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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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Minuscule - La vallée des fourmis perdues

         

Film français sorti le 29 janvier 2014

Réalisé par Thomas Szabo et Hélène Giraud

Aventure

Dans une paisible forêt, les reliefs d'un pique-nique déclenchent une guerre sans merci entre deux bandes rivales de fourmis convoitant le même butin : une boîte de sucres ! C'est dans cette tourmente qu'une jeune coccinelle va se lier d'amitié avec une fourmi noire et l'aider à sauver son peuple des terribles fourmis rouges...

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Bien triste est l’histoire de l’animation française. Alors que la France était à deux doigts de devenir le leader de l’animation numérique, avec un projet d'adaptation de 20 000 lieux sous les mers et de Starwatcher, écrit par Jean Giraud - à qui, étonnante coïncidence, Minuscule - La vallée des fourmis perdues est dédié puisqu'il est le père de l'un des deux réalisateurs - la politique de financement complètement incohérente de l’Hexagone a conduit à l’échec d’une telle entreprise au profit de l’américain Pixar, ce dont on ne se plaint pas, même si le déclin du studio à la lampe devient de plus en plus préoccupant - pour plus d’information, voir feu l’excellent blog du non moins excellent Rafik Djoumi. La France n’est cependant pas en reste puisqu’elle a fourni malgré tout un certain nombre de films qui attristent surtout par sa pauvreté technique – du 2D ad nauseam – et son absence totale de second degré. La perception de l’animation, considérée comme un divertissement pour gamins, s’est constatée encore cette année lorsque l’on annonçait la nomination pour le César du meilleur film d’animation Loulou, l’incroyable secret.

Pourtant, de petites perles sont produites, en particulier en matière de courts métrages, par exemple Oktapodi, improbable roller coaster animalier muet – tout comme le film critiqué ici – qui montrait que la France était encore capable de briller avec une production rythmée et drôle. Arrive alors Minuscule..., un long métrage adapté d’une mini-série. Une production dont on a assez peu parlé dans les médias, limitant la promotion à quelques affiches. L’accueil est enthousiaste, mais pas toujours adapté : l’ensemble est encore considéré comme un film « familial », comprendre « qui ravira les petits comme les grands » - formulation complètement idiote soit dit en passant, en-dessous de 10 ans, un enfant est absolument INCAPABLE de tenir assis tranquillement dans une salle pendant une heure et demi, et, de fait, amener son gamin au cinéma est une absence flagrante de respect pour le spectateur qui n’achète probablement pas sa place à 8 euros pour entendre des mioches, fin de la parenthèse. Pourtant, Minuscule... est, à plusieurs titres, une véritable bombe.

Le film commence avec un carton expliquant que sera retranscrite ici une légende fourmie contant comment l’héroïsme d’une coccinelle a permis la disparition d’un peuple de fourmis. Et effectivement, il faut remonter à très loin pour trouver un film français aussi épique que celui-ci. Quel est notre personnage principal ? Une coccinelle fraîchement née connaissant un début de vie heureux avant de perdre une aile après s’être fait agresser par une bande de mouches. La coccinelle, abandonnée des siens, seule sous une pluie battante augmentant la tension dramatique, n’aura d’autre choix que de se réfugier dans une boîte à sucre. L'insecte fera alors la connaissance d’une sympathique troupe de fourmis en mission qu’il essayera d’intégrer, et s’accomplira en apprenant à voler, en sauvant une colonie d’une invasion de fourmis rouges fascistes adeptes d’architecture nazie, et en combattant ses propres peurs lorsqu’il se décidera à entrer dans ces égouts qui l’effrayaient tant auparavant. Tout cela se termine après un final destructeur et une promesse de renouveau, lorsqu’il est devenu une légende, à travers l’un des plus beaux derniers plans que le cinéma français nous ait jamais fourni.

Un héros tel que Joseph Campbell – les auteurs, de façon non surprenante, revendiquent cette influence – l’avait décrit, et dont on suit le parcours initiatique et la quête identitaire. Ainsi, notre héros tente de rejoindre un groupe de coccinelles avant que son absence d’aile gauche ne le rappelle à la réalité, et rêve de son passé idyllique à travers de déchirants flashbacks. Et surtout, les moments de bravoure abondent, en particulier une ahurissante course-poursuite sur une route et une scène de survie sur une rivière qui rappelle le chef-d’œuvre de John Boorman Délivrance. Une des qualités du film est son caractère hautement référentiel – jusque dans son titre – en effet, Minuscule... réussit l’exploit de citer entre autres Hitchcock et Peter Jackson sans se ridiculiser parce qu’il arrive à mettre ses références au service de son récit – ce qui n’était pas le cas pour un Shrek, par exemple. Alors évidemment, le film est en partie cliché – mais heureusement, comme il s’agit d’un film d’animation français, les hystériques adeptes du Avatar-bashing ignorant les écrits de Campbell se tairont ici – mais le film fait aussi preuve d’une inventivité et d’une audace folles.

En effet, souvenez-vous des convulsions que nous faisaient les critiques à propos de l’"incroyable" courage dont faisait preuve Pixar en plaçant une séquence muette de vingt minutes dans Wall-e... Ici, l’intégralité du film est muet – ce qui nous évite le sempiternel et insupportable doublage par des comédiens estampillés Canal + - et il faut de fait saluer l’incroyable travail qui a été accompli sur le son. Au-delà de la sympathique musique de Hervé Lavandier, il faut noter l’utilisation astucieuse des différences d’échelle sonore. Alors que le film débute sur un couple qui pique-nique, les insectes n’étant présents que par le son des criquets et quelques passages fugaces au premier plan de bêtes, annonçant intelligemment l’aventure à venir, le film zoome sur son sujet, changeant les sons pour les transformer en des bruits de moteur. Le film joue d’ailleurs beaucoup sur les rapports de taille en montrant l’écart entre le gigantisme auquel les insectes sont confrontés – le transport d’un trésor source de bien des convoitises et de troubles géopolitiques, si, si… - et le ridicule de la situation pour un être humain – une boîte à sucre qui escalade un muret. Enfin, techniquement, le film est très ambitieux puisqu’il mêle des prises de vue réelles dans le magnifique parc naturel du Mercantour avec des prises animées numériquement à travers des incrustations hélas pas toujours bienheureuses – en particulier dans les plans larges. Néanmoins, il convient de saluer la prouesse qu’est ce film qui, on l’espère, annonce l’avènement d’un futur grand studio. C’est en tout cas l'une des meilleures surprises du genre depuis la sortie de Toy Story en 1995. Espérons que les espoirs nés de ce tour de force ne seront pas déçus.

8/10

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