Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

Publicité

GRAND PIANO

Film espagnol sorti  le 30 avril 2014 (en DVD)

Réalisé par Eugenio Mira

Avec Elijah Wood, John Cusack, Kerry Bishe,...

Thriller

Un pianiste de renom abandonne sa carrière en raison de son trac paralysant. Il revient sur scène cinq ans plus tard, mais quand il s'apprête à jouer, il voit qu'une menace de mort est écrite sur sa partition. Il va devoir jouer le meilleur concert de sa vie pour sauver sa femme...

Publicité

Entre hommage brillant et parodie légèrement cynique des brillants hommages un tantinet parodiques que Brian De Palma offrait autrefois à Alfred Hitchcock, ce premier film est aussi époustouflant par sa mise en scène que décevant par les limites de son concept. Les personnages sont réduits à l'état de figures unidimensionnelles et désincarnées tandis que l'intrigue, un brin farfelue, peine à justifier l'enchaînement de séquences toutes plus admirables les unes que les autres si on les prend indépendamment. Reste un flot de citations cinématographiques qui enchantera pendant une heure et demie les fans de L'Homme Qui En Savait Trop et de Blow Out.

C'est peu dire que la grammaire cinématographique qu'employait feu-Alfred Hitchcock a fait des émules auprès des générations suivantes de cinéastes. En effet, ces derniers se sont déléctés à la réemployer à tort et à travers dans des films que l'on pourrait regrouper dans un seul et même ensemble qui serait uni par une sorte de style "néo-hitchcockien". Le plus grand disciple du cinéaste de Sueurs Froides fut évidemment Brian De Palma. Ce dernier n'a jamais caché son amour pour les films de Hitchcock et, principalement dans les années 1970 et 1980, n'avait aucune honte à reprendre des pans entiers de l'oeuvre du maître pour les remanier à sa sauce : Obsession est une relecture à peine déguisée de Sueurs Froides, Pulsion reprend le "twist" de Psychose et l'intrigue de son chef d'oeuvre Body Double est un mélange entre Sueurs Froides et Fenêtre sur cour. Ces emprunts pourtant assumés lui ont valu très régulièrement l'ire et le mépris de la critique et des cinéphiles - avant une inévitable reconsidération tardive : on ne badinait pas avec le Maître du suspense, même si c'était pour se livrer à un admirable jeu de reconstruction questionnant la puissance manipulatrice de l'image comme le faisait toujours De Palma à travers ses thrillers "prétextes" !

Enfin ça, c'était avant. Depuis les années 1970 et ses premiers cinéastes post-modernistes qui n'inventaient plus les formes cinématographiques pour reprendre les anciennes afin de les parodier, de les détourner ou de les honorer, la citation voire le pastiche sont dorénavant appréhendés par la critique avec sérieux. Les années 1990 ont vu une accélération du phénomène avec des conséquences parfois désastreuses (la filmographie de Robert Rodriguez par exemple), parfois jubilatoires (les films des frères Coen et de Quentin Tarantino). Et le "thriller hitchcockien" est devenu un genre privilégié et relativement aisé à reprendre. Pas un mois à présent ne passe sans qu'un nouvel avatar ne sorte. Et le premier long métrage d'Eugenio Mira n'aura aucun mal à figurer au sein de cette longue liste tant il réclame plus qu'ouvertement l'héritage du bedonnant cinéaste britannique - à moins qu'il ne s'agisse de celui du bedonnant cinéaste américain qui le reprenait déjà. C'est un peu là l'une des nombreuses limites de Grand Piano : on n'arrive jamais à déterminer si c'est un hommage à Hitchcock ou à Brian De Palma puisque le film oscille entre parodie du style hitchockien et parodie de la parodie du style hitchcockien que livrait De Palma. L'ennui, c'est que l'exercice du pastiche tourne cette fois à vide, ne servant aucune réflexion, aucune analyse pour ne satisfaire que l'égo surdimensionné de son cinéaste qui veut montrer - voire qui ose prétendre - dès ses débuts qu'il sait aussi bien manier une caméra que sir Hitchcock lors de l'apogée de sa carrière. Pire, il sous-entend par son film que c'est d'une facilité déconcertante et à la portée du premier venu.

De fait, Grand Piano regorge de plans séquences brillants mais dénués de sens, de mouvements de caméra amples, de travellings circulaires vertigineux, d'images directement reprises du mémorable répertoire d'Alfred Hitchcock. Ici un plan de Sueurs Froides, là un plan de Fenêtre sur cour,... Ou ne serait-ce pas plutôt un plan directement tiré de Blow Out de Brian De Palma ? Et cet humour sous-jacent cherche-t-il à imiter le savoureux humour noir de Hitchcock ou dessert-il une visée plus cynique et moqueuse en montrant la facticité des figures popularisées par le réalisateur anglais ? Pour peu, Grand Piano pourrait s'apparenter au Scream des "thrillers hitchcockiens" - heureusement, son insuccès devrait nous éviter une flopée d'ersatzs roublards comme il y en a eu dans le "slasher" à la suite du film de Wes Craven. Aussi plaisant soit-il à regarder (d'autant plus que le film est très court) cet exercice pour étudiants de cinéma est d'une vacuité certaine. Pour preuve de son échec, l'absence constante d'empathie que l'on a pour tous les personnages sous-développés amène à annihiler l'effet que ces mouvements ostentatoires de caméra étaient supposés avoir - le "split screen" (l'écran coupé en deux images, l'un des effets favoris de Brian De Palma) qui a lieu au cours de l'intrigue échoue à faire naître une quelconque angoisse en jouant sur deux points de vue divergeants d'un même évènement et n'apparait donc que comme un clin d'oeil gratuit et vide de sens fait à l'intention des cinéphiles amoureux du Soeurs de sang de De Palma.

Si l'incroyable séquence de l'opéra dans L'Homme qui en savait trop d'Alfred Hitchcock - avec laquelle l'intrigue complète de Grand Piano semble être une relecture complète - demeure l'un des sommets de tension que nous aura offert le 7ème art, c'est parce que le dilemne et l'impuissance du couple de héros (James Stewart et Doris Day) sont palpables et préparés bien en amont au cours d'une heure et demie de long métrage visant à aboutir à ce climax émotionnel, à savoir sauver un homme sur le point d'être abattu au risque de mettre en danger leur fils kidnappé. Dans le long métrage de Mira, le suspense ne fonctionne presque jamais tant la puissance et l'omnipotence du méchant principal est constamment remise en question. La menace, une fois passée la première moitié du film, n'a plus rien menaçante, d'autant plus qu'elle doit s'appuyer sur un sous-fiffre lamentable et qu'elle se retrouve très bêtement prise de court. Néanmoins, si l'on est un admirateur de ces deux gigantesques cinéastes que sont Hitchcock et De Palma, on saura être indulgent devant cette réminescence imparfaite mais amusante de leurs plus grands travaux. Et Elijah Wood y livre une performance intense en artiste obligé de transcender son "trac" pour sauver celle qu'il aime - une blonde évidemment,... Tout comme James Stewart se devait de vaincre son vertige pour protéger la femme qui hantait son esprit dans Sueurs Froides... Tout comme Craig Wasson se devait de faire fi de sa claustrophobie pour faire de même dans Body Double... Grand Piano ou l'hommage ironique qui arrive trente ans trop tard. De par son concept (un thriller en temps réel avec un héros coincé dans un même lieu avec un mystérieux tireur le mençant), on est malgré tout beaucoup plus proche d'une nouvelle version "2010" du piteux Phone Game de Joel Schumacher.

5 / 10

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article