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Un blog regroupant les critiques et les articles de deux frères, cinéphiles amateurs mais érudits (un peu, en tout cas)

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NYMPHOMANIAC

Film danois sorti en deux parties :

le Volume I le 1er janvier 2014 et le Volume II le 29 janvier 2014

Réalisé par Lars Von Trier

Avec Charlotte Gainsbourg, Stelan Skarsgard, Shia LaBeouf,...

Erotique, Drame

La folle et poétique du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d'hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l'interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

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Après son film d'horreur polémique Antichrist et son film de fin du monde Mélancholia, Lars Von Trier s'est lancé dans un projet aussi sulfureux qu'alambiqué : une fresque relatant la vie sexuelle d'une femme étalée sur près de trente ans. Comme toujours chez le cinéaste danois, les nombreux éclats de génie cotoient de purs moments de gêne agaçants tandis que les images inoubliables sont suivies de séquences disgressives aussi puériles qu'innofensives. Diffusé bêtement en deux parties, son dernier long métrage est donc une oeuvre paradoxale, imparfaite, et insaisissable mais d'une indéniable richesse - à l'image de son sujet en somme.

Lars Von Trier adore faire parler de lui malgré sa misanthropie et son malaise évident à l'encontre de ses semblables. Dépressif chronique aussi fasciné que terrifié par les femmes, il s'est régulièrement fait taxer de "mysogyne" à l'occasion de la sortie de ses derniers longs métrages qui - paradoxalement - apportèrent à leurs actrices principales des consécrations plus que méritées. Il est vrai que le bonhomme communique difficilement et que l'on a souvent tendance à surinterpréter la moindre de ses assertions - souvenons-nous de cette embarrasante polémique cannoise (where else ?) qui avait vu une attaque médiatique contre le cinéaste accusé d'être un "nazi" après son monologue lors d'une conférence de presse qui était plus mal agencé que franchement engagé. Bref, Von Trier est complexe et n'est pas à une contradiction près. Comme pour surexciter sciemment ses détracteurs, il a décidé de persévérer dans le registre de la polémique en orchestrant cette longue fresque pornographique à l'occasion de laquelle il retrouve sa muse Charlotte Gainsbourg. Le projet a fait parler de lui aussitôt son annonce faite. Et il y avait de quoi s'enthousiasmer devant les ambitions affichées et le jusqu'au-boutisme de la démarche qui voyait des acteurs célèbres participer à un film explicite - d'autant plus que la rumeur de plans truqués donnant l'illusion que ces stars n'avaient pas simulé les nombreux actes sexuels égrènant le film avait suffit à engendrer un "buzz" conséquent.

Qu'en est-il du résultat final ? Le montage original faisant plus de cinq heures, le film fut réduit à deux cent quarante minutes et a été coupé en deux parties afin de permettre une soi-disant meilleure exploitation en salles. Cette critique fera fi de cette troncation qui a dû faire plus de mal que de bien au film, gâchant en partie l'expérience du spectateur tant la narration de Nymphomaniac n'a clairement pas été conçue sous la forme d'un dyptique. C'est donc dans sa globalité que nous allons parler du long métrage de Von Trier. D'abord, on peut constater que le résultat final n'est pas aussi sulfureux ou racoleur que l'on aurait pu le craindre. Certes, il y a des plans explicites mais l'ensemble est plutôt retenu tout en ne cédant que rarement à la pornographie gratuite, bassement voyeuriste ou provocatrice. Ensuite, la tonalité un peu légère qui transparait de certaines séquences surprend agréablement tant on pouvait s'attendre à ce que ce dépressif de Von Trier ne filme le sexe que comme quelque chose de sâle et de honteux. Attention, l'intégralité de Nymphomaniac n'est pas drôle, mais une partie de l'intrigue - surtout les deux premières heures - se révèle plus amusante, mutine et ironique, parvenant judicieusement à contrebalancer la noirceur terrible du propos final et du parcours de son héroïne qui s'apparente à une version féminine de Michael Fassbender dans Shame de Steve McQueen.

Cette dichotomie au niveau de la tonalité n'est que l'énième preuve du paradoxe Von Trier et de la nature batarde de son long métrage. Ainsi, une scène légère peut être suivie par un choc dramatique brutal tandis que la luminosité d'un plan peut céder sa place à une composition ténébreuse lors du plan suivant. Nymphomaniac est une oeuvre protéiforme, à l'instar de son personnage principal haut en couleurs et prêt à tous les types d'expériences imaginables afin d'assouvir son besoin de jouir. De fait, c'est aussi un long métrage disgressif mais qui, à l'instar du récent 22 Jump Street de Chris Miller et Phil Lord, est parfaitement conscient de ses défauts et n'hésite pas à en jouer (ce qui n'empêche cependant pas ces défauts de rester présents). Ainsi, tous les segments ne se valent pas et on peut dire que les plus intéressants se trouvent dans la première moitié. Le film se montre plus faillible au fur et à mesure que le récit progresse vers des rebondissements plus sombres, au détriment parfois d'une certaine logique. A ce titre, l'ultime scène pourtant très dispensable apparait comme incohérente ou est du moins est trop mal amenée pour que l'on croit à ce brusque changement d'attitude de la part de l'un des personnages.

Cette conclusion aussi tragique qu'ironique ressemble davantage à une provocation et remet en question les intentions initiales de Nymphomaniac. Est-ce que le projet ne surfe pas discrètement sur l'aura polémique de son réalisateur, au détriment du sérieux de l'entreprise ? On pourrait parfois le penser surtout lorsque l'on voit la manière racoleuse par laquelle le film a été vendu : ces affiches montrant le casting en plein orgasme par exemple, alors que plus des trois quarts d'entre eux n'apparaitront jamais ainsi dans l'histoire. Néanmoins, montrer une star comme Uma Thurman en pleine extase suffit à engendrer un émoi médiatique et ce, même si l'actrice n'a droit qu'à une seule séquence (l'une des meilleurs du film au demeurant, hilarante et cruelle) et qu'elle y garde tous ses vétêments. Il est donc légitime de s'agacer de la faiblesse de certaines parties de l'intrigue, voire de l'embarassement qu'elles peuvent engendrer lorsqu'un hypothétique second degré n'est pas suffisamment appuyé - la scène avec les deux Africains en étant le summum tant on ne parvient pas à déterminer si Von Trier joue avec un cliché ou si il y tombe maladroitement. Néanmoins, le metteur en scène évite - à quelques exceptions près - cette esthétique pompière qu'il nous avait lourdement assené lors de ses deux précédents film pour privilégier une symbolique plus adroite et douce.

Malgré une conclusion en décalage avec le reste, au point d'annihiler en partie ce que l'intrigue était parvenu à construire, Nymphomaniac propose suffisamment de moments "autres" pour que l'on accepte pleinement cette virée chaotique. Retrouver le héros des Transformers dans pareil projet est notamment extrêmement saugrenu, mais force est de reconnaître que Shia LaBeouf n'a jamais été aussi bon. Cela en va d'ailleurs de même pour l'ensemble du casting - Uma Thurman et Christian Slater en tête - mais cela n'étonnera guère lorsque l'on connait l'immense aptitude du cinéaste danois pour tirer le meilleur parti des comédiens qui l'entoure. Et si le long métrage est trop étendu et qu'il tend à s'éparpiller, il réserve un lot conséquent de séquences et d'idées étonnantes qui parviennent constamment à surprendre et à désamorcer les attentes du public. Bien qu'inégal donc, Nymphomaniac est suffisamment inattendu et flirte avec suffisamment de tonalités pour que tout le monde y trouve un peu son compte. Certains s'amuseront avec l'héroïne lors de cette compétition sexuelle avec son amie lors d'un voyage en train, d'autres seront marqués par la détresse de Gainsbourg qui transparait lors de sa touchante relation sadomasochiste avec un (vraiment excellent) Jamie Bell, quelques spectateurs riront du clin d'oeil sarcastique que Von Trier fait à son Antichrist tandis qu'une part du public sera ému par la relation père-fille ou par ce message étonnemment naif du cinéaste voulant que "l'amour soit la clé de la sexualité". De toute façon, il faut bien reconnaitre qu'un film qui se sert d'une référence à James Bond pour exprimer le désespoir de son héroïne ne peut pas être complètement mauvais.

6.5 / 10

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