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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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LA BELLE ET LA BETE

Film franco-germanique sorti le 12 février 2014

Réalisé par Christophe Gans

Avec Vincent Cassel, Léa Seydoux, André Dussolier,...

Fantastique, Romance

En 1810, après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s'exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux se trouve Belle, la plus jeune de ses filles, joyeuse et pleine de grâce. Lors d'un éprouvant voyage, le Marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose. Se sentant responsable du sort qui s'abat sur sa famille, Belle décide de se sacrifier à la place de son père. Au chateau de la Bête, ce n'est pas la mort qui attend Belle, mais une vie étrange où se mêlent les instants de féerie, d'allégresse et de mélancolie. Chaque soir, à l'heure du dîner, Belle et Bête se retrouvent. Ils apprennent à se découvrir, à se dompter comme deux étrangers que tout oppose. Alors qu'elle doit repousser ses élans amoureux, Belle tente de percer les mystères de la Bête et de son domaine. Une fois la nuit tombée, des rêves lui révèlent par bribes le passé de la Bête. Une histoire tragique qui lui apprend que cet être solitaire et féroce fut un jour un Prince majestueux. Armée de son courage, luttant contre tous les dangers, ouvrant son coeur, Belle va parvenir à libérer la Bête de sa malédiction. Et se faisant, découvrir le véritable amour...

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L'un des sporadiques grands spectacles populaires français à ne pas être une inepte comédie TF1 avec Dany Boon ou un biopic mou du genou se révèle être un bien malheureux échec tant sur le plan esthétique que financier malgré ses ambitions louables. Enième relecture du célèbre conte, cette version de la Belle et la Bête souffre de la comparaison avec ses illustres prédecesseurs, dont les films de Jean Cocteau et de Disney. Si la direction artistique est plus réussie qu'on pouvait le craindre, le long métrage est complètement désincarné et sonne toujours faux. La première heure fait difficilement illusion et la seconde vire dans une surenchère aussi injustifiée que grotesque.

Il est toujours désagréable de dire du mal d'un film lorsque celui-ci part d'une bonne intention. On aimerait soutenir l'entreprise et les envies audacieuses d'un réalisateur ou de ses producteurs, mais on est parfois obligé de reconnaitre à contrecoeur que le résultat n'est pas forcément à la hauteur des attentes et des ambitions placées dans le projet. On doit ainsi faire abstraction de la note de départ lorsque l'équipe de tournage engendre une oeuvre objectivement bancale. Les meilleures volontés du monde ne suffisent malheureusement pas pour faire un bon film. La Belle et la Bête est un exemple parfait de ces longs métrages que l'on aurait aimé aimer, défendre et promouvoir. D'abord parce qu'il est le nouveau film de Christophe Gans, un des plus brillants esthètes officiant dans le cinéma français à l'heure actuelle, et que, par conséquent, chaque travail de sa part est au minimum intéressant puisqu'il doit a priori se démarquer du tout venant produit chez nous. Néanmoins Gans, malgré une poignée de succès souvent salués par la critique (Le Pacte des Loups ou encore Silent Hill), rencontre d'énormes difficultés à monter ses projets cinématographiques. Ces dernières années, il a notamment dû abandonner son adaptation de la bande dessinée "Rahan" ainsi qu'un film d'aventure avec Vincent Cassel devant moderniser la figure du maléfique "Fantomas".

La seconde raison que l'on a d'attendre le prochain  film de Gans constitue aussi le noeud du problème qui rend chacun de ses longs métrages abominablement compliqué à mener à terme : en plus de disposer d'aptitudes esthétiques évidentes, Gans est aussi un fan de "cinéma de genre". Ce qu'il veut mettre en scène, ce sont des aventures spectaculaires et populaires appartenant à des "genres" que la France a renié depuis bientôt quarante ans. Cette volonté de diversifier le paysage du divertissement cinématographique en France est par conséquent des plus admirables. D'une certaine manière, Gans demeure la figure de proue des Florent Emilio Siri (Nid de Guèpes, L'Ennemi Intime et Cloclo), des Fred Cavayé (Pour Elle et Mea Culpa) et des Jan Kounen (99 Francs). Il a tenté d'ouvrir la voie à des propositions cinématographiques se démarquant diamétralement de la comédie balourde produite pour n'être que diffusée en "prime time" sur TF1 et du drame égocentrique bourgeois se déroulant dans les beaux quartiers de la capitale qui constituent les deux mamelles du 7ème art français aujourd'hui. De façon déplorable, l'indéniable triomphe du Pacte des Loups au box-office, au lieu d'entrainer une réaction de la part des producteurs qui aurait incité ces derniers à développer d'autres projets du même acabit, n'est pas parvenu à conférer un nouveau souffle au fantastique, à l'aventure, à l'horreur - voire par extension à la science-fiction - dans notre vieux cinéma hexagonal.

C'est pour cela que Gans semble avoir opté pour la facilité en se rabattant sur cette énième version de La Belle et la Bête, l'unique projet qui parait s'être développé sans trop d'accrocs et qui a obtenu le soutien de ce grand manitou du cinoche français qu'est Jérome Seydoux, le directeur de Pathé. Probablement lassé et franchement agaçé par cette succession de non-aboutissements sur lesquels il a perdu plusieurs années de sa vie, Gans a pris cette adaptation par défaut. Du moins, c'est l'impression qui s'en dégage tant la direction artistique souvent flamboyante est à l'égal de l'absence de souffle romanesque qui se dégage de l'intégralité du long métrage. D'ailleurs, la grande surprise de ce "blockbuster made in Frane" vient de ses décors, de ses costumes et de ses effets spéciaux plutôt convainquants (les "matte paintings" particulièrement). On nage en terrain connu, certes - surtout si on a vu les récents Alice au pays des merveilles de Tim Burton et Blanche Neige et le Chasseur de Rupert Sanders - mais la représentation de cet univers féérique est suffisamment réussie pour la saluer, surtout quand on connait le mépris que porte habituellement le milieu du cinéma français à l'encontre de tous les métiers autres que ceux de "metteur en scène", de "scénariste" et de "comédien". Néanmoins, s'il serait mesquin de chipoter sur quelques détails esthétiques de mauvais alois ou parfois un tantinet inachevé, la non-originalité de cette direction artistique demeure une réelle épine au pied.

En effet, Gans a toujours davantage brillé pour sa patte visuelle que pour son sens de l'écriture et sa direction d'acteur parfois relativement embarrassante. Et si l'identité de l'univers qu'il dépeint est peu affirmé, cela peut se révéler fort dommageable puisque son film aura bien du mal à outrepasser les défauts inhérents au style de Gans. Cette fois, c'est malheureusement le cas : la proposition du cinéaste ne fait pas le poids face à celles, beaucoup plus marquées et marquantes, de l'intemporel film de Cocteau et du fabuleux dessin animé Disney. Si le cinéaste a notamment affirmé son envie de rapprocher son adaptation au style de Hayao Miyazaki (Le Vent se Lève), on cherche encore concrètement cette supposée influence du metteur en scène japonais. Si les effets spéciaux servant à représenter les paysages et les décors sont magistraux, ils sont moins réjouissants lorsqu'ils concernent la modélisation de créatures en mouvement. Les pires d'entre toutes sont ces croisements honteux entre des lapins et des cockers avec de grands yeux globuleux conçus uniquement dans le but d'amuser les enfants - même Disney, dans sa pire période, n'aurait pas osé pareille hérésie. La Bête elle-même aurait pu s'avérer étonnante grace à l'emploi de la "performance capture" (l'unique nouveauté qui aurait pu justifier une nouvelle adaptation) mais les moyens financiers insuffisants n'ont pas permis d'exploiter le potentiel de cette méthode. Le design n'est pas très inspiré tout en étant loin du charme et - paradoxalement - de l'expressivité qu'engendre le maquillage. Néanmoins, cela n'est pas arrangé par le choix du comédien : Vincent Cassel.

Et c'est là qu'on va toucher du doigt le problème majeur du film : son casting. On n'avait pas vu de pareilles erreurs de distribution dans un film à gros budget depuis longtemps. Cassel en Bête d'abord, parce qu'il ne dispose pas d'une once de la présence et de la noblesse nécessaires à son personnage. Il est donc loin, très loin d'égaler un Jean Marais par exemple, surjouant ses lignes de dialogues laborieuses avec une théâtralité qui frole le ridicule. Le rendu esthétique de la Bête étant très loin d'égaler les prouesses des studios WETA ou ILM, cet imparfait maquillage numérique ne parvient donc pas à sauver - ou du moins à masquer - la mauvaise interprétation du comédien. Néanmoins, il serait ingrat de lui attribuer l'intégralité de l'échec du long métrage puisqu'il n'est clairement pas le plus accablant des interprètes de La Belle et la Bête. Pour ce qui est des seconds rôles, pas un - à l'exception d'André Dussolier qui sauve les meubles malgré une poignée de répliques mal écrites - n'est pas hautement embarrassant. Et si les trois frères de Belle suffiraient pour que le spectateur détourne les yeux de honte, ils font pâles figures face au surjeu absolument insupportable des deux soeurs incarnées par Sara Giraudeau et Audrey Lamy. Certes, leurs personnages sont décrits comme des chipies, mais il faut pas non plus pousser mamie dans les orties !

Mais rien ne parvient à égaler le gigantesque "miscast" que constitue Léa Seydoux dans le rôle de Belle. L'actrice pistonnée parce qu'elle est la nièce de Jérome Seydoux est devenue l'égérie de la critique française qui la voit comme la nouvelle Catherine Deneuve. Sa présence à la tête d'un "blockbuster" européen laisse cependant pantois. Est-ce une obligation imposée par le producteur à Gans ou est-ce parce qu'elle est la seule actrice française - derrière Marion Cotillard évidemment - à avoir un peu percé à Hollywood grâce à des seconds rôles ridiculement anecdotiques dans Inglorious Basterds de Quentin Tarantino, Robin des Bois de Ridley Scott, Mission Impossible - Protocole Fantôme de Brad Bird, Minuit à Paris de Woody Allen ? Si l'actrice a montré qu'elle avait un potentiel relatif, notamment dans La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche (bien que sa partenaire Adèle Exarchopoulos faisait le plus gros du boulot), son adoration de la part de la presse laisse sceptique tant elle ne fait que développer un jeu mécanique aussi outré que désincarné. Elle ne déclame évidemment pas une seule fois son texte correctement mais, à sa décharge, il semble qu'il était quasiment impossible d'accomplir un tel exploit tant le script est un catastrophe.

L'ennui est qu'elle ne peut correspondre à Belle. Seydoux dégage une arrogance et un érotisme qui se marient très mal avec la pureté virginale de son héroïne. A l'image d'une Marilyn Monroe - qu'Alfred Hitchcock refusait d'engager en "blonde hitchcockienne" à cause de la sexualité agressive qu'elle dégageait et qui l'effrayait - Léa Seydoux est une comédienne qui sait que sa beauté plait et qui ne peut s'empêcher d'en jouer. Il est strictement impossible de voir en Seydoux une jeune fille douce et innocente tant elle apparait constamment comme une femme fatale, et ce, malgré les répliques génantes qu'elle se doit de dire pour faire croire le contraire. A partir du moment où l'on ne croit pas un seul instant aux deux personnages principaux, comment pourrait-on croire à leur romance ? Gans n'a jamais caché qu'il préferait toujours un joli plan à un plan bien joué, et ce mantra lui est désastreux puisqu'il est absolument incapable de dépasser les scories de son scénario. Incapable d'engager le spectateur ou de lui faire ressentir la naissance d'un amour puissant, le cinéaste tente de surcompenser avec des séquences visuelles parfois poétiques - la scène du lac gelé est la meilleure à ce titre, mais elle ne fonctionne qu'à moitié puisque l'alchimie entre les personnages et leurs interprètes a été inexistante jusque-là. La question vitale que l'équipe de tournage aurait dû se poser avant de se mettre au travail était de déterminer ce qu'une nouvelle version du conte aurait pu apporter de neuf dans le monde d'aujourd'hui. Le résultat est un aveu d'échec sans appel : un livre d'image froid dont le seul choix "original" est d'avoir rempli son acte final de statues géantes en CGI qui se battent en beuglant comme dans un mauvais Transformers. Oui, La Belle et la Bête est une anomalie dans le paysage audiovisuel française. Mais non, on ne peut la soutenir au risque de voir le "cinéma de genre" prendre un tournant pas plus enviable que celui qu'il a pris ces dernières années.

2.5 / 10

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A
Je viens de lire l'article et... je trouve tout cela un peu "dur" tout de même. Il est vrai que Vincent Cassel n'est pas "beau"... mais perso, je trouve qu'il donne de la profondeur au personnage. Nous sommes d'accord sur le fait qu'il y ait trop peu de scènes entre la Belle et la Bête... C'est tout. Je trouve ce film absolument fabuleux car c'est un pari osé que Gans à réalisé et réussi (je trouve). De plus, faire la comparaison entre les précédentes versions n'est pas très judicieux car pour moi, il n'y a aucune comparaison à faire puisqu'il s'agit ici d'une version beaucoup moins connue de l'histoire originale. Le film de Cocteau reste un chef-d'œuvre absolu et ne sera jamais atteint. Ce film est différent, Vincent Cassel n'a pas la prestance de Jean Marais (impossible bien sûr) mais Gans à réussi un pari incroyable, le rendre beau à l'écran !! C'est un film très soigné et un univers très "conte de fée" avec un charme suranné et parfait pour moi. Je n'ai pas apprécié les versions de Blanche Neige car il manquait pour moi cet aspect "conte de fée" que l'on retrouve ici heureusement. C'est un film merveilleux, artistiquement parlant, la mise en scène travaillée, la direction d'acteur parfaite. Gans "tient" son film à bout de bras et nous balance son truc en pleine poire ! J'ai adoré et j'ai passé un moment hors du temps. Petite notice tout de même : Ma fille et moi avons adoré, mon fils et mon mari beaucoup moins car ils ont décrété : c'est un film pour "gonzesses" ! C'est peut être vrai après tout... Merci encore pour votre blog qui est parfait à tout point de vue. Je voulais tout de même dire mon avis car pour moi, c'est ça "l'échange et le partage" et le but premier d'un blog "ciné" : qu'on puisse "discuter" d'un film (cela ne m'arrive jamais car toutes les personnes que je connais "en réalité" ne s'intéressent pas au cinéma).
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D
Merci pour vos compliments et pour avoir pris le temps de réagir à mon article. <br /> <br /> Peut-être que LA BELLE ET LA BELLE de Gans se rapproche du REBELLE de Pixar - j'avais cru comprendre que ce dernier était lui-aussi reçu différemment par la gente féminine - ce qui expliquerait en partie mon rejet (quoique je ne vois pas trop en quoi ce long métrage serait particulièrement destiné aux filles). Néanmoins je suis pourtant un grand fan de films pour filles, y compris les romances les plus clichés qui soient pour lesquels j'ai un faible un peu honteux, et j'ai notamment le souvenir d'un merveilleux film de ce genre, VERY GOOD GIRLS (qui n'est toujours pas sorti ni en France ni aux Etats-Unis pour une raison que j'ignore) qui se débrouillait pour ne pas exclure le public masculin.<br /> <br /> Et effectivement, il est agréable (et malheureusement plus si courant) de voir un film français mettre autant en valeur sa forme, bien que je trouve que Gans tombe dans l'excès inverse en préférant mettre le paquet sur le visuel plutôt que sur l'émotion qu'aurait dû véhiculer son histoire si elle avait été mieux construite.