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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Le Seigneur des Anneaux : La petite histoire d'une grande fresque

Depuis la fin de 2001, tout le monde sait ce qu'est Le Seigneur des Anneaux. Cela n'en a pas toujours été ainsi puisque les livres originaux avaient été accueillis puis traités par les intellectuels comme de la littérature sans grand intérêt. L'oeuvre fondamentale de l'heroic fantasy n'a d'abord été vénérée que par quelques lecteurs-cancrelats, des "geeks" comme on les appelait à une époque où il était de bon ton de les mépriser avant que leurs goûts pour la "sous-culture" (le terme veut tout dire sur ce que l'élite sociale en pensait) ne soient standardisés, institutionnalisés puis marketés. Si les trois livres de J.R.R. Tolkien ont peu à peu acquis une notoriété respectable au fil des décennies, leur essor sur la scène internationale s'est fait au tout début du XXIème siècle. Qu'est-ce qui a soudainement changé ? Le 19 décembre 2001 déboulait dans les salles françaises le premier opus de son adaptation cinématographique par un néo-zélandais bedonnant et barbu alors peu connu : Peter Jackson. A l'époque, l'heroic fantasy n'était pas quelque chose de très lucratif au cinéma. D'une manière encore plus générale, le genre "historique" voyant des chevaliers se battre à coups d'épées, d'arcs et de boucliers n'était absolument plus populaire. Deux ans auparavant sortait dans l'indifférence générale le chef d'oeuvre maudit de John McTiernan, Le 13ème Guerrier, une superproduction ayant pour héros des vikings, et il n'y eut bien que le triomphe surprise d'un Gladiator pour faire croire que le genre survivait sous perfusion (même s'il est vrai que le long métrage de Ridley Scott ressuscitait plutôt le péplum).

C'est dire si le succès immédiat et franchement conséquent du premier épisode intitulé La Communauté de l'Anneau était surprenant. D'autant plus que deux semaines auparavant sortait la première aventure au cinéma d'Harry Potter, tirée pour le coup d'une série de bouquins alors monstrueusement populaires. Très vite, Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson s'imposa comme LA saga générationnelle aux yeux des cinéphiles qui étaient trop jeunes pour pouvoir se vanter d'avoir découvert la trilogie originale de Star Wars au cinéma et qui devaient, en guise de "contrepartie", se farçir l'abominable prélogie d'un George Lucas noyant ses vélléités de mélo-politique verbeux et pompeux sous une mélasse d'effets spéciaux numériques pas toujours du meilleur goût. Entre L'Attaque des Clones (Anakin Skywalker faisant du rodéo sur des vaches-extraterrestres avant de décrier à sa douce les méfaits du sable qui se glisse partout...) et La Communauté..., il n'est pas dur de déterminer lequel a le plus marqué l'inconscient collectif.

Et l'ampleur du projet est à la hauteur de l'impact qu'il laissa dans les esprits des spectateurs du monde entier. Au final, Le Seigneur des Anneaux par Peter Jackson c'est 7 ans de développement, 400 pages de scénario, 300 millions de dollars de budget pour 3 films de 3h chacun (4h dans le cas des versions longues) tournés en même temps, 5 équipes de prises de vue, 274 jours de tournage étendus sur 15 mois, 915.000 mètres de pellicule utilisée, 48.000 pièces d'armes et d'armures fabriquées, 19.000 costumes, 10.000 masques et 1.600 paires de pieds de Hobbit, 350 décors construits et une centaine de lieux de tournage (dont une trentaine de paysages auparavant vierges), 6.000 m2 de surface pour les studios de Weta Workshop, 2.400 techniciens, 600 plans truqués pour La Communauté..., 800 pour Les Deux Tours et 1.500 (!) pour Le Retour du Roi, 114 rôles parlés, 20.602 figurants en tout, 550 heures de making-of et 90.000 photos de tournage. Mais avant de nous pencher sur l'accouchement hors normes de l'une des plus importantes sagas du 7ème art, commençons par rappeler ce qu'elle relate.

[Attention, la partie suivante contient beaucoup de spoilers !]

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HISTOIRE D'UN ALLER ET RETOUR

Dans la fictive Terre du Milieu se trouve Hobbitebourg, une paisible bourgade campagnarde dans laquelle vivent les Hobbits, de petits humains aux pieds poilus n'aimant rien tant qu'à rester chez eux pour fumer de l'herbe à pipe. L'un d'eux, Frodon Sacquet, reçoit un anneau en héritage de la part de son oncle Bilbon. L'affaire pourrait sembler banale mais ce dernier, considéré par ses pairs comme un excentrique après qu'il ait effectué un long voyage avec une troupe de nains et le sorcier Gandalf, a soudainement disparu à la fin de son discours lors de la célébration de son 111ème anniversaire à laquelle tout le village était convié. En fait, c'est cet anneau aux pouvoirs mystérieux qui lui a permis de jouer ce tour sous les yeux d'un Gandalf ébahi réalisant que son vieil ami possède depuis plusieurs années un objet maléfique. Après avoir contraint Bilbon à s'en séparer pour le léguer à son jeune neveu, Gandalf annonce à Frodon ce que ce terrible objet représente : il a été forgé par le Seigneur des Ténèbres, Sauron, afin de contrôler tous les autres anneaux qui avaient été donnés aux rois et aux reines des autres peuples. Bien qu'il ait été vaincu il y a fort longtemps par l'humain Isildur, qui n'eut pas la volonté de détruire l'Anneau unique, tout porte à croire que l'esprit de Sauron réside encore dans cet objet.

Alors que ce dernier, sous la forme d'un oeil enflammé au sommet d'une tour du Mordor, réunit ses troupes d'Orcs et envoie de sinistres cavaliers noirs afin de réccupérer cet Anneau pouvant lui rendre sa forme initiale, Gandalf incite Frodon à partir faire un très long voyage jusqu'en terre ennemie pour jeter l'Anneau dans le seul endroit où il peut être détruit : la Montagne du Destin, là même où il a été forgé. Le Hobbit part avec son ami Sam Gamegie et est rejoint en cours de route par ses cousins Merry et Pippin pendant que Gandalf est fait prisonnier par le chef de son ordre, le sorcier-traitre Saroumane d'Isengard, alors qu'il venait lui demander de l'aide. Sur la route menant à l'illustre cité elfique Fondcombe, Frodon et ses amis sont aidés par Aragorn, un "rodeur" qui se révèle être le descendant d'Isildur et donc le seul véritable héritier du trône du Gondor, puis par Arwen, la fille elfe d'Elrond, le maître de Fondcombe.

Une fois là-bas, en lieu sûr, une Communauté est formée afin d'aider Frodon à atteindre la Montagne du Destin. Elle est composée de neuf représentants des espèces vivants en Terre du Milieu : les Hobbits Frodon, Sam, Merry et Pippin, le sorcier Gandalf (qui est parvenu à se libérer), les humains Aragorn et Boromir (le fils aîné du vieil intendant du trône du Gondor et donc celui qui doit en disposer sous peu), le nain Gimli et l'elfe Legolas. Après de nombreuses épreuves, qui voit notamment la chute de Gandalf dans les profondeurs de la terrible mine de la Moria alors qu'il combat une bestiole infernale et leur rencontre avec l'elfe Galadriel qui domine les bois de la Lothlorien, la Communauté se dissout sous l'effet néfaste de l'Anneau et chaque membre prend une direction différente : Frodon et Sam partent vers la Montagne du Destin ; Merry et Pippin sont capturés par une troupe d'Uruk-hais à la solde de Saroumane après que Boromir ait été tué pour avoir tenté de les sauver ; Aragorn, Legolas et Gimli partent suivre leurs traces afin de les libérer et se dirigent vers l'autre royaume humain en Terre du Milieu : le Rohan. C'est à ce moment-là que s'achève La Communauté de l'Anneau.

Les Deux Tours débutent presque immédiatement après. Sur leur chemin à travers les terres désolées d'Emin Nuyl, Frodon et Sam font la rencontre de Gollum, une créature au destin bien pathétique. Autrefois un Hobbit répondant au nom de Sméagol, ce dernier est malencontreusement tombé par hasard sur l'Anneau qu'Isildur avait perdu peu après sa victoire sur Sauron. Corrompu par son pouvoir, celui-ci s'est lentement transformé en une misérable créature à la vie étonnemment longue. Vêtu d'un pagne et n'étant plus que vaguement humain, Sméagol est devenu Gollum. Terré dans sa caverne, il a passé cinq cents ans à chérir son "précieux" anneau avant qu'un Hobbit, qui se trouvait par hasard dans sa grotte, ne le lui vole après un défi de devinettes. Ce Hobbit, c'était évidemment Bilbon lors de son voyage avec les nains pour les aider à reprendre leur cité souterraine gardée par le terrifiant dragon Smaug. Depuis ce jour, Gollum déteste la famille Sacquet et cherche à retrouver son "Précieux". Mais après une tentative infructueuse pour le soutirer, Gollum est capturé par Frodon et Sam. Ce dernier veut l'éliminer mais Frodon décide de donner une dernière chance à la créature que son oncle a rendu malheureuse : Gollum les guidera jusqu'au Mordor.

De leurs côtés, Merry et Pippin parviennent à s'évader et trouvent refuge dans la Forêt de Fangorn gardée par Sylvebarbe, un arbre qui parle et marche. C'est un Ent vieux, sage et respecté des autres arbres ; il accepte que les deux Hobbits restent en sa compagnie. Au même moment, Aragorn, Legolas et Gimli retrouvent Gandalf qui a survécu à sa lutte avec la créature de la Moria pour devenir "Gandalf le Blanc". Ensemble, ils chevauchent vers le palais du Rohan dans lequel vit le roi Theoden, un vieillard sénile sous l'emprise de Saroumane par l'intermédiaire de son vil conseiller Grima Langue-de-serpent. Gandalf libère le roi du maléfice et lui annonce que les armées levées par les deux tours (celle de Sauron et celle de Saroumane) s'apprêtent à déferler sur la Terre du Milieu et que la destruction du Rohan, qui se trouve juste à côté du royaume d'Isengard, doit ouvrir les hostilités. Theoden, sa nièce Eowyn, Aragorn, Legolas et Gimli dirigent alors le peuple du Rohan vers le Gouffre de Helm pour l'y protéger. La bataille fait rage au cours de la nuit mais les forces de Saroumane sont défaites grâce aux renforts appelés par Gandalf et menés par le brave chevalier Eomer que Theoden, alors possédé, avait banni.

Pendant ce temps, Frodon, Sam et Gollum arrivent devant la Porte Noire du Mordor mais sont contraints de chercher un autre chemin pour pénétrer dans le royaume de Sauron. Gollum, ayant encore envie de reprendre l'Anneau, décide de les faire passer par un chemin secret qu'il connait et qui traverse les monts noirs entourant le Mordor. En cours de route, Gollum parvient temporairement à redevenir Sméagol sous l'aide bienveillante de Frodon, mais le trio est capturé alors qu'il traverse un Gondor affaibli par les assauts répétés des Orcs de Sauron. Leur ravisseur est Faramir, le petit-frère de Boromir. Celui-ci apprend l'objet de leur quête mais parvient, contrairement à l'illustre Isildur qui régna sur son royaume, à résister à la tentation de l'Anneau en relachant les trois aventuriers afin qu'ils poursuivent leur but.

Le Retour du Roi fait office de climax final démesuré où tous les enjeux de cette saga chorale sont définitivement résolus. Après s'être assuré que Saroumane est hors d'état de nuire après sa défaite au Gouffre et l'assaut de sa tour par les Ents furieux du traitement qu'il avait infligé à la nature pour monter son armée, Gandalf part avec Pippin vers la citadelle blanche Minas Tirith, la glorieuse capitale du Gondor. Ils tentent de convaincre l'intendant de se préparer à un assaut final mais c'est peine perdu. Faisant la sourde oreille, ce dernier envoie carrément son dernier fils mener une attaque vaine devant le conduire à une mort certaine, heureusement évitée d'extrême justesse par l'intervention de Gandalf. Le sorcier dirige alors les soldats de la cité afin de faire face à la colossale armée qui déferle sur Minas Tirith et de tenir jusqu'à l'arrivée des troupes réunies par le Rohan.

Au même moment, Sméagol redevient Gollum en pensant que Frodon a tenté de le trahir en le livrant momentanément aux mains des hommes de Faramir. Il entraine de fait les deux Hobbits dans un souterrain qui s'avère être l'antre d'Arachné, une gigantesque araignée. Mais le plan de Gollum échoue puisque Frodon et Sam parviennent à s'en sortir : le premier est capturé par des Orcs et le second, toujours aussi courageux et dévoué, parvient à le libérer avant que leurs ennemis n'apprennent qu'ils avaient l'Anneau entre leurs mains. A l'aube, le Gondor est libéré par l'effort conjoint des cavaliers du Rohan, qui livrent une bataille démentielle, et d'une armée de soldats damnés qu'Aragorn a contraint à faire respecter le serment qu'elle avait fait autrefois avec son ancêtre Isildur.

Les survivants décident de défier Sauron devant la Porte Noire afin de distraire son attention en lui montrant qu'ils ne se soumettront jamais et de permettre ainsi à Frodon (s'il est encore en vie) de se frayer un chemin à travers le Mordor. Frodon et Sam en profitent et parviennent jusqu'au sommet de la Montagne du Destin. Une fois là-haut, Frodon refuse de jeter l'Anneau mais Gollum le rattrape et l'attaque avant de tomber malencontreusement dans la fournaise... en serrant une dernière fois son "Précieux". Sauron est défait, Aragorn devient roi du Gondor et épouse Arwen malgré les réticences de son père, les Hobbits retournent chez eux. Mais Frodon ne se remettra jamais de son voyage et des blessures qu'il a reçu. Lui et Bilbon sont invités par Gandalf, Galadriel et Elrond à partir avec eux, loin de cette Terre du Milieu qu'ils laissent aux mains des hommes mortels.

AUX ORIGINES DU PROJET

J.R.R. Tolkien, né en 1892 en Afrique du Sud, était un professeur de langue et de littérature anglaise aux Univsersités de Leeds et d'Oxford. C'était, de manière plus générale, un grand passionné de linguistique. Son but premier, lorsqu'il écrivit Bilbo le Hobbit en 1937, était d'incorporer les langues qu'il avait inventé de toutes pièces (le Quenya et le Sindarin) dans un univers fantastique : la Terre du Milieu. Si la mythologie de ce pays imaginaire n'était qu'effleurée dans ce premier livre avant tout destiné aux enfants, elle s'etoffa grandement avec la trilogie plus adulte que composa Tolkien entre 1954 et 1955, Le Seigneur des Anneaux, qui faisait suite à Bilbo. Le succès des trois ouvrages ne fut pas immédiat, notamment auprès de l'élite intellectuelle qui regardait d'un oeil méprisant tout ce qui avait trait aux sorciers, aux trolls et aux elfes. Mais petit-à-petit, ils finirent par obtenir une certaine popularité et une renommée qui allait leur permettre de s'imposer comme l'une des oeuvres majeures de la littérature anglaise du XXème siècle.

A partir des années 1970, la trilogie était suffisamment reconnue pour que des producteurs de cinéma commencent à sérieusement envisager son adaptation. En 1978, Ralph Bakshi sortit un film d'animation prévu en deux parties. Mais l'échec au box-office ainsi que l'accueil extrêmement mitigé réservé par la critique et les fans à la première condamnèrent la seconde à être aussitôt abandonnée. Des rumeurs veulent aussi que John Boorman (Délivrance, Excalibur, La Forêt d'émeraude) ait été tenté par la perspective de transposer sur le grand écran le vaste monde construit par Tolkien. Mais à cause de l'ambition nécessaire pour mener à bien la relecture cinématographique d'une telle oeuvre considérée comme inadaptable, Le Seigneur des Anneaux découragea les producteurs et les réalisateurs jusqu'au milieu des années 1990, lorsque Peter Jackson décida d'y consacrer les prochaines années de sa vie. Attristés par l'échec commercial de Fantômes contre fantômes puis par l'abandon (temporaire) de son remake de King Kong par le studio Universal, Jackson et sa femme Fran Walsh souhaitèrent s'atteler à ce monument dont la lecture les avait bouleversés dans leurs jeunes années.

Commença alors un long et laborieux travail visant à convaincre des producteurs potentiels disposant des moyens nécessaires pour concrétiser les séquences délirantes et démesurées qui émaillent les milliers de pages du Seigneur des Anneaux. L'une des offres saugrenues les plus célèbres au cours de la pré-production fut lorsque le studio Miramax, dirigé par le fameux producteur Harvey Weinstein, annonça qu'il acceptait de produire l'adaptation si celle-ci se faisait en un seul film de moins de trois heures. Jackson claqua logiquement la porte devant une telle absurdité (qui fut loin d'être la dernière de la carrière de Weinstein) pour se tourner vers la maison de production Fine Line et la boite de distribution New Line. La seconde étape de cette interminable pré-production fut l'élaboration très précise des story-boards pour les trois films, ce qui les tint occupés pendant plusieurs années. En parallèle, de nombreux artistes créèrent des milliers de dessins préparatoires visant à déterminer l'univers, les costumes et les équipements des personnages. Chaque dessin était approuvé personnellement par Peter Jackson à l'aide d'un tampon "Approved P.J." (soit, "Approuvé par Peter Jackson"). 

Une fois que ce travail a été accompli en amont, Jackson et son équipe s'occupèrent de cette étape essentielle qu'était le casting. Le rôle principal, malgré la volonté du réalisateur que Frodon, comme tous les autres Hobbits, parle avec un accent anglais, fut attribué au jeune américain Elijah Wood. L'acteur peu connu qui pouvait avoir été vu dans Deep Impact fut tellement obstiné par l'idée d'obtenir le personnage qu'il fit un énorme boulot pour changer son accent et envoya un petit film dans lequel il incarnait littéralement Frodon avec l'aide d'un déguisement. Evidemment, cela finit par convaincre Jackson. Il est à noter qu'un autre jeune acteur américain, dorénavant assez célèbre, a récemment avoué qu'il avait piteusement (selon ses dires) tenté d'intégrer la distribution. Il s'agit de Jake Gyllenhaal, découvert avec Donnie Darko, qui a passé un essai sans être au courant de la volonté de Jackson au sujet de l'accent anglais. Le rôle de Gandalf aurait aussi pû échoir à un comédien très différent. Sean Connery a été à deux doigts d'obtenir le personnage mais Jackson aurait refusé malgré la pression des fans sous prétexte qu'il préférait quelqu'un de moins célèbre et donc de moins immédiatement reconnaissable  ; une autre rumeur fait état que c'est Connery lui-même qui aurait refusé le rôle car il ne comprenait rien au scénario (il prit peu de temps après sa retraite, à la fin du très bordélique tournage de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires qui l'a laissé amer). C'est donc Ian McKellen, surtout connu à cette période pour son incarnation du méchant mutant Magneto dans le premier X-men de Bryan Singer, qui devint Gandalf et qui en livra une inoubliable interprétation.

Le reste de la distribution allia les noms plus ou moins fameux. L'américain Sean Astin (Les Goonies de Richard Donner) devint le loyal Sam Gamegie, Billy Boyd interpréta Pippin, Dominic Monaghan joua Merry avant d'aller participer à la célèbre série télévisée Lost, et le vénérable Ian Holm (Alien, Les Chariots de Feu, Greystoke, Brazil,... pour ne citer que le début de son immense filmographie) prêta ses traits à Bilbon. Voilà pour les Hobbits ! L'immense Christopher Lee, continuant à incarner les méchants les plus terrifiants de l'Histoire du cinéma avec sa voix caverneuse (Dracula, l'homme au pistolet d'or, Fu Manchu, le comte Dooku dans Star Wars), obtint logiquement le rôle du sinistre Saroumane après avoir malgré tout tenté de devenir Gandalf (il est aussi la seule personne de l'équipe du film à avoir eu la chance de rencontrer J.R.R. Tolkien).

Pour ce qui est des hommes, Viggo Mortensen (L'Impasse, le remake de Psycho par Gus Van Sant et avant sa fructueuse collaboration avec David Cronenberg) eut in extremis le personnage d'Aragorn, Sean Bean (le bad guy Alec Trevelyan dans GoldenEye) fut choisi pour incarner Boromir, l'australien David Wenham (qui fut ensuite dans Australia et la série de Jane Campion Top of the Lake) devint Faramir, Bernard Hill (le capitaine du Titanic dans le classique de James Cameron) obtint le rôle du roi Theoden, le néo-zélandais Karl Urban allait incarner Eomer tandis que la brave Eowyn fut confiée à Miranda Otto (aperçue dans La Ligne Rouge de Terrence Malick et puis, plus tard, dans la ténébreuse Guerre des Mondes de Spielberg). Parmi le peuple des Elfes, l'alors inconnu Orlando Bloom devint l'archer hors pair Legolas (un rôle qui lui permettra de briller un temps dans des films d'action en costumes comme Pirates des Caraibes et Kingdom of Heaven), l'australien Hugo Weaving troqua le costume noir de Mr. Smith dans la faramineuse trilogie Matrix avec les magnifique atours d'Elrond dans cette autre saga gigantesque du début du XXIème siècle, le top-model aux yeux sidérants Liv Tyler reçut le personnage d'Arwen et Cate Blanchett fut prise pour interpréter cette Galadriel qui allait, conjointement à son incarnation très impressionnante de la reine Elizabeth, lui ouvrir les portes d'Hollywood. Enfin, John Rhys-Davies, second rôle inoubliable dans Indiana Jones 1 et 3, eut droit à deux rôles déguisés : celui du nain Gimli et celui de Sylvebarbe auquel il donna sa voix.

Maintenant que l'équipe était au complet, il restait une dernière chose à créer avant de se lancer dans cette grande aventure qu'allait être le tournage : l'Anneau. Des joalliers furent chargés de le conçevoir en prenant pour modèle l'Alliance de l'un des producteurs du film, Rick Porras. Il fut décliné sous plusieurs tailles afin de pouvoir être raccord lorsqu'il était tenu par différents protagonistes (les Hobbits et les Nains étant beaucoup plus petits que les Elfes ou les Hommes).

LE LONG PERIPLE

S'il a évidemment été épuisant pour son metteur en scène qui venait déjà de s'atteler avec acharnement à plusieurs années de développement, le tournage a beaucoup demandé aux acteurs. Si l'on additionnait le temps que pouvait prendre le maquillage avec le temps d'attente et parfois d'acheminement jusqu'aux lieux reculés où devaient s'effectuer le tournage, le temps des prises de vue et enfin le temps du démaquillage, on pouvait obtenir des journées de travail dépassant la quinzaine d'heures. Mais cette aventure ne fut pas que physique malgré les nombreux entrainements aux combats que les comédiens ont subis : certains comme Cate Blanchett ou Hugo Weaving dûrent apprendre à parler un langage elfique qui n'avait jusque-là jamais été employé autrement qu'à l'écrit. Ils furent soutenus par Andrew Jack, un spécialiste des dialectes qui leur enseigna comment prononcer phonétiquement les mots inventés par Tolkien.

Mais Peter Jackson fut lui-même confronté à de nombreuses difficultés concernant sa mise en scène. On peut prendre comme exemple la question de la différence de tailles entre les petits Hobbits et les Nains par rapport aux Hommes et aux Elfes. L'une des solution avant les trucages de synthèse, devenus moins coûteux et donnant une plus grande liberté à Jackson lorsque celui-ci se lança plus tard dans la trilogie-préquelle The Hobbit, fut d'employer ce que l'on appelle la perspective forcée : on met les personnages les plus grands au premier plan et les plus petits au second plan tout en masquant la distance qui les sépare afin de faire croire qu'ils ont une taille différente. Ainsi, Elijah Wood faisait parfois mine de regarder Ian McKellen lors d'une conversation alors qu'ils n'étaient en fait pas du tout face-à-face. Mais cette technique ne peut pas être appliquée à toutes les séquences. Ainsi, Jackson et son équipe ont reproduit des décors sur plusieurs échelles. La maison de Frodon notamment, qui existait en grand exemplaire pour Elijah Wood et en format plus réduit pour que Ian McKellen s'y déplace avec difficulté. On employa aussi des images composites, des échasses pour grandir les comédiens, voire carrément des doublures géantes ou naines.

Un des autres problèmes de Jackson avait trait à la tonalité de sa trilogie. En effet, Le Seigneur des Anneaux n'est pas avare en batailles violentes et en monstres effrayants. Or le metteur en scène ne pouvait se risquer à reçevoir une classification "R", soit une interdiction aux mineurs aux Etats-Unis, ou une de ses équivalences dans les autres pays sachant que le studio derrière le projet avait besoin du jeune public pour l'aider à rentabiliser le projet, et ce, même si le fait qu'il sorte en trois films allait l'aider à recouvrer la somme initialement mise sur le tapis. Néanmoins, Peter Jackson aime les éclats sanglants puisqu'il a notamment été découvert avec Braindead et Bad Taste, deux farces ne lésinant pas sur les excès gores. Pour ne pas gêner l'un des deux "partis", le réalisateur a trouvé une bonne idée : les Orcs et les autres créatures ennemies auront du sang noir plutôt que rouge. Etonnemment, la moindre éviscération devint aussitôt acceptable aux yeux de la censure. Cette méthode avait déjà été employée par le tandem Quentin Tarantino/Robert Rodriguez pour Une Nuit en Enfer dans lequel le sang des vampires, qui coulait abondamment lors de la dernière demi-heure, était de couleur verte. James Cameron lui-même avait par la suite indiqué qu'il envisageait d'employer du sang bleu afin de conserver la violence graphique du manga Gunnm sans risquer de s'attirer les foudres de la commission de censure avec sa superproduction Battle Angel qu'on désespère de voir un jour sur les écans (a priori, pas avant qu'il n'ait fait sa quadrilogie Avatar, dont ce sera au mieux pour 2020). 

L'un des départements qui eut le plus de boulot fut celui de la direction artistique qui devait s'occuper des décors. L'un des plus fameux fut celui de Hobbitebourg, construit en extérieur sur les collines d'une ferme de Matamata à une centaine de kilomètres d'Auckland. Basé sur les croquis des illustrateurs John Howe et Alan Lee, le village devait avoir un aspect idyllique déterminant car indiquant pourquoi Frodon était prêt à tout risquer pour empêcher que Sauron ne s'en empare. Pour cela, les plantes, les fleurs et les potagers furent plantés un an avant les premières prises de vue dans le décor afin de lui donner un charme mais aussi une authenticité et un vécu qui ne seraient pas feints. Le décor fut détruit à la fin du tournage, puis reconstruit à l'identique sur le même terrain quelques années plus tard à l'occasion du Hobbit. Depuis, Hobbitebourg est resté intact et fait maintenant office de musée et de détour obligé pour tout amateur de la saga en passage en Nouvelle Zélande. D'autres décors extérieurs furent plus délicats encore à concevoir. Ce fut le cas d'Edoras, la capitale du Rohan. Elle a été construite sur le Mont Sunday, à six cents mètres d'altitude, qui se trouvait à plus d'une heure de la ville la plus proche. Pour aller construire Edoras puis y tourner, il fallut d'abord élaborer des routes et des ponts provisoires pour pouvoir y accéder et y amener le matériel nécessaire. Mais les décorateurs ne firent pas dans la demi-mesure : Edoras était capable de supporter des vents de plus de 130 km/h (ça souffle beaucoup en Nouvelle Zélande). Comme la protection de la nature est extrêmement importante pour les néo-zélandais, le décors fut construit en six mois et déconstruit sur un même laps de temps afin de s'assurer que le paysage retrouve son aspect original après le passage de l'équipe. Il est à noter que des kilomètres de moquettes furent employés pour ne pas abimer les endroits naturels immaculés servant de décors aux trois films. 

Certains personnages furent aussi de vrais casse-tête à élaborer. Le plus fameux fut Gollum qui était l'un des plus grands challenges (admirablement relevés) du studio d'effets spéciaux WETA : sa réussite lui donna une telle crédibilité qu'il talonna puis dépassa l'alors indétrônable ILM, boite conçue par Lucas pour La Guerre des Etoiles, aux yeux de l'industrie hollywoodienne. La solution qui fut trouvée fut la motion capture, un procédé déjà employé depuis une dizaine d'années dans l'univers vidéoludique puis repris peu de temps après Jackson par Robert Zemeckis qui commença à l'expérimenter avec Le Pôle Express. Mais cette nouvelle technique fut pour la première fois découverte massivement par le public avec Les Deux Tours. Gollum était à ce titre la créature numérique la plus expressive jamais élaborée, et pour cause puisque Jackson avait poussé au maximum ses équipes afin que les interraction capitales entre le Hobbit déchu et le duo Frodon/Sam soient crédibles et émouvantes. Puisque les animateurs ne pouvaient, malgré leurs talents, reproduire le plus fidèlement possible les mouvements et les émotions d'un être humain, on fit appel à Andy Serkis, un acteur britannique devenu depuis le maître de la motion puis de la performance capture avec ses fortes interprétations de King Kong, du singe Caesar dans le reboot de La Planète des singes ou encore du Capitaine Haddock dans le Tintin de Steven Spielberg. Lors des prises de vue, Serkis portait une combinaison ayant des capteurs sur le corps et des marqueurs sur son visage afin d'enregistrer ses gestes et ses expressions pour les retransposer directement sur son double numérique Gollum. Il joua ainsi deux fois chaque scène : d'abord avec les acteurs en portant une tenue moulante lui permettant d'être facilement effacé de l'image, puis ensuite dans un studio à part pour donner vie à ce Gollum qui allait être incrusté pour prendre sa place dans le plan. Une immense implication de la part du comédien qui composa un personnage inoubliable à la voix si particulière. Sylvebarbe fut aussi un autre personnage difficile à rendre à l'écran car il devait mélanger de manière invisible des images de synthèse avec des modèles animatroniques de plus de quatre mètres. De nombreux animateurs s'arrachèrent les cheveux devant l'incroyable complexité que constituait l'animation de la moindres feuille ou branche qui composait l'Ent.

Certaines scènes pivôts de l'intrigue nécessitèrent une attention toute particulière car elles étaient très attendues par les lecteurs de la trilogie de Tolkien. L'une d'elle était la bataille nocturne dans le Gouffre de Helm. Elle fut filmée toutes les nuits sous une pluie battante pendant quatorze semaines dans une carrière près de Wellington qui avait été transformée à cette occasion. Ce morceaux de bravoure qui dure près de trois quarts d'heure dans Les Deux Tours a nécessité un savant mélange entre les images réelles, les images de synthèse et l'ajout de maquettes. Les cris des troupes de Saroumane ont été reccueillis de manière peu commune : Jackson et son équipe sont allés au stade de Wellington lors d'un match de cricket entre la Nouvelle Zélande et l'Angleterre et ont demandé au public lors de la mi-temps d'imiter les cris de guerre, les chants ou encore les bruits de pas de l'armée en marche. Ce morceau de bravoure déjà hallucinant à l'époque n'était pourtant que la mise en bouche du combat gargantuesque devant Minas Tirith dans le troisième et dernier épisode qui comptait au moins cinq fois plus de soldats, tous animés à l'aide d'un logiciel extrêmement élaboré visant à donner à chacun une "personnalité" particulière.

L'autre passage capital était la rencontre entre Frodon et Arachné, qui est l'un des préférés des fans ainsi que l'un des plus terrifiants de l'aventure du jeune Hobbit. Présente dans le deuxième bouquin mais finalement intégrée au troisième film pour épaissir le parcours de Frodon après la suppression complète d'une sous-intrigue lors de son retour à Hobbitebourg (dans le livre, Saroumane parvient à prendre le contrôle de la Comté et de Hobbitebourg), la confrontation entre le petit homme et l'araignée géante se devait d'être à la hauteur de l'attente qu'elle suscitait. En bon arachnophobe, Peter Jackson parvint à la magnifier dans toute l'horreur qu'elle pouvait lui inspirer. Il racontait à ce sujet : "Ce que je trouve terrifiant chez les araignées, c'est leur façon de bouger rapidement, de se jeter sur quelque chose, de redémarrer puis de s'arrêter. C'est ce que je voulais retranscrire avec Shelob [le nom original d'Arachné]. J'ai donc donné des instructions aux animateurs de WETA pour que le monstre se déplace très rapidement, d'une façon étonnamment rapide pour sa taille" [1]. A l'aide d'appareils sophistiqués, Jackson a filmé en ayant directement l'araignée qui était incorporée das sa caméra afin de pouvoir déterminer quels angles il allait privilégier pour la rendre encore plus terrifiante.

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LA FIN DE LA QUETE

Pendant que le tournage s'achevait, une question se posait : comment rendre ces trois films esthétiquement homogène afin de donner l'impression qu'ils sont les parties d'un même ensemble ? Les séries sont d'habitude tournées épisode par épisode, ce qui peut entrainer de gros décallage de style puisque les équipes sont parfois amenées à changer. Cela est par exemple notable dans la trilogie originale de Star Wars qui remplaçait le réalisateur à chaque nouvel opus. Néanmoins, à l'instar de Matrix des Wachowski ou de Retour vers le futur de Robert Zemeckis, Le Seigneur des Anneaux dispose du même metteur en scène. Mieux encore, la création des films n'a pas été séparée par plusieurs années, contrairement à (l'horrible) Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal de Spielberg qui se retrouvait complètement à part face aux trois premières aventures du célèbre archéologue car la manière de faire un film avait diamétralement changé entre les années 1980 et 2010. De plus, Peter Jackson et ses producteurs s'étaient mis au préalable d'accord pour utiliser l'étalonnage numérique sur l'ensemble des trois films. Ils ont ainsi numérisé les longs métrages afin de pouvoir ensuite modifier l'éclairage et les couleurs de la photographie avant de les remettre sur pellicule. Grâce à ce bidouillage, la trilogie dispose d'une unité et d'une continuité esthétique. Cela n'a cependant pas empêché quelques modifications au cours du tournage comme la réécriture de certaines scènes (ce qui obligea des comédiens à revenir en Nouvelle Zélande pour rejouer différemment leurs séquences). De plus, le succès de La Communauté... permit à Jackson de reçevoir une rallonge pour peaufiner les séquences des épisodes suivants, voire d'augmenter leur gigantisme maintenant que les producteurs étaient rassurés quant la rentabilité de l'entreprise. De cette façon, près de 20% du Retour du Roi auraient été refilmés quelques mois avant sa sortie.

Mais l'heure de la sortie du premier épisode approchait et le projet ne semblait pas déchainer les foules, éclipsés par quelques blockbusters comme le prochain Star Wars - L'Attaque des Clones prévu en mai 2002, le premier Spider-man au cinéma par Sam Raimi à la même période après que Cameron ait échoué à monter sa propre adaptation au début des années 1990, le premier Harry Potter,... A part une poignée de cinéphiles et de critiques, la venue du Seigneur des Anneaux n'intéressait pas grand monde au début de l'année 2001. L'élaboration de la trilogie avait certes été suivie de très loin par quelques journalistes, mais rien d'équivalent à l'hystérie que l'on voit à présent, via le net, lors de la production du moindre film de divertissement basé sur une licence un tant soit peu connue. Pour éveiller l'intérêt de la majorité tout en rassurant les plus rares qui attendaient beaucoup de Jackson sur ce projet faramineux, la production proposa un montage de vingt-six minutes à une poignée de journalistes privilégiés lors du Marché du Film au cours du Festival de Cannes de mai 2001. Cela en impressionna plus d'un et ces derniers commencèrent à se faire l'écho de cette grande aventure épique prévue pour les fêtes de fin d'année. Après une campagne marketing savamment orchestrée à base de bandes annonces alléchantes et de posters accrocheurs visant à rendre les futurs spectateurs un peu plus familliers avec l'univers de Tolkien, ce qui entraina un bond massif des vente de ses livres un peu avant la sortie du premier épisode, La Communauté de l'Anneau débarqua et se permit non seulement d'obtenir un triomphe au box-office mais aussi, contrairement à la majorité des blockbusters, un accueil très chaleureux de la part de la critique internationale et de la profession qui tendait pourtant à regarder le genre fantastique de très haut.

Le succès a été de plus en plus conséquent au fur et à mesure que sortaient les deux épisodes suivants. En décembre 2003, le monde entier connaissait les livres de Tolkien, que l'on commençait même à lire à l'école, et rares étaient ceux qui n'avaient pas au moins vu un des films de la trilogie. Sorti le 19 décembre 2001 en France, La Communauté... a réuni 6.827.834 spectateurs dans l'hexagone, 870.761.744 $ au box-office mondial [2], 13 nominations aux Oscars et 4 statuettes (meilleure musique pour Howard Shore qui composait là la partition de sa carrière, meilleurs effets visuels, meilleurs maquillages et meilleure photographie). Sorti le 18 décembre 2002, Les Deux Tours a réuni 7.069.149 spectateurs en France, 925.282.504 $ au box-office mondial, 6 nominations aux Oscars et 2 statuettes (meilleurs effets visuels et meilleur montage sonore). L'apogée fut Le Retour du Roi : sorti le 17 décembre 2003, il a réuni 7.256.353 spectateurs en France et 1.119.110.941 $ au box-office international, ce qui en fait actuellement le 7ème plus grand succès de tous les temps (sans ajustement du cours de la monnaie américaine) devant SkyFall et derrière Transformers 3, Iron Man 3, Harry Potter et les Reliques de la Mort - partie 2, Avengers, Titanic et bien sûr Avatar (beaucoup de films récents à cause de la fluctuation du dollars et du surplus de gains non négligeable qu'a constitué l'exploitation de certains de ces films en 3D). Mais ce n'est pas tout puisque le film de Jackson récolta 11 nominations aux Oscars et reçut les 11 statuettes (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleure musique, meilleure chanson originale, meilleure direction artistique, meilleurs costumes, meilleurs effets visuels, meilleur montage, meilleurs maquillages et meilleur montage sonore), sortant ainsi Le Seigneur des Anneaux de la catégorie "technique" qui lui avait été réservée lors des deux années précédentes. Le Retour du Roi est le troisième (et pour l'instant dernier) long métrage de l'Histoire de l'Académie des Oscars à avoir fait un tel score après Ben Hur et Titanic. On peut cependant considérer que ces onze Oscars ne récompensent pas tant ce film précis (peut-être le plus "faible" ou "imparfait" des trois) que la trilogie entière qui ne forme en fin de compte qu'un seul et même long métrage, portant alors le compte à 17 Oscars pour 30 nominations ! 

ET DIX ANS APRES ?

Peter Jackson a-t-il finalement réussi à tenir son pari ? Son Seigneur des Anneaux a-t-il résisté à l'épreuve du temps comme celui de J.R.R. Tolkien ? Une décennie plus tard, qu'en est-il ? On est bien forcé d'admettre que la saga au cinéma a sacrément bien tenu le cap, d'autant plus face à dix années suivantes qui ont été pleines de boursouflures numériques opportunistes tentant de marcher sur les plates-bandes qu'avait ouvert la trilogie de Jackson. Sans succès à chaque fois. Dans le genre "fresque à grand spectacle" mêlant de grands sentiments, un fort récit symbolique et mythologique, un univers dépaysant et un avant-gardisme technologique en parfaite adéquation avec son histoire, il n'y a bien que l'Avatar de James Cameron qui ait été depuis à même de titiller les trois longs métrages de Jackson. Il y a eu quelques tentatives pour détrôner le "monstre", notamment la série Harry Potter qui aurait pu y parvenir si les producteurs s'étaient cantonnés à la confier à des cinéastes capables comme Alfonso Cuaron, mais rien n'est venu pour l'instant durablement s'implanter à la place dans l'esprit des jeunes spectateurs. Rien d'aussi fédérateur ou mémorable au point de rejouer les scènes dans les cours de récrés ou de citer une réplique au détour d'une conversation. D'un point de vue strictement financier, les Hunger Games et les Twilight parviennent à établir des premiers week-ends d'exploitation records, mais ils finissent toujours par se dégonfler dans les jours qui suivent pour disparaitre de nos esprit un mois plus tard avant d'entretenir artificiellement la flamme à coup de pubs aggressives afin d'annoncer la venue de l'épisode suivant qui sera aussi vite oublié.

Bien sûr, on peut légitimement pinailler sur des défauts inhérents au style pas toujours très finaud de Jackson, et qui seront d'ailleurs mis en exergue dans les plus difficiles à aimer (et pas forcément moins intéressants) épisodes composant la trilogie The Hobbit. Des défauts davantage accentués dans ses versions longues qui sont surtout à réserver aux fans des livres de Tolkien. Parfois trop long, trop ampoulé, trop lyrique, trop larmoyant,... "Trop" est une réccurence chez Jackson. Mais ces excès sont aussi les signes plus attachants de l'amour que porte le cinéaste pour cet univers avec lequel il a vécu près de vingt ans. Et à une ère où le cinéma de divertissement craint de laisser aller son imaginaire, faut-il vraiment condamner Jackson pour le fait d'être l'un des rares cinéastes à vouloir donner au spectateur ce pour quoi il est venu et même plus encore ? Le Seigneur des Anneaux a les même défauts que la copie d'un élève trop enthousiaste face au travail qu'on lui demande. Ca va dans tous les sens, ça s'éparpille de temps à autre, ça veut tout faire à la fois et ça réchigne à conclure sobrement et rapidement (car la fin du film est aussi la fin de l'aventure personnelle de Jackson),... Mais au final, ce n'est pas cela que l'on retient.

Les paysages et les décors époustouflants qui donnent une vie et une ancienneté à un monde imaginaire comme on ne l'avait plus vu de manière évidente et admirable depuis La Guerre des Etoiles. Des personnages divers et attachants dont les conflits, les questionnements, les peurs, les joies nous touchent profondément. Des effets spéciaux poétiques mélangeant le charme et la palpabilité de l'artificiel old fashion avec la démesure des images numériques (même si certains ont un peu vieilli, surtout dans La Communauté... qui n'a pas bénéficié d'une rallonge pour améliorer ses images à la dernière minute). Une quête aux enjeux immenses et aux symboles universels. Une musique parmi les plus magnifiques composées pour un film. Un casting admirable et une équipe de tournage liées comme une vraie famille, une communauté solide faisant ainsi une adéquate mise en abime avec l'histoire qu'ils entendaient raconter. C'est de cela que sont faits les grands mythes cinématographiques. Et cela a été possible par l'alliance improbable entre Tolkien et Jackson. Une alliance qui s'est faite, malgré des débuts compliqués, sous les meilleurs auspices possibles puisque Le Seigneur des Anneaux reste l'une des rares grosses productions indépendantes qu'ait compté l'Histoire du cinéma. Et aujourd'hui, qui oserait dire que l'on a fait depuis quelque chose de plus terrassant que le combat de Gandalf dans la Moria, que la bataille du Gouffre de Helm, que la partie de cache-cache avec les cavaliers noirs, que la balade dans le repaire d'Arachné, que le final bouleversant sur la Montagne du Destin et surtout que la charge des cavaliers du Rohan (rappelez-vous comment les sièges tremblaient pendant la projection... à moins que ce ne soit vous qui étiez "secoué" devant tant de puissance formelle galvanisante) ?

[1] Source : http://www.allocine.fr/film/fichefilm-39187/secrets-tournage/

[2] Le nombre d'entrées dans les salles françaises viennent du site Allocine.fr, les chiffres au box-office viennent du site Box Office Mojo

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