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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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THE AMAZING SPIDER-MAN 2 - LE DESTIN D'UN HEROS

Titre original : The Amazing Spider-man 2 - Rise of Electro

Film américain sorti le 30 avril 2014

Réalisé par Marc Webb

Avec Andrew Garfield, Emma Stone, Jamie Foxx,...

Fantastique, Action

Ce n'est un secret pour personne que le combat le plus rude de Spider-man est celui qu'il mène contre lui-même en tentant de concilier la vie quotidienne de Peter Parker et les lourdes responsabilités de Spider-man. Mais Peter Parker va se rendre compte qu'il fait face à un conflit de bien plus grand ampleur. Etre Spider-man, quoi de plus grisant ? Peter Parker trouve son bonheur entre sa vie de héros, bondissant d'un gratte-ciel à l'autre, et les doux moments passés aux côtés de Gwen. Mais être Spider-man a un prix : il est le seul à pouvoir protéger ses concitoyens new-yorkais des abominables méchants qui menacent la ville. Face à Electro, Peter devra affronter un ennemi nettement plus puissant que lui. Au retour de son viel ami Harry Osborn, il se rend compte que tous ses ennemis ont un point commun : OsCorp.

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Suite du "reboot" déjà catastrophique des aventures du super-héros Spider-man, le nouveau film de Marc Webb copie la stratégie Marvel en élaborant un univers interconnecté afin que Sony surexploite sa licence. Le produit final est un énième "blockbuster" à la narration tronquée et chaotique qui débute nulle part, ne raconte rien et se conclut sur un "cliffhanger" gonflant. Si Webb fait illusion par son traitement de la romance liant le couple principal, et qu'il délègue les plans de haute voltige à des infographistes doués, il est incapable de mener un projet d'une telle ampleur, ignorant ce qu'il veut raconter et s'emmelant les pinceaux lors de moments fort embarrassants.

C'est en 2011 que sortait The Amazing Spider-man de Marc Webb, un film hautement polémique dans le milieu "geek" puisqu'il marquait le "reboot" bien précipité d'un personnage qui avait été immortalisé au cinéma par Sam Raimi, et ce, malgré les quelques évidentes scories qui émaillaient sa trilogie. Si une relecture du super-héros sur grand écran se défendait tout à fait, le réalisateur des trois premiers Evil Dead et du Monde Fantastique d'Oz n'étant pas l'unique dépositaire de "l'homme araignée" inventé par Stan Lee, d'autant plus que ces relectures sont monnaies courantes dans les "comics", le projet ne pouvait néanmoins que laisser dubitatif si on prenait un peu le temps de se pencher sur sa genèse. La maison Sony avait certes lancé ce "reboot" pour exploiter un filon lui appartenant et remplir son tiroir-caisse, ce qui est une politique absolument compéhensible de la part d'un grand studio, mais elle avait franchement accéléré le processus pour la simple bonne raison que si elle ne sortait pas un film de Spider-man avant une certaine date, elle en perdait les droits (le dernier épisode de Raimi remontant à une éternité, d'autant plus que la production sans lendemain d'un quatrième épisode avait longtemps trainé dans les papiers).

Qu'attendre d'un film dont la production, le tournage et la post-production se sont effectués lors d'un laps de temps anormalement court ? A moins de s'appeler Steven Spielberg ou Matthew Vaughn (son X-Men : le commencement conçu en moins d'un an pour un résultat plus que satisfaisant), il est peu probable qu'un cinéaste parvienne à sortir un long métrage qui ne soit pas au minimum bancal à cause d'une telle contrainte. Et en terme de "metteur en scène", Sony a vu petit, remplaçant cette grande-gueule assez virtuose qu'est Raimi par Marc Webb, un jeune réalisateur révélé par le succès d'une sympathique comédie romantique pour festivals (500 Jours Ensemble) et à qui la critique avait décerné le titre de "cinéaste prodige" sans même attendre que ce dernier ne confirme ses talents "incroyables" avec un second film. Bien qu'il y en ait encore aujourd'hui pour considérer Webb comme un talentueux artiste à l'avenir prometteur et à l'identité esthétique très affirmée, il a été difficile de ne pas déchanter face à ce capharnaum narratif et visuel qu'était The Amazing Spider-man.

Evidemment, Webb avait été complètement broyé par la machine à grand spectacle. Lorgnant d'abord vers le "teenage movie" hype (genre qu'il maitrisait parfaitement à l'occasion de son premier long métrage) puis vers le film de super-héros ténébreux (idéal que toutes les productions de ce type cherchent maladroitement à atteindre depuis The Dark Knight, ne comprenant pas que ce qu'elles perçoivent comme la "mode" du moment est en fait le trait d'un univers strictement personnel, en l'occurence celui de Christopher Nolan), l'accablant The Amazing Spider-man finissait par devenir une bouillie numérique sans queue ni tête, le script ayant été confié au duo Roberto Orci/Alex Kurtzmann qui est notamment coupable des indigeantes intrigues des deux Star Trek de J.J. Abrams. Sous couvert de nous raconter l'"untold story", soit l'histoire que Raimi ne nous aurait pas narré, le film, après un obscur prologue concernant les parents de Peter Parker, bifurquait pour devenir un pâle copier-coller de ce qui avait été accomplis lors de la précédente trilogie.

Mais par l'un de ces miracles hollywoodiens que l'on ne s'explique pas (La Planète des Singes : les origines, Men in Black 3World War Z), ce "blockbuster", si branlant et d'une médiocrité générale telle qu'il était pourtant compliqué de le considérer comme l'actuel maitre-étalon du divertissement de qualité, fit un carton malgré la mauvaise publicité qui avait entouré son développement. Triomphe inférieur à n'importe quel Spider-man de Raimi peut-être, mais succès largement supérieur à ce que Sony était en droit d'espérer après les moqueries incessantes qu'avait dû essuyer son "bébé". Inévitablement, un second épisode fut aussitôt préparé et, pour une obscure raison, la production a encore une fois décidé de jouer la carte de la précipitation alors qu'aucune échéance menaçante ne venait ternir le tableau. Pour le coup, on ne va pas trop s'attarder sur le développement non moins bordélique de la chose, à base de rumeurs, d'annonces et de "trailers" se contredisant les uns à la suite des autres. Ce que l'on peut dire, c'est que l'équipe de tournage elle-même parait avoir été dans le flou le plus total concernant l'histoire qu'elle tentait de raconter.

C'est la première chose qui interpelle à l'occasion de ce second Amazing Spider-man : que veut nous relater ce film ? On retourne dès le début auprès des parents Parker avec une première séquence prenant la forme d'un pré-générique "bondien" tel que l'aurait réalisé le Nolan de l'époque de Batman Begins (une horreur en termes de "d'enchainement de plans" et de "gestion de l'espace" !) avant de se retrouver devant un mélange mal foutu entre le climax de Goldfinger et une fameuse séquence d'Inception afin de lever le voile sur le mystère de la disparition du couple que le premier épisode avait malencontreusement oublié de nous dévoiler (l'"untold story", vous vous en souvenez ?). Et puis on passe quasiment sans transition à une séquence de poursuite de voitures dans laquelle les plans vertigineux brillamment conçus par l'équipe officiant sur les CGI cotoient des effets de mise en scène tout droit tirés du lamentable Die Hard 5 de John Moore. Si la dynamique avec laquelle s'enchainent les répliques - étonnemment drôles et efficaces - rappelle l'énergie "pop" d'un "comics" et apporte un soupçon de nouveauté par rapport au traitement des scènes d'action selon Raimi, la séquence est fortement handicapée par la présentation des nouveaux personnages.

Nombre d'admirateurs de ce dernier Spider-man défendent le long métrage sous prétexte qu'il serait plus fidèle à l'esprit des "comics". N'étant pas un connaisseur des bandes dessinées originales, je me garderai donc de discuter la fidélité du film de Webb par rapport au matériau de base. Néanmoins, respecter au mot près (en l'occurence au dessin près) le look, la façon de parler, le physique et le caractère d'un personnage de bande dessinée ne suffit pas à faire un bon film - à moins que l'on se trouve parmi les spectateurs acclamant le (non) travail d'adaptation d'un Zack Snyder sur 300 et Watchmen ou d'un Robert Rodriguez sur Sin City pour qui recréer bêtement sur grand écran les cases et le découpage d'une BD suffit à reproduire son "essence". Ici, l'un des problèmes de The Amazing Spider-man 2 vient du fait que la mutation et la dégaine des antagonistes sont grotesques, justement parce qu'elles collent trop à celles d'une bande dessinée. Or un "comics", de par sa nature, peut se permettre certaines choses qui pourraient ne pas rendre bien en "live" sur un écran.

En effet, Raimi avait été malin en n'otant pas la nature "fantastique" des transformations que subissaient les personnages tout en restant suffisamment vague sur les raisons de celles-ci afin que la suspension d'incrédulité du spectateur ne saute pas en chemin. Dans The Amazing Spider-man 2, on veut nous faire croire que le timide savant Max Dillon (Jamie Foxx, qui talonne le Jim Carrey de l'affreux Batman Forever au niveau du costume et du surjeu ridicules) devient un humanoïde bleuté maniant l'électricité parce qu'il tombe dans une cuve d'anguilles électriques. Et il en ira de même plus tard pour Norman Osborn qui se transforme en deux temps, trois mouvements en lutin rieur après s'être injecté du venin d'araignée génétiquement modifié. Et à quoi pouvait bien servir au départ cette armure en forme de rhinocéros que finit par revêtir l'acteur Paul Giamatti (son interprétation est si ignoble que le désastre va au-delà de tous ce que les mots sont capables d'exprimer) ? Ainsi, Webb commet dès son deuxième film Spider-man l'erreur que Raimi fit avec son troisième épisode : trop remplir son long métrage en y plaçant notamment trois méchants.

Mais revenons d'abord au problème de l'exposition interminable de The Amazing Spider-man 2. Après cette course poursuite permettant de réintroduire Spider-man/Peter Parker, Max Dillon et le futur Rhino - qui dégage à la fin de la séquence pour réapparaitre in extremis dans la dernière, c'est le moment de passer à la présentation de la dulcinée du héros, Gwen Stacy (jouée par l'adorable Emma Stone), au cours d'un discours qui défonce tant de portes ouvertes qu'il est impossible pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler du personnage de ne pas deviner deux heures à l'avance ce qui lui arrivera. Et puis on passe à Tante May (excellente Sally Fields), et puis on introduit le sinistre milliardaire Norman Osborn qui meurt d'une maladie génétique (il y a encore des producteurs qui ose engager Chris Cooper pour une seule scène ?), puis c'est au tour de son fils Harry (très bon Dean DeHaan, le sosie troublant de Leonardo DiCaprio jeune) qui hérite de l'entreprise OsCorp, puis on revient à Peter qui rompt avec Gwen pour ne pas la mettre en danger, puis à Max qui devient Electro, puis à Gwen qui veut aller à Oxford ce qui trouble Peter qui l'aime encore, puis on retourne à Harry qui veut obtenir du sang de Spider-man afin de se soigner (ce que son meilleur ami Peter lui refuse bien cordialement), et puis on s'attarde sur le héros qui se décide à temporairement se pencher sur le passé secret de ses parents,...

Une heure et demie plus tard, on ne sait toujours pas quelle est l'intrigue principale tant les personnages et leurs multiples quêtes apparaissent et disparaissent arbitrairement sans jamais parvenir à se réunir. Le récit pâtine, l'action est inexistante à l'exception d'un morceau de bravoure assez chiche à Time Square et Webb tente de tout lier puis de tout conclure à la va-vite lors de la dernière demi-heure avant de nous annoncer que nous comprendront mieux le complot que préparait Osborn père dans le prochain épisode prévu pour 2016, quelques mois après la sortie d'un long métrage sur Venom (c'est commercialement viable ?) et juste avant celle d'un autre uniquement centré sur le "Sinister Six", groupe de six méchants très iconiques de Spider-man (c'est commercialement viable ?). Mais en fait non, puisque la performance assez déçevante de The Amazing Spider-man 2 au box-office (Sony s'étant attendu à un résultat dépassant la barre du milliard de dollars de recettes, rien que ça !) a contraint le studio de repousser le troisième opus à 2018 tout en condamnant aux limbes le quatrième qui devait arriver à cette date. Vous trouvez ce planning confus ? C'est normal.

Car le but de Sony est de suivre la stratégie commerciale de Marvel - on ne répètera jamais assez à quel point ce studio a fait du mal au grand spectacle hollywoodien contemporain. A savoir donc, d'élaborer un univers ample dans lequel des pesonnages vadrouillent d'un film à l'autre, permettant ainsi la production d'une multitude de "spin-of" et de "cross-over". Des possibilités de croisements et de combinaisons marketing absolument infinies. Marvel peut produire Captain America, Iron Man et Thor, puis réunir ce petit monde dans Avengers 1, puis 2, puis 3 tout en faisant des suites individuelles,...  Si le studio le souhaitait, elle pourrait financer un film uniquement centré sur Iron Man et Ant Man ou Thor contre Hulk. Sony veut de son côté étendre le monde de Spider-man avec la série "officielle" et des longs métrages additionnels comme VenomSinister Six et pourquoi pas un jour Docteur Octopus vs. Mysterio (en 3D évidemment). Pendant ce temps-là, la nouvelle trilogie Star Wars sera entourée par Boba Fett Origins, The Rise of Master Yoda ainsi que Les Vacances Endorienne de Han Solo. Et que les amateurs de cinéma horrifique se prépare, le studio en déroute Universal serait sur le point de rebooter individuellement toutes les icônes de son ancestral catalogue - Dracula, Frankenstein, la Momie ainsi que le Loup-Garou - afin de les faire exister dans un même "univers" cinématographique (heureusement pas le même que celui que se partage la quadrilogie Alien et Prometheus).

Parce que la concurrence de la télévision dépasse tellement le cinéma de masse, ce dernier a décidé de tenter de résister - ou de survivre sous perfusion - en adoptant les mêmes méthodes. Le "blockbuster" se "sérialise". On n'attend plus qu'un film rencontre du succès pour débuter l'élaboration d'une suite, on prépare en amont deux autres épisodes que l'on annulera précipitamment si le premier - à l'intrigue forcément incomplète afin de "teaser" le public - est un "four". Quand on engage un acteur dans un "blockbuster", on lui fait signer un contrat - ou plutôt un pacte faustien - pour qu'il mette sa carrière entre parenthèses, devienne la propriété d'un studio et fasse six suites. Pour éviter que le cinéaste ne reprenne le pouvoir sur la série de films, les producteurs tentent le plus possible de varier les réalisateur afin de ne pas prendre le risque de se retrouver avec des emmerdeurs comme James Cameron ou George Miller qui se sont accaparés LEUR saga (Avatar pour l'un, Mad Max pour l'autre). Jon Favreau, Shane Black désabusé, Kenneth Brannagh, Josh Whedon, Marc Webb, Joe Johnston, Roberto Orci, J.J. Abrams,... C'est la valse des "yes men" interchangeables. Si vous êtes trop insistants, vous connaîtrez le même sort que Edgar Wright sur Ant Man.

Ainsi, on veut faire croire que chaque nouvelle pierre ajoutée à l'édifice est différente, qu'elle apporte quelque chose et qu'elle se démarque des autres qui l'entourent, mais malgré les noms qui s'évanouissent au gré des insuccès (les cinéastes ayant un échec à leur actif sont jetéscomme des kleenex usagés) c'est au fond la même came impersonnelle, la même recette générale donnant un "blockbuster" sans saveur, sans risque, propre, jamais profond, paradoxalement peu spectaculaire. L'artiste doit disparait derrière le "show" car la moindre identité trop affirmée risquerait de trop différencier un épisode par rapport aux autres. Or pour qu'une série soit homogène, il faut que les épisodes se ressemblent afin de donner l'illusion qu'ils font tous parti d'un même "tout". Il est probable que Webb cédera son siège à l'occasion du troisième épisode après la déconvenue du second, et on peut dors et déjà parier que son successeur sera autant soumis au diktat de Sony, au point que l'on ne verra pas la différence entre son film et celui de Webb. 

Peut-être que la peinture des tourments amoureux de Peter ne seront pas aussi bien traités sans le cinéaste de 500 Jours Ensemble, quoique Webb est clairement aidé par l'alchimie bien réelle entre Andrew Garfield et Emma Stone - couple à l'écran et à la ville. Le fait est aussi que Garfield est un acteur plus doué que Tobey Maguire, mais il peine à briller à cause de la médiocrité des dialogues qu'il a à dire. Néanmoins, le dernier quart d'heure dramatique fonctionne étonnement bien, même si l'intensité émotionnelle qui en découle est loin d'égaler celle que l'on pouvait avoir en lisant la bande dessinée. Webb incorpore dans cette séquence trois des rares idées pertinentes du film : une toile en forme de main pour tenter de rattraper Gwen Stacy en train de chuter, le combat final se déroulant dans une horloge géante pour indiquer l'impossibilité d'arrêter le temps et changer son destin, ainsi qu'un magnifique plan dans lequel les grattes-ciel de New York se mélangent aux tombes d'un cimetière. On pourra aussi concéder que la bande originale de Hans Zimmer surclasse la B.O. absolument insipide qu'avait élaboré James Horner pour le précédent film (un exploit facile à relever donc). Mais malgré un thème principal épique et une idée de prime abord géniale (les choeurs extradiégétiques servant à représenter les voix dans le crâne de ce fou de Max) ne parviennent pas à masquer cette triste réalité : c'est l'une des pires musiques de Zimmer depuis quelques années. Un "soundtrack" à l'image du projet qu'elle accompagne - une toute petite poignée d'idées défendables (la relecture de Norman Osborn qui est la seule convainquante au sein de cette nouvelle trilogie) noyé dans un gloubi-boulga de très mauvais goût, crispant et parfois singulièrement grotesque.

2.5 / 10

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