson, Robert Redford,...
Aventure, Action, Science-fiction
Après les évènements cataclysmiques ayant eu lieu à New York, Steve Rogers aka Captain America vit tranquillement à Washington D.C. et essaye de s'adapter au monde moderne. Mais quand un collègue du S.H.I.E.L.D. est attaqué, Steve se retrouve impliqué dans un réseau d'intrigues qui met le monde en danger. S'associant à Black Widow, Captain America llutte pour dénoncer une conspiration grandissante, tout en repoussant des tueurs professionnels envoyés pour le faire taire. Quand l'étendue du plan maléfique est relevée, Captain America et Black Widow sollicite l'aide d'un nouvel allié, le Faucon. Cependant, ils se retrouvent bientôt face à un inattendu et redoutable ennemi - le Soldat del'Hiver
Ultime épisode Marvel avant la conclusion de cette seconde saison que sera Avengers 2 par Joss Whedon - excepté Les Gardiens de la Galaxie qui n'aura pas une grande incidence sur l'intrigue de ce dernier - Captain America 2 peinait à enthousiasmer malgré la présence saugrenue de Robert Redford au casting. Contre toute attente, et bien que l'ensemble demeure indéniablement en-deça des meilleurs "blockbusters" de cet été, ce thriller paranoiaque surprend agréablement par sa bonne tenue et s'impose à ce jour comme la production la plus enthousiasmante du studio.
De tous les héros du groupe "Avengers", seul Captain America semble avoir de la chance lors de ses pérégrinations cinématographiques. Iron Man a perdu de son charme avec Jon Favreau puis un Shane Black complètement coincé dans un système hollywoodien d'un cynisme ahurissant ; Hulk n'est jamais parvenu à s'imposer après le film trop expérimental d'Ang Lee et celui, trop aseptisé, de Louis Leterrier ; Thor en a bavé avec la caméra de traviole de Kenneth Brannagh et un second opus à peine plus glorieux ;... L'introduction au cinéma de l'un des super-héros les plus rétros et patriotiques de l'histoire des "comics" américains s'était paradoxalement révélée comme la plus concluante alors que, sur le papier, elle était supposée être la plus délicate à mettre en place. Le premier film de Joe Johnston, un artisan sorti de l'écurie Lucasfilm, n'était pas impeccable mais il dégageait une agréable saveur de "serial" à l'ancienne et apparaissait comme l'un des rares ersatz honnêtes d'Indiana Jones - pas étonnant quant on sait que le bonhomme avait travaillé au cours de ses jeunes années sur Les Aventuriers de l'Arche Perdu.
Aussi, les qualités que recèle ce second opus ne sont pas aussi surprenantes et inattendues qu'elles auraient pu le paraitre, d'autant plus que le remplacement de Johnston par les inconnus frères Russo avait fait craindre une nette baisse du niveau. En effet, Marvel a cédé depuis quelques temps à cette nouvelle stratégie des studios pour garder le contrôle de ses productions : mettre de "jeunes" réalisateurs ayant officié à la télévision aux commandes de leurs projets. Une stratégie pernicieuse puisque, sous couvert de donner une première chance à des metteurs en scène rêvant de percer à Hollywood (malgré la liberté artistique que la télévision permet, ce n'est pas le meilleur média pour qu'un cinéaste devienne célèbre), elle amène le studio à diriger ces artistes bien dociles car ceux-ci doivent leur soudaine et importante promotion à ces chers costards-cravates. Ainsi, il était difficile de s'enthousiasmer sur un nouveau film de super-slips réalisé par des "yes-men", surtout lorsque le but avoué du long métrage est de servir de prologue au méga-"blockbuster" de la mort que doit nous livrer Whedon en 2015 (les "geeks" sont déjà en transe depuis deux ans).
Néanmoins, il faut admettre que le changement de cinéaste apporte un changement d'esthétique à la fois bienvenu mais aussi parfaitement logique avec le propos de ce Captain America 2. Le héros au bouclier se retrouvait projeté soixante-dix ans plus tard à la fin du premier opus et le second épisode le voit donc tenter de s'adapter à un monde diamétralement différent du sien et de rattraper le retard qu'il a accumulé au cours de son interminable hibernation. Nouvel environnement, nouvelle imagerie donc : Captain America troque une réalisation "pulp" et relativement colorée pour une mise en scène à la mode d'aujourd'hui, avec son lot de filtres gris et de caméras portées afin de renforcer le "réalisme" et l'urgence des situations rocambolesques que le super-héros se voit contraint de traverser. Il y a un double effet à cette esthétique renouvelée : elle contribue à moderniser le cadre dans lequel évolue Captain America et elle renvoit instinctivement à celle qu'arborait les thrillers politiques et paranoïaques de ces dernières années - qui s'inspiraient déjà de l'imagerie des polars au cours de la décennie 1970.
Ainsi, Captain America - Le Soldat de l'Hiver rejoint la longue liste des thrillers démocrates qui ont pullulé après les évènements du 11 septembre 2001 : les longs métrages de Paul Greengrass (Vol 93, les deux derniers Jason Bourne avec Matt Damon, Green Zone), Dans la vallée d'Elah de Paul Haggis, Mensonges d'Etat de Ridley Scott, Syriana de Stephen Gaghan, Fair Game de Doug Liman,... Tous ces films ne sont pas d'une grande subtilité, certains défonçant même carrément les portes ouvertes, mais ils ont tous comme point commun de vouloir dénoncer les exactions d'un gouvernement américain sécuritaire, douteux et dangereusement omnipotent. Ce dernier étant souvent personnifié par une ordure républicaine incarnée par un acteur démocrate, il n'est par conséquent pas étonnant de retrouver ce cher Redford dans la distribution. Si le long métrage des frères Russo ne prend pas comme arrière-plan le conflit afghan ou la guerre en Irak afin de développer une intrigue résolumment fantaisiste, il réemploie avec délectation ce "fantasme" cinématographique (ironie "inside") qu'est le politicien corrompu et/ou réactionnaire.
L'idée d'une telle intrigue est payante à plus d'un titre. D'abord tout bêtement parce qu'elle entraine un certain lot de rebondissements et de "twists" puisque l'on ne peut faire confiance aucun des protagonistes, excepté Captain America. Ensuite et surtout parce qu'elle entraine le super-héros face à un terrible dilemne. Produit d'une Amérique triomphante et sûre de son bon droit au cours de la Seconde Guerre mondiale, Captain America se retrouve trahi et est confronté à une Amérique plus ambigue, plus trouble. L'icône ne correspond ainsi plus à ce qu'elle symbolise. Ou comment le super-Américain idéalisé, juste et bienveillant doit remettre son pays en déroute sur le droit chemin en le libérant de ses dirigeants malveillants qui mènent la barque. Et pour une fois chez Marvel, cette note d'intention initiale n'est pas qu'un vague argument marketing abandonné après la première demi-heure mais constitue au contraire le fil rouge central de ce second opus.
L'autre bon point de ce Captain America 2 se situe dans son casting où les habitués Chris Evans, Scarlett Johansson et Samuel L. Jackson cotoient la méga-star Redford, les jeunes "gueules" prometteuses Anthony Mackie et Franck Grillo, ainsi que les encore peu connus Sebastian Stan et Emily Vancamp. Ces beaux noms ne sont pas là que pour faire joli et garnir l'affiche : les comédiens ont droit à des personnages plutôt approfondis et livrent tous à cette occasion des interprétations plus qu'honorables. Une fois n'est pas coutûme, contrairement à ses collègues, Captain America a aussi le droit de s'opposer à un méchant de prestige - et non pas à ce Loki de pacotille contre lequel se bat Thor. Bien que n'apparaissant qu'au compte-goutte, n'étant pas très bavard et portant un masque sur son visage pendant une bonne partie du temps, le "soldat de l'hiver" en impose à chacune de ses interventions. A ce titre, les scènes de combat sont efficaces et ne sont jamais illisibles, contrairement à ce que l'on aurait pu craindre de la part de "novices" souhaitant recopier le style hautement casse-gueule de Paul Greengrass (coucou Marc Forster !).
Cependant, Captain America 2 ne brille pas autant sur le plan formel que sur le plan narratif. La réalisation ne fait aucune faute de goût mais ne prend absolument aucun risque, probablement par crainte de désarçonner accidentellement une partie de son public-cible qui réchigne habituellement au moindre écart. La musique est une soupe bruyante qui n'est jamais mémorable et la direction artistique, à l'exception de deux ou trois armures, est absolument anodine. Et si l'humour (drôle) et l'action (impressionnante) sont au rendez-vous - ce qui n'est pourtant pas dans les habitudes de Marvel - l'émotion peine à poindre le bout son nez si l'on écarte la toute petite poignée de séquences au cours de laquelle Captain America se retrouve en décalage avec la société américaine du XXIème siècle. En temps normal, on aurait pu s'avouer un peu déçu face à ce chouette spectacle qui finit malgré tout par sacrifier sa réflexion sur la perdition des idéaux que défendaient autrefois les Etats-Unis au profit d'un déluge d'effets spéciaux, de balles de mitraillettes et d'explosions en CGI. Mais de la part d'un studio comme Marvel, jusque-là adepte du nivellement par le bas pour faire péter le box-office international, on saluera l'initiative en espérant que le film nesoit pas une anomalie.
6.5 / 10